Quand le soleil baisse sur les centrales photovoltaïques égyptiennes, l’électricité ne doit pas disparaître avec lui. Le stockage par batteries devient un maillon essentiel pour stabiliser le réseau, répondre aux pointes de consommation et tirer davantage parti du solaire et de l’éolien.

Cette évolution ouvre aussi une bataille industrielle. Le Caire cherche à développer les énergies renouvelables tout en produisant davantage d’équipements sur son territoire. Des groupes chinois sont déjà présents sur ce marché. Un partenariat annoncé le 12 octobre 2026 ajoute un acteur russe à cette course : Rosatom, associé à l’entreprise égyptienne Teletech.

Du stockage pour accompagner la montée des renouvelables

L’Égypte doit répondre à une demande électrique croissante. Le solaire et l’éolien peuvent fournir une part importante de l’électricité, mais leur production varie selon l’heure et les conditions météorologiques. Les batteries emmagasinent les excédents et les restituent lorsque la production baisse ou que la demande augmente.

Le gouvernement prévoit de porter les capacités de stockage par batteries à 14 320 mégawattheures d’ici la fin de 2028. Le ministère de l’Électricité a également indiqué, en juillet 2026, un objectif intermédiaire de 11 820 mégawattheures à la fin de 2027. Ces chiffres désignent une quantité d’énergie stockable, et non la puissance instantanée des installations.

Le virage industriel accompagne ces objectifs. Dans la zone économique du canal de Suez, le groupe chinois Sungrow a lancé en août 2026 la construction d’une usine d’assemblage de systèmes de stockage. L’investissement annoncé atteint 50 millions de dollars et la capacité visée, 10 gigawattheures par an. En juin, un accord associant Gotion, China Energy Engineering Group et AMEA Power avait aussi annoncé un projet d’usine de batteries de 3 gigawattheures par an.

Rosatom entre sur un marché déjà disputé

L’accord conclu par Rosatom et Teletech prévoit l’installation de capacités locales d’assemblage, la formation de techniciens et une montée progressive de la production. La capacité potentielle annoncée est de 500 mégawattheures par an. Les partenaires n’ont pas précisé le montant de l’investissement ni le calendrier de mise en œuvre.

Il s’agit d’un projet d’assemblage, à distinguer de la fabrication complète des cellules de batteries. Cette nuance compte : la valeur industrielle locale dépendra notamment des composants produits en Égypte, des compétences transférées et de la part des équipements importés. À ce stade, les informations publiées ne détaillent pas ces éléments.

Rosatom est déjà associé au chantier de la centrale nucléaire d’El-Dabaa, sur la côte méditerranéenne. Le projet comprend quatre réacteurs de 1 200 mégawatts, soit 4 800 mégawatts au total. Mais le stockage par batteries répond à un autre besoin : il peut faciliter l’intégration de sources variables et sécuriser l’alimentation de certains sites industriels, sans remplacer une centrale de production continue.

Les ambitions annoncées par les différents industriels ne sont pas directement comparables. Les 500 mégawattheures par an visés par Rosatom et Teletech correspondent à une capacité d’assemblage annuelle. Les 10 gigawattheures annoncés par Sungrow et les 3 gigawattheures du projet Gotion portent eux aussi sur des capacités de production prévues, pas sur de l’électricité déjà stockée ou injectée dans le réseau. Ces projets restent à concrétiser.

La production locale, enjeu au-delà des annonces

Pour les autorités égyptiennes, attirer ces investissements peut soutenir l’emploi industriel et former des techniciens. Les retombées dépendront toutefois de l’exécution : calendrier des usines, accès aux composants, transferts de compétences et commandes locales. Les grandes zones industrielles, notamment autour du canal de Suez, pourraient en bénéficier directement. Les effets sur les consommateurs et les régions éloignées dépendront plutôt du déploiement effectif des batteries et du renforcement du réseau.

Le stockage ne garantit pas, à lui seul, une électricité moins chère ni une alimentation plus fiable. Il faut aussi financer les installations, les raccorder au réseau et organiser leur utilisation. En parallèle, l’Égypte devra continuer à équilibrer ses investissements dans les renouvelables, le gaz et le nucléaire, tout en maîtrisant les coûts pour les entreprises et les ménages.

La concurrence entre partenaires étrangers place ainsi Le Caire devant un choix économique concret : attirer rapidement des équipements et des capitaux, tout en cherchant à ancrer davantage de savoir-faire dans le pays. L’enjeu ne se limite pas au nombre de gigawattheures annoncé par chaque entreprise. Il concerne la capacité de l’Égypte à transformer les projets industriels en emplois, en compétences et en outils utiles à son système électrique.

Un enjeu nord-africain et continental

L’Égypte n’appartient pas à l’Union du Maghreb arabe, mais ses choix énergétiques résonnent dans toute l’Afrique du Nord et au-delà. Des batteries produites localement pourraient contribuer à structurer une offre régionale, si les coûts, les normes et les réseaux permettent ensuite des échanges. À l’échelle de l’Union africaine, l’enjeu est similaire : développer des capacités énergétiques sans rester uniquement dépendant des équipements importés.

Pour mesurer la portée du partenariat Rosatom-Teletech, les prochaines étapes seront décisives : publication d’un calendrier et d’un budget, lancement de l’assemblage, formation des équipes et précision sur l’origine des composants. D’ici là, les 500 mégawattheures annuels restent une capacité envisagée, tandis que l’objectif national de stockage de 14 320 mégawattheures demeure un cap gouvernemental pour 2028.