Un budget peut afficher un excédent et laisser une question ouverte : les recettes prévues arriveront-elles à temps pour financer les services et les chantiers annoncés ? En Mauritanie, le projet de loi de finances 2027 met en avant un solde positif, tout en plaçant l’investissement sous une nouvelle règle de discipline budgétaire.
Une règle qui encadre les dépenses
Le Conseil des ministres a adopté le projet le 21 octobre 2026 à Nouakchott. Le texte s’inscrit dans la stratégie nationale de croissance et de prospérité partagée, ainsi que dans le cadre budgétaire triennal 2027-2029 adopté en juillet. Il doit encore suivre le processus législatif avant de devenir la loi de finances de l’année prochaine.
Le projet prévoit 152,11 milliards d’ouguiyas de recettes et de dons, contre 145,91 milliards de dépenses et de prêts nets. L’écart produit un excédent global annoncé de 6,20 milliards d’ouguiyas. Ces montants sont des prévisions : leur réalisation dépendra notamment des recettes fiscales, des revenus extractifs et de l’exécution des dépenses.
Le texte applique une règle budgétaire inscrite dans la loi organique de juin 2026. Elle plafonne à 3,5 % du PIB nominal le déficit primaire hors recettes extractives, c’est-à-dire le solde des recettes et dépenses avant paiement des intérêts, en excluant les revenus miniers et gaziers. Selon les projections gouvernementales, ce solde atteindrait précisément -3,5 % du PIB en 2027, contre -4 % en 2026.
La règle vise à limiter la dépendance du budget aux ressources issues des industries extractives. Elle fixe aussi un plafond global de dépenses à partir des recettes anticipées et de la cible de déficit. Le gouvernement présente ainsi l’investissement et la discipline budgétaire comme deux objectifs à poursuivre ensemble, plutôt que comme des options concurrentes.
Des projets entre Nouakchott et Nouadhibou
Les investissements annoncés touchent plusieurs territoires et des besoins différents. La deuxième phase du programme de développement de Nouakchott est estimée à 11,59 milliards d’ouguiyas. Un programme d’accès aux services essentiels pour le développement local est doté de 26,4 milliards sur la période 2025-2027.
À Nouadhibou, principal centre portuaire et halieutique du pays, le programme de développement de la wilaya pour 2026-2029 représente environ 39,6 milliards d’ouguiyas. L’enveloppe annoncée comprend notamment des infrastructures de soutien à la pêche et aux activités productives, ainsi que des investissements dans l’eau, l’assainissement, les routes et l’aménagement urbain. Ces enveloppes pluriannuelles ne signifient pas que la totalité des montants sera dépensée en 2027.
La portée concrète dépendra donc du calendrier et de la réalisation des travaux. Pour les habitants de Nouakchott, les enjeux concernent les services urbains et les équipements. Dans les zones où l’accès à l’eau, aux routes ou aux services de base est plus limité, l’effet dépendra de la répartition territoriale et de la capacité à achever les projets annoncés. Les entreprises locales et les travailleurs pourraient également bénéficier des chantiers, si les marchés et les emplois mobilisent effectivement les capacités nationales.
Des hypothèses qui restent exposées aux chocs
Le gouvernement retient une croissance réelle de 5 % en 2027 et une inflation de 3,3 %. Il prévoit une croissance moyenne de 4,3 % sur 2027-2029. Ces estimations reposent sur un environnement où la production de gaz, d’or et les recettes publiques peuvent soutenir l’activité, mais aussi rendre les équilibres sensibles aux cours mondiaux et aux aléas de production.
Les risques sont explicitement mentionnés dans le communiqué officiel : hausse durable des prix de l’énergie, tensions au Moyen-Orient, baisse des cours de l’or, incident affectant la production gazière ou recul des financements extérieurs. Une autre incertitude est l’exécution de l’investissement : si les projets avancent moins vite que prévu, les dépenses et leurs retombées économiques pourraient différer des projections.
Les prévisions du Fonds monétaire international ne coïncident pas entièrement avec celles du gouvernement. En juin 2026, le FMI estimait la croissance réelle à 4,7 % en 2026 et 4,5 % en 2027, avec une inflation de 4,1 % en 2026. L’écart rappelle que les projections dépendent des hypothèses retenues et peuvent évoluer. Le FMI souligne aussi l’enjeu d’améliorer l’efficacité des dépenses tout en préservant les investissements prioritaires et les mesures sociales.
Le budget devra enfin répondre aux effets des variations des prix alimentaires et énergétiques sur les ménages. Les aides et subventions peuvent amortir ces hausses, mais elles pèsent sur les finances publiques. L’arbitrage entre soutien immédiat, investissements durables et respect du plafond budgétaire pèsera sur la capacité de l’État à protéger les revenus tout en tenant ses objectifs de déficit.
Un test de crédibilité pour la trajectoire économique
La Mauritanie est membre de l’Union africaine et de l’Union du Maghreb arabe, mais elle ne fait pas partie de la CEDEAO, l’organisation d’intégration économique ouest-africaine. Son budget intéresse néanmoins ses voisins du Sahel et du Maghreb : il montre comment un État producteur de ressources cherche à financer ses infrastructures tout en encadrant la part des recettes extractives dans ses comptes.
La prochaine étape sera l’examen du projet par le Parlement, puis sa traduction en crédits effectivement dépensés. Le suivi devra porter sur les recettes réellement mobilisées, le respect de la cible de déficit hors ressources extractives et l’avancement des programmes à Nouakchott, Nouadhibou et dans les autres territoires. C’est dans l’exécution, davantage que dans l’excédent annoncé, que se mesurera l’équilibre entre prudence budgétaire et bénéfices pour la population mauritanienne.
Les chiffres du projet et les principales enveloppes sont détaillés par l’Agence mauritanienne d’information. Le communiqué de la Présidence mauritanienne confirme les agrégats budgétaires. Les projections et priorités macroéconomiques du FMI sont présentées dans sa évaluation de juin 2026.