Dans le nord de l’Éthiopie, la coupure des télécommunications ajoute l’incertitude aux combats. À Mekele comme dans les zones rurales du Tigré, les habitants disposent de moins en moins d’informations fiables sur les déplacements des forces et l’accès aux services essentiels.
Le vendredi 25 septembre 2026, les réseaux Internet et téléphoniques semblaient perturbés dans plusieurs zones du nord du pays. L’observatoire NetBlocks a signalé une interruption localisée correspondant à des informations faisant état d’une coupure des télécommunications au Tigré. Des constatations indépendantes relayées par l’Agence France-Presse ont également fait état de communications fortement dégradées.
Une reprise des combats qui dépasse le seul Tigré
La nouvelle escalade a commencé cette semaine autour du Tigré, région du nord de l’Éthiopie dirigée par le Front de libération du peuple du Tigré, le TPLF. Le mouvement affirme être entré dans une nouvelle phase de confrontation avec le gouvernement fédéral. Les autorités d’Addis-Abeba présentent, de leur côté, les opérations en cours comme une offensive contre des positions gouvernementales.
Le TPLF a annoncé la prise de contrôle des aéroports de Mekele, Axoum et Shire. L’Union africaine a confirmé la saisie de ces infrastructures et la détention de personnels fédéraux, tout en alertant sur la perturbation des liaisons aériennes civiles. Ces aéroports jouent un rôle important pour les déplacements, l’aide humanitaire et les échanges avec le reste du pays.
Les affrontements se sont aussi étendus vers l’Afar et l’Amhara, deux régions voisines du Tigré. Des combats ont notamment été signalés près d’Abala, dans l’Afar, ainsi que dans des secteurs proches de Waldiya, en Amhara. À ce stade, plusieurs informations militaires restent difficiles à vérifier en raison de la coupure des communications et de l’accès limité aux zones concernées.
Le gouvernement fédéral affirme avoir tué 272 combattants après plusieurs jours d’affrontements. Aucun bilan indépendant n’a confirmé ce chiffre. Les groupes armés concernés n’ont pas publié de bilan comparable. Comme lors des précédentes phases du conflit, les déclarations militaires des différentes parties doivent donc être distinguées des faits établis.
Le souvenir de l’accord de Pretoria
Cette nouvelle crise intervient moins de quatre ans après l’accord de cessation des hostilités signé à Pretoria, en Afrique du Sud, le 2 novembre 2022. Le texte avait mis fin à la guerre du Tigré, commencée en 2020 entre les forces fédérales, leurs alliés et les forces liées au TPLF.
Le conflit avait provoqué des déplacements massifs, la destruction d’infrastructures et une crise humanitaire majeure. Les estimations du nombre de morts ont fortement varié selon les méthodes et les périodes étudiées. Les bilans les plus élevés évoquent plusieurs centaines de milliers de décès, mais aucun décompte complet et unanimement établi ne permet de fixer un chiffre définitif.
L’accord de Pretoria reste officiellement le cadre de référence du règlement politique. L’Union africaine le considère comme la base de la paix et de la réconciliation en Éthiopie. Dans un communiqué publié le 23 septembre, son président de la Commission a demandé « la plus grande retenue » et une désescalade immédiate, en rappelant les engagements pris par les parties.
Pourtant, plusieurs dossiers restent ouverts. Le statut des territoires disputés entre le Tigré et l’Amhara n’est pas définitivement réglé. Le retour des personnes déplacées demeure incomplet. La présence de forces armées dans certaines zones frontalières entretient également la méfiance entre les acteurs régionaux.
Des alliances qui compliquent le rapport de force
La situation ne se limite pas à un face-à-face entre Addis-Abeba et le TPLF. Sept groupes d’opposition armés ou politico-militaires ont annoncé la formation d’une alliance visant à contester le pouvoir du Premier ministre Abiy Ahmed. Cette coalition comprend notamment le TPLF, les milices nationalistes amharas Fano et l’Armée de libération oromo.
Ces mouvements poursuivent des objectifs différents. Certains réclament davantage d’autonomie pour leur région. D’autres contestent le fonctionnement de la fédération éthiopienne ou les choix sécuritaires du gouvernement. Leur rapprochement peut accroître la pression sur l’armée fédérale, mais il ne signifie pas nécessairement l’existence d’un commandement unifié.
Les axes de transport donnent à la région Afar une importance particulière. Cette zone relie l’Éthiopie à Djibouti, principal débouché maritime pour une grande partie des importations éthiopiennes. Toute perturbation durable sur cet itinéraire pourrait peser sur l’approvisionnement d’Addis-Abeba, les prix des produits essentiels et les activités des commerçants.
Les effets sont toutefois différents selon les territoires. Dans les villes, la coupure numérique affecte les banques, les transports, les entreprises et les familles séparées par les combats. Dans les zones rurales, elle complique surtout l’accès aux informations, aux marchés et aux services d’urgence. Les organisations humanitaires, elles, risquent de perdre le contact avec des populations déjà fragilisées par les déplacements.
Les réserves alimentaires, un signal d’alarme
À Mekele et dans d’autres localités du Tigré, des habitants ont commencé à acheter davantage de nourriture, d’eau, d’argent liquide et de produits de première nécessité. Des témoignages recueillis par Reuters font état d’une hausse des achats et d’une inquiétude croissante dans les marchés.
Ce comportement rappelle les années de siège et de rupture des services publics. Pendant la guerre précédente, le Tigré avait connu de longues périodes de coupure des télécommunications, de l’électricité et des services bancaires. L’isolement avait rendu l’acheminement de l’aide et la vérification des informations particulièrement difficiles.
La hausse des prix pourrait rapidement toucher les ménages qui dépendent de l’économie informelle. Les familles déplacées, les personnes âgées et les foyers dirigés par des femmes disposent souvent de marges financières plus faibles. Une perturbation des routes ou des banques pèserait aussi sur les producteurs et les petits commerçants, bien au-delà des zones directement bombardées.
Un risque pour l’équilibre de la Corne de l’Afrique
La reprise des combats intervient dans un environnement régional déjà instable. L’Éthiopie partage avec l’Érythrée une frontière militarisée au nord et reste voisine du Soudan, plongé dans une guerre depuis 2023. Toute extension du conflit pourrait donc modifier les équilibres de la Corne de l’Afrique et compliquer les efforts de médiation.
La crise concerne également l’Autorité intergouvernementale pour le développement, l’IGAD, organisation régionale regroupant plusieurs États de la Corne de l’Afrique. Son rôle pourrait devenir important si les combats s’étendent ou si les relations entre l’Éthiopie, l’Érythrée et le Soudan se détériorent davantage.
Dans l’immédiat, les prochains signes à surveiller sont la réouverture des télécommunications, le fonctionnement des aéroports du Tigré et l’évolution des combats dans l’Afar et l’Amhara. La capacité des médiateurs africains à préserver l’accord de Pretoria pèsera sur la suite. Sans mécanisme politique crédible, une crise localisée pourrait de nouveau prendre une dimension nationale.
Les dernières informations sur les combats et les perturbations Internet en Éthiopie ont été confrontées aux éléments publiés par l’Union africaine et aux témoignages disponibles sur la situation dans le Tigré.