À Conakry, une conférence qui met la pression sur les autorités guinéennes
En Guinée, la lutte contre les mutilations génitales féminines ne se joue pas seulement dans les textes. Elle se joue dans les familles, dans les quartiers, dans les écoles et dans les centres de santé. À Conakry, l’ouverture de la 12e Conférence africaine sur la santé et les droits sexuels et reproductifs remet ce dossier au centre du débat public, au moment où la pratique reste très répandue dans le pays.
Le rendez-vous est d’autant plus sensible que la Guinée est déjà l’un des pays où la prévalence des mutilations génitales féminines demeure parmi les plus élevées au monde. Les données de l’UNICEF indiquent que 94,5 % des femmes âgées de 15 à 49 ans ont subi cette pratique, et que 39 % des filles de 0 à 14 ans y sont encore exposées. À l’échelle du continent, le pays figure toujours dans le groupe de tête des États les plus touchés.
Un dossier ancien, mais toujours ouvert en Guinée
La Guinée n’est pas dépourvue de cadre juridique. Le pays interdit les mutilations génitales féminines dans son code pénal, et la Constitution adoptée en 2025 a renforcé cette interdiction en l’inscrivant explicitement dans le bloc constitutionnel. Sur le papier, le message de l’État est clair. Dans les faits, l’application reste inégale, comme le rappellent les rapports des agences onusiennes et des partenaires de terrain.
La conférence de Conakry s’inscrit aussi dans une séquence régionale plus large. Les droits sexuels et reproductifs sont désormais abordés en Afrique de l’Ouest comme une question de santé publique, d’éducation et de protection des filles. Le thème retenu à Conakry insiste sur les adolescentes et les jeunes face aux crises multiformes, avec une attention particulière aux violences basées sur le genre et au financement durable des services de santé.
Ce que disent les chiffres, et ce qu’ils ne disent pas
Les autorités guinéennes promettent d’agir, mais la réalité résiste. Une source de la société civile, reprise ces derniers jours par des médias locaux, a évoqué plus de 300 cas signalés cette année. D’autres observations remontées par des organisations féminines parlent, elles aussi, d’une remontée des alertes dans plusieurs localités. Ce chiffre doit être lu avec prudence : il s’agit d’un nombre de cas signalés, non d’un comptage national exhaustif.
Le contraste avec les données structurelles est fort. L’UNICEF rappelle que la pratique reste ancrée dans toutes les grandes régions du pays, avec des niveaux très élevés jusque dans la capitale, Conakry. Dans son snapshot 2024, l’agence souligne aussi que les progrès sont lents, malgré une baisse graduelle chez les plus jeunes sur trois décennies. En clair, la tendance de fond n’a pas encore brisé le poids des normes sociales.
Entre loi, normes sociales et capacité de protection
Le vrai défi n’est plus seulement juridique. Il est social, sanitaire et institutionnel. Dans de nombreuses communautés, la pression familiale et la crainte de la stigmatisation continuent de peser lourd. Les familles peuvent connaître l’interdiction, tout en estimant qu’elles n’ont pas le choix. C’est là que l’action publique devient décisive : protection des mineures, sensibilisation des chefs de quartier, appui aux sages-femmes, formation des agents de santé et prise en charge des survivantes.
Cette lutte a aussi un coût politique. Pour l’État guinéen, afficher une position ferme à Conakry revient à montrer qu’il veut aligner les engagements internationaux, la Constitution et l’action quotidienne. Pour les ONG et les militantes, la priorité reste différente : obtenir des poursuites, des mécanismes de signalement efficaces et une protection réelle des enfants exposées. Entre ces deux attentes, il existe souvent un écart de mise en œuvre, bien connu des acteurs de la santé publique en Afrique de l’Ouest.
Un test pour la Guinée, mais aussi pour l’Afrique de l’Ouest
À l’échelle régionale, ce qui se passe à Conakry dépasse la seule Guinée. La CEDEAO et les réseaux de santé et de droits des femmes suivent de près ces questions, car les mutilations génitales féminines traversent les frontières sociales, migratoires et familiales. Quand une capitale ouest-africaine accueille une conférence de ce type, elle ne parle pas seulement à son opinion publique. Elle envoie aussi un signal aux pays voisins confrontés aux mêmes pratiques et aux mêmes résistances.
La portée continentale est nette. L’Afrique continue de peser dans les débats mondiaux sur les droits des filles, non comme un bloc uniforme, mais comme un espace de stratégies contrastées. À Conakry, la question n’est donc pas seulement de condamner une pratique. Il s’agit de savoir si la Guinée peut transformer un engagement répété en politique publique durable, mesurable et protégée dans le temps. C’est ce passage de la parole à l’exécution qui sera observé dans les semaines et les mois à venir.