À Mekele, la reprise des combats ne se mesure pas seulement aux positions militaires. Elle coupe aussi un lien essentiel avec le reste de l’Éthiopie : le transport aérien. Le 23 septembre 2026, les forces tigréennes ont pris le contrôle de l’aéroport Alula Aba Nega, tandis que des affrontements étaient signalés dans la région voisine de l’Afar.
Le Tigré replonge dans l’incertitude
Les forces de défense du Tigré, liées au Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), ont pris le contrôle de l’aéroport de Mekele, capitale régionale. Des sources locales et sécuritaires ont également rapporté la prise de contrôle des plateformes d’Axoum et de Shire, deux autres villes du Tigré.
En réaction, Ethiopian Airlines a suspendu ses vols vers Mekele, Axoum et Shire. La compagnie nationale a invoqué « la situation actuelle dans la région du Tigré », sans donner davantage de précisions. Cette décision isole temporairement une région où les routes restent difficiles et où l’accès humanitaire dépend aussi des liaisons aériennes.
Les affrontements les plus préoccupants ont été signalés dans l’Afar, notamment autour d’Abala et d’Erebti. Ces localités se trouvent sur des axes qui relient le Tigré au nord-est de l’Éthiopie. La zone est stratégique pour les déplacements militaires, le commerce et l’acheminement de l’aide.
Le bilan humain n’était pas établi avec certitude au 24 septembre 2026. Des sources humanitaires ont toutefois fait état de déplacements de civils et de l’envoi de convois alimentaires vers des populations affectées. Les informations disponibles restent partielles, car les combats compliquent la circulation des journalistes et des organisations de secours.
Un accord de paix fragilisé
Cette escalade intervient moins de quatre ans après l’accord de Pretoria, signé en novembre 2022 pour mettre fin à la guerre du Tigré. Ce conflit, déclenché en novembre 2020 entre les autorités fédérales et les forces tigréennes, avait ravagé le nord de l’Éthiopie et provoqué une grave crise humanitaire.
L’accord avait prévu la cessation des hostilités, le désarmement progressif des combattants et le retour de l’autorité fédérale. Plusieurs points sont cependant restés en suspens. Le statut des territoires disputés, le retour des personnes déplacées et la réorganisation des forces de sécurité continuent de nourrir les tensions.
Le Tigré a aussi traversé une période de fortes divisions internes. Les responsables de la région ne partagent pas tous la même lecture de l’accord de Pretoria ni la même stratégie face au gouvernement du Premier ministre Abiy Ahmed. Cette fragmentation complique les négociations et rend les signaux politiques difficiles à interpréter.
Le gouvernement fédéral accuse les dirigeants du TPLF de préparer une nouvelle offensive. Les autorités tigréennes affirment, de leur côté, répondre à des attaques et à une pression militaire croissante. Ces versions contradictoires ne permettent pas, à ce stade, d’établir publiquement l’origine exacte de chaque affrontement.
Une crise qui dépasse les frontières du Tigré
La proximité de l’Afar donne à cette nouvelle phase une portée particulière. L’Afar contrôle une partie des couloirs reliant l’Éthiopie à Djibouti, principal débouché maritime du pays. Toute dégradation durable dans cette zone peut donc affecter les approvisionnements, les transports et les échanges commerciaux.
Les conséquences ne seront pas identiques pour tous les Éthiopiens. Dans les centres urbains, la suspension des vols pénalise les déplacements professionnels, les familles et les services médicaux spécialisés. Dans les zones rurales, le principal risque concerne l’accès à la nourriture, aux médicaments et aux marchés.
Les organisations humanitaires sont également confrontées à un double obstacle : l’insécurité sur les routes et l’incertitude autour des aéroports. La fermeture des liaisons aériennes ne signifie pas seulement moins de mobilité. Elle peut retarder l’évacuation de patients, l’arrivée de personnels et la distribution de fournitures essentielles.
La crise intervient aussi dans un contexte politique national tendu. Le 20 septembre, sept groupes d’opposition armés ont annoncé la création d’une alliance visant à contester le gouvernement fédéral. Cette coalition comprend notamment le TPLF, l’Armée de libération oromo et des groupes actifs dans l’Afar, le Benishangul-Gumuz et la région Somali.
Cette alliance ne constitue pas encore une structure militaire unifiée. Ses membres ont des revendications et des implantations différentes. Toutefois, son existence ouvre la possibilité d’une coordination plus large contre Addis-Abeba. Elle augmente aussi le risque de voir plusieurs foyers de violence se renforcer mutuellement.
Un enjeu pour la Corne de l’Afrique
L’évolution de la situation sera suivie de près par l’Autorité intergouvernementale pour le développement, l’IGAD, qui réunit plusieurs pays de la Corne de l’Afrique. L’organisation avait soutenu les efforts de médiation autour du processus de paix éthiopien. Une nouvelle guerre dans le nord pourrait compliquer ses initiatives régionales.
Les voisins de l’Éthiopie ont eux aussi intérêt à éviter une extension du conflit. L’Afar se trouve à proximité de Djibouti et de l’Érythrée. Le Tigré partage une frontière avec cette dernière, dont l’implication dans la guerre de 2020-2022 avait contribué à régionaliser le conflit.
Pour l’Union africaine, installée à Addis-Abeba, le dossier représente un test important. L’accord de Pretoria avait été présenté comme une solution africaine à une crise africaine. Sa fragilisation pose désormais la question de la capacité des mécanismes continentaux à prévenir une reprise des hostilités.
Les prochains jours seront décisifs. Il faudra vérifier si les combats restent concentrés autour du Tigré et de l’Afar ou s’ils s’étendent vers l’Amhara et d’autres régions. La reprise des vols, l’accès des humanitaires et l’ouverture de canaux de dialogue seront trois indicateurs majeurs de la trajectoire du pays.