À Siguiri, la prochaine hausse de production dépendra moins d’un objectif affiché que de travaux précis : ouvrir de nouveaux secteurs, obtenir les permis et adapter l’usine. Pour la Guinée, l’enjeu dépasse le volume d’or extrait. Il porte aussi sur la part de valeur qui reste dans le pays.

Une mine historique face à un nouveau palier

Située dans la région de Kankan, à quelque 850 kilomètres au nord-est de Conakry, la mine de Siguiri est exploitée depuis 1998. Elle appartient à 85 % au groupe AngloGold Ashanti et à 15 % à l’État guinéen. L’entreprise la présente comme sa seule exploitation en Guinée.

Le site a produit 289 000 onces d’or attribuables à AngloGold Ashanti en 2025, soit environ neuf tonnes. Ce chiffre, publié par le groupe dans ses données opérationnelles, décrit la part revenant à l’entreprise selon sa participation. Il ne doit donc pas être confondu avec la production totale de la mine.

Une note gouvernementale rapportant une visite du ministre des Mines Bouna Sylla, effectuée le dimanche précédant sa publication du 13 octobre 2026, évoque un objectif de 400 000 onces annuelles à l’horizon 2030. Le chiffre représente près de 12,4 tonnes. Faute de calendrier technique détaillé publié en parallèle, il s’agit à ce stade d’une ambition annoncée par les autorités, et non d’une production acquise.

Le Bloc 3, pièce maîtresse mais pas encore opérationnelle

La croissance attendue s’appuie notamment sur le Bloc 3, une nouvelle zone minière du périmètre de Siguiri. AngloGold Ashanti indique dans son rapport annuel 2025 que son développement a été approuvé. Au premier semestre 2026, les démarches d’autorisation approchaient de leur terme et la construction d’une route d’accès était en cours.

Le groupe signalait également des projets d’amélioration des installations de traitement. Mais les éléments publics consultés ne confirment pas encore que l’ensemble de ces travaux est achevé, ni qu’ils suffiront à atteindre 400 000 onces par an. Le calendrier actualisé, les investissements mobilisés et la contribution attendue du Bloc 3 restent donc des points à préciser.

Cette distinction compte. Une capacité annoncée n’équivaut pas à une production réalisée : il faut extraire le minerai, le traiter de façon régulière et gérer les résidus en sécurité. Le rapport annuel du groupe mentionne aussi des travaux de remise en état du parc à résidus après un incident de suintement survenu au second semestre 2025, ainsi qu’une étude sur un nouveau bassin. Ces sujets font partie des conditions concrètes de l’expansion.

Les retombées se jouent aussi autour de la mine

À l’échelle nationale, l’or complète une économie minière où la bauxite et le fer occupent également une place majeure. Une hausse de production pourrait accroître les recettes publiques, l’activité des sous-traitants et les emplois liés à l’exploitation. Mais ses effets dépendront des contrats, des achats locaux, de la fiscalité et du partage des revenus, autant que du nombre d’onces produit.

Les retombées ne se répartissent pas automatiquement de manière égale. Les emplois spécialisés et les contrats industriels peuvent bénéficier aux entreprises établies, tandis que les communautés proches du site attendent des emplois accessibles, des services et des investissements durables. Les activités artisanales et informelles autour de l’or répondent, elles, à d’autres logiques et ne se confondent pas avec l’exploitation industrielle. Les données disponibles ne permettent pas de chiffrer ici les gains attendus pour les habitants de Siguiri.

La transformation locale est un autre volet de cette stratégie. En juin 2026, la présidence guinéenne a annoncé que la raffinerie Nimba Gold Refinery, située dans la commune de Gbessia, à Conakry, devait contribuer au raffinage de l’or extrait dans le pays. Cette orientation vise à retenir davantage d’étapes de la chaîne de valeur sur le territoire national. Sa portée dépendra toutefois de sa capacité effective, de ses règles de fonctionnement et de leur application aux producteurs.

Un secteur en expansion, sous le regard régional

Siguiri n’est plus le seul projet à façonner l’avenir aurifère guinéen. À Kiniéro, dans la préfecture de Kouroussa, PDI Gold indique avoir réalisé une première coulée d’or fin 2025, puis atteint la production commerciale en 2026. Le groupe développe aussi le projet de Bankan, dont la production moyenne envisagée est d’environ 250 000 onces par an sur une durée initiale de douze ans. Ce projet reste soumis aux autorisations et à son calendrier de construction.

Ces initiatives illustrent l’intérêt des investisseurs pour le bassin aurifère guinéen. Elles replacent aussi le débat sur les exigences de l’État : recettes, emplois locaux, respect des obligations environnementales et transformation sur place. Dans le contexte de la Guinée, membre de la CEDEAO — la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest —, cette politique minière s’inscrit dans une région où plusieurs pays cherchent à mieux capter la valeur de leurs ressources.

La prochaine étape à surveiller est donc moins une nouvelle cible qu’un ensemble de preuves : permis du Bloc 3, avancée des travaux, fonctionnement des installations et retombées effectivement mesurées. Pour les Guinéens, le résultat se jugera autant à la production de Siguiri qu’aux revenus publics, aux emplois et à la valeur ajoutée conservée dans le pays.