Un marché solaire africain qui change d’échelle
Sur le continent, la question n’est plus seulement de savoir combien de mégawatts sortent du sol. Elle porte aussi sur qui fabrique les composants, qui les installe et qui capte la valeur créée. Dans le solaire, les grands projets attirent désormais des entreprises spécialisées dans les trackers, ces structures qui orientent les panneaux vers le soleil pour améliorer la production. C’est un signe de maturité industrielle, bien plus qu’un simple effet d’annonce.
L’Afrique du Sud et l’Égypte occupent une place centrale dans cette nouvelle phase. L’une reste le premier marché solaire du continent en capacité installée, avec plus de 10 GW et 1,6 GW ajoutés en 2025. L’autre consolide sa stratégie nationale, avec un objectif officiel de 42 % d’énergies renouvelables dans le mix électrique d’ici 2030, puis plus de 60 % à l’horizon 2040. Ces deux pays servent aujourd’hui de vitrines à une filière africaine du solaire plus large, où le stockage par batteries devient aussi important que la production elle-même.
Hydra en Afrique du Sud, signal fort pour la filière
Le complexe hybride Hydra a été inauguré le 16 juillet 2026 dans la province du Northern Cape, en Afrique du Sud. Le projet associe 216 MW de solaire photovoltaïque à 500 MWh de stockage par batteries. Selon TotalEnergies, il doit fournir plus de 400 GWh d’électricité par an et alimenter le réseau national dans le cadre d’un contrat d’achat de 20 ans. Le projet est présenté comme l’un des plus importants ensembles hybrides renouvelables du continent.
C’est dans ce cadre que l’équipementier GameChange Energy a annoncé avoir fourni ses systèmes de suivi solaire Genius Tracker 1P-5SQ. Concrètement, ces structures ajustent l’inclinaison des panneaux au fil de la journée pour mieux capter le rayonnement. Ce type d’équipement ne produit pas d’électricité à lui seul, mais il améliore le rendement global d’une centrale et sécurise une partie du modèle économique des grands projets.
Le Northern Cape n’a rien d’un choix anodin. La province concentre depuis des années une partie des grands projets solaires sud-africains, grâce à son ensoleillement et à ses vastes espaces. Dans un pays qui subit encore des tensions sur son réseau électrique, Hydra illustre le basculement vers des centrales capables de livrer une énergie plus stable, grâce au couplage entre solaire et batteries.
Égypte : Benban reste la référence, mais la chaîne de valeur demeure importée
Quelques mois plus tôt, en mars 2026, GameChange Solar avait déjà signé un contrat pour fournir son Genius Tracker à un projet solaire de 258 MWp à Benban, en Égypte. L’opération a été conclue avec Hassan Allam Construction. L’entreprise américaine a indiqué qu’il s’agissait de sa quatrième intervention dans le pays, portant au-delà de 3 GWp la capacité cumulée de ses projets en République arabe d’Égypte.
Benban reste une place forte de la stratégie égyptienne. Les autorités égyptiennes continuent de viser 42 % d’énergies renouvelables dans le mix électrique d’ici 2030, puis davantage encore à l’horizon 2040, en s’appuyant sur le solaire, l’éolien et le stockage. Dans ce cadre, la Nouvelle Autorité pour les énergies renouvelables suit l’entrée progressive de nouvelles capacités sur le réseau national. Au deuxième trimestre de l’exercice 2025/2026, elle signalait une hausse de la capacité renouvelable installée de 8,6 GW à 9,1 GW, après l’ajout de 500 MW liés à la première phase du projet Obelisk PV.
Pour l’Égypte, l’enjeu est double. D’un côté, le pays veut consolider sa sécurité énergétique et réduire la facture des combustibles. De l’autre, il cherche à renforcer ses capacités industrielles locales. La présence d’acteurs étrangers sur les trackers, les batteries, les onduleurs ou les systèmes de contrôle montre que la transition avance, mais que la valeur ajoutée reste souvent captée hors du continent. Le défi n’est donc pas seulement de produire plus d’électricité propre. Il consiste aussi à fabriquer davantage d’équipements en Afrique et à développer des compétences locales à chaque étage de la chaîne.
Ce que cela dit de l’Afrique solaire aujourd’hui
À l’échelle continentale, la séquence Hydra-Benban confirme une tendance nette. Les grandes centrales ne sont plus des projets isolés. Elles structurent désormais un marché plus large, qui attire des consortiums, des bailleurs, des constructeurs et des équipementiers. Les analyses disponibles montrent que l’Afrique a connu en 2025 sa croissance solaire la plus rapide, avec une progression de 17 % des capacités installées, et que les projets hybrides, associant production et stockage, gagnent du terrain.
Mais cette dynamique reste inégale. L’Afrique du Sud dispose d’un marché plus profond, d’un cadre de mise en concurrence structuré et d’un réseau électrique plus développé, même s’il reste fragile. L’Égypte, elle, avance avec une stratégie publique plus centralisée, portée par l’État et ses grands opérateurs. Dans les deux cas, le signal est le même : le solaire n’est plus seulement un sujet climatique. C’est un sujet industriel, logistique et financier, qui touche la facture électrique des ménages, les besoins des industriels et la compétitivité des économies africaines.
La suite se jouera dans les contrats, les délais de raccordement et la capacité des États à retenir davantage de valeur sur place. Les annonces de 2026 montrent déjà que l’Afrique ne se contente plus d’acheter des panneaux. Elle devient aussi un terrain stratégique pour les trackers, les batteries et, demain, pour une industrie solaire continentale plus complète.