À quelques jours de la rentrée scolaire 2026-2027, la question du salaire revient au centre du débat éducatif en Mauritanie. À Nouakchott, des enseignants demandent que les engagements annoncés par les autorités deviennent des mesures visibles sur leurs fiches de paie et dans leurs conditions de travail.

Une mobilisation à Nouakchott avant la rentrée

Jeudi 24 septembre 2026, la Coordination syndicale unifiée a rassemblé plusieurs centaines d’enseignants devant le ministère de l’Éducation nationale. La mobilisation s’est déroulée sous la pluie, alors que certaines routes de la capitale étaient difficiles d’accès.

Les organisations participantes réclament une revalorisation des salaires, le paiement d’indemnités et, pour certains personnels, le règlement d’arriérés. Elles demandent également une meilleure prise en compte de la hausse du coût de la vie, qui réduit, selon elles, la capacité des enseignants à faire face aux dépenses courantes.

Abdoulaye Ndary Niang, l’un des responsables syndicaux présents, a décrit une situation salariale devenue difficile. Il estime que les annonces officielles ne suffisent plus lorsque leur application tarde sur le terrain.

Le rassemblement intervient dans un climat déjà tendu. En mars 2026, le Syndicat national des enseignants de l’enseignement technique et de la formation professionnelle avait annoncé une grève d’une semaine. Cette organisation dénonçait l’absence de réponse à plusieurs revendications, notamment sur le logement, les promotions professionnelles et les retenues opérées sur certains salaires après des mobilisations précédentes. Le compte rendu de cette mobilisation par le média mauritanien MADAR montre que le malaise dépasse la seule question de la rémunération.

Des engagements annoncés, mais une mise en œuvre contestée

Le gouvernement mauritanien a pourtant annoncé des mesures ciblées en faveur des enseignants. Lors du Conseil des ministres du 8 juillet 2026, un projet de décret a prévu une hausse mensuelle de 1 000 ouguiyas pour les enseignants fonctionnaires exerçant effectivement en classe. Le texte prévoit aussi une « prime de craie » de 6 500 ouguiyas par mois, nette d’impôt, pour une période de douze mois.

Ces dispositions concernent également les directeurs d’établissements de l’enseignement fondamental et secondaire, ainsi que certains personnels de l’enseignement technique. Elles doivent toutefois être traduites dans les procédures administratives et les paiements effectifs, ce qui constitue le principal point de friction avec les syndicats. L’Agence mauritanienne d’information a détaillé le projet de décret adopté le 8 juillet 2026.

Les représentants syndicaux affirment que plusieurs décisions issues de réunions de conciliation restent en attente. Amadou Tidiane Ba, responsable dans l’enseignement secondaire, demande une accélération du calendrier. Il réclame aussi la réparation de situations jugées injustes et la revalorisation des indemnités.

Un autre dossier concerne la représentativité syndicale. Les organisations attendent un décret devant préciser quelles structures sont reconnues pour négocier au nom des enseignants. Cette clarification doit déterminer les interlocuteurs du ministère et les conditions de participation aux discussions sociales.

Les revendications portent également sur l’intégration de certains enseignants contractuels dans la fonction publique. Elles incluent enfin la mise à disposition d’un local pour les syndicats et la création d’un cadre professionnel plus lisible pour les conseillers pédagogiques et les attachés administratifs.

Le pouvoir d’achat au cœur du conflit

Pour les enseignants, la hausse annoncée ne répond pas entièrement à l’évolution des dépenses. Les syndicats évoquent notamment les coûts du logement, du transport et de l’alimentation à Nouakchott. Dans les régions, l’éloignement des établissements ajoute d’autres charges, notamment pour les personnels affectés hors de leur zone de résidence.

La situation diffère aussi selon le statut. Les fonctionnaires déjà intégrés peuvent bénéficier des mesures prévues par le décret. Les contractuels, eux, réclament une régularisation et une visibilité sur leur carrière. Cette différence nourrit un sentiment d’inégalité dans un secteur qui dépend fortement de personnels aux parcours administratifs variés.

Le problème ne se limite donc pas au montant du salaire. Il concerne aussi la régularité des paiements, l’accès aux indemnités, les possibilités de promotion et les conditions d’affectation. Dans les zones rurales et les établissements éloignés, ces éléments pèsent directement sur la stabilité des équipes pédagogiques.

Le gouvernement doit, de son côté, financer ces mesures tout en maintenant ses équilibres budgétaires. L’éducation fait partie des priorités affichées pour la rentrée 2026-2027. Le 16 septembre, le Premier ministre El Moctar Ould Djay a présidé une réunion consacrée aux préparatifs de cette rentrée, avec un point sur les infrastructures, les équipements et la disponibilité du personnel éducatif. Le suivi officiel de la préparation de la rentrée a été publié par l’Agence mauritanienne d’information.

Une rentrée sous surveillance

La mobilisation du 24 septembre ne constitue pas seulement une protestation salariale. Elle met à l’épreuve la capacité du ministère à transformer les annonces en décisions administratives rapidement vérifiables.

Les syndicats indiquent que le rassemblement pourrait être suivi d’autres actions si les discussions n’aboutissent pas. Ils ne précisent pas encore la forme ni le calendrier de ces éventuelles initiatives. Cette prudence laisse une marge au dialogue, mais elle maintient la pression à l’approche de la reprise des cours.

Pour les familles, l’enjeu est concret. Une tension prolongée peut perturber l’organisation de la rentrée, surtout dans les établissements qui manquent déjà de personnel ou dépendent de contractuels. Pour les autorités, la réponse devra donc éviter deux écueils : annoncer de nouvelles mesures sans calendrier précis, ou privilégier une réponse ponctuelle sans traiter les questions de carrière et de représentativité.

La Mauritanie suit cette évolution dans un environnement régional marqué par de fortes attentes autour des services publics. Elle n’est pas membre de la CEDEAO, l’organisation économique qui regroupe plusieurs États d’Afrique de l’Ouest, et inscrit plutôt son action régionale dans les espaces du Maghreb et du Sahel. Les difficultés rencontrées par ses enseignants rejoignent néanmoins un débat plus large sur la qualité de l’école publique, la rémunération des agents et la capacité des États à retenir leurs professionnels.

Le prochain point de tension se situera dans l’application effective du décret annoncé en juillet, dans la publication du texte sur la représentativité syndicale et dans le traitement des dossiers des contractuels. À Nouakchott comme dans les autres régions mauritaniennes, les enseignants attendent désormais des échéances précises plutôt que de nouveaux engagements de principe.