La disparition de Sidya Touré ouvre une séquence de recueillement, mais aussi de bilan pour la classe politique guinéenne. À Conakry comme au sein de la diaspora, les hommages rappellent le parcours d’un ancien Premier ministre devenu l’une des figures durables de l’opposition.
Sidya Touré est décédé vendredi 25 septembre 2026 à Paris, à l’âge de 81 ans, après une période d’hospitalisation. L’ancien chef du gouvernement et président de l’Union des forces républicaines (UFR) vivait ces dernières années hors de Guinée, notamment en Côte d’Ivoire. Les modalités de ses obsèques doivent être précisées par sa famille et les autorités guinéennes.
Une figure politique formée dans l’État et l’économie
Le parcours de Sidya Touré s’est construit à la jonction de l’administration, de la gestion publique et de la politique. Il a dirigé le gouvernement guinéen sous la présidence de Lansana Conté, après les événements des 2 et 3 février 1996. Son passage à la Primature avait été associé à une volonté de réorganiser l’action publique et de rétablir les relations avec les partenaires financiers internationaux.
Dans son hommage, Cellou Dalein Diallo a également rappelé le rôle joué par Sidya Touré dans les discussions avec le Fonds monétaire international et la Banque mondiale. Il cite aussi les efforts engagés sur l’électricité, les réformes économiques et la relance de la croissance. Ces dossiers restent aujourd’hui au cœur des attentes des Guinéens, dans un pays qui dispose d’importantes ressources minières mais doit encore renforcer ses infrastructures et ses services essentiels.
Après son passage au gouvernement, Sidya Touré a choisi l’opposition. Il a fondé l’UFR et s’est présenté à deux reprises à l’élection présidentielle. En 2010, il avait obtenu la troisième place au premier tour, avant de soutenir Cellou Dalein Diallo au second tour. Cette alliance a marqué durablement la vie politique guinéenne.
Des hommages venus de plusieurs générations
À Conakry, le Premier ministre Bah Oury a salué la mémoire d’une « figure marquante de la vie politique en Guinée pendant trois décennies » et d’un « réformateur pragmatique ». L’ancien président Alpha Condé a décrit, pour sa part, un homme ayant consacré son existence au service de la République.
D’autres responsables politiques ont exprimé leur émotion. Ousmane Kaba, président du Parti des démocrates pour l’espoir, a évoqué la perte d’un « grand frère ». François Louncény Fall, ancien Premier ministre, a parlé d’un « destin malheureusement inachevé ». Ces réactions dépassent les clivages partisans qui ont souvent structuré la vie publique guinéenne.
Cellou Dalein Diallo, lui aussi installé à Abidjan, a rendu hommage à un « ami et compagnon de route et de lutte ». Les deux hommes avaient partagé une alliance électorale en 2010, puis plusieurs mobilisations de l’opposition. Ils avaient également contesté le troisième mandat d’Alpha Condé et participé à différentes coalitions politiques.
Dans un témoignage relayé par la presse guinéenne, Cellou Dalein Diallo a rappelé les épreuves traversées avec Sidya Touré. Il a notamment évoqué les restrictions politiques, les procédures visant leurs biens, la radiation de leurs formations du jeu institutionnel et leur exil en Côte d’Ivoire.
Le dirigeant de l’UFDG a aussi rappelé que leur engagement commun avait coûté des vies. Il affirme que les deux responsables avaient perdu des militants lors des affrontements et des périodes de répression politique. Ces éléments relèvent de son témoignage et doivent être distingués d’un bilan officiel établi par une commission indépendante.
Une disparition dans une période de fermeture politique
La mort de Sidya Touré intervient dans une période où l’espace politique guinéen demeure fortement contraint. Depuis le coup d’État du 5 septembre 2021, le pays est dirigé par une transition militaire conduite par le général Mamadi Doumbouya. Plusieurs partis d’opposition ont été suspendus ou dissous, tandis que des responsables politiques vivent à l’étranger.
L’UFR, formation fondée par Sidya Touré, figure parmi les partis qui ont perdu leur place dans le dispositif politique officiel. Son éloignement du pays l’avait également privé d’une présence directe auprès de ses militants et de ses électeurs. Pour ses compagnons, cette absence a nourri le sentiment d’un parcours interrompu avant l’aboutissement de son ambition présidentielle.
Barry Boubacar, membre du bureau politique de l’UFR, a résumé ce regret en estimant que le départ de Sidya Touré représentait celui d’une « bibliothèque ». Cette formule renvoie à son expérience administrative, à sa connaissance des institutions et à sa longue pratique des négociations politiques.
Les proches réunis à Conakry ont, eux, insisté sur l’homme d’État, sa rigueur et son intégrité. Fodé Baldé, responsable de la communication de l’UFR, a déclaré que Sidya Touré avait beaucoup donné à la Guinée. Ces hommages dessinent le portrait d’un dirigeant dont l’influence ne se limitait pas aux campagnes électorales.
Un décès qui résonne dans l’espace ouest-africain
Le parcours de Sidya Touré renvoie aussi aux transformations de l’Afrique de l’Ouest. La Guinée appartient à la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, la CEDEAO, organisation chargée de favoriser l’intégration régionale et la coopération entre ses membres. Depuis plusieurs années, cette organisation est confrontée à la multiplication des transitions militaires et à la fragilisation des mécanismes démocratiques.
Dans ce contexte, la disparition d’un responsable ayant défendu l’alternance électorale et le pluralisme intervient alors que plusieurs grandes figures guinéennes vivent hors du pays. Cette situation modifie les rapports de force. Elle affaiblit la capacité des partis à organiser leurs structures, mais elle ne fait pas disparaître les attentes sociales liées à la représentation, à la justice et à la transparence.
La suite dépendra notamment de l’organisation des funérailles, de la réaction des autorités et de la capacité de l’UFR à préserver son héritage politique. Au-delà de la famille et des militants, le décès de Sidya Touré rappelle une question centrale pour la Guinée : comment renouveler le débat public sans effacer les acteurs qui ont marqué les précédentes étapes de la vie nationale ?