Un incident informatique ne s’arrête pas à l’écran d’un technicien. Si une plateforme de paiement, un réseau de télécommunications ou un système énergétique tombe en panne, les effets peuvent se faire sentir dans les entreprises comme dans les gestes quotidiens. C’est cette chaîne de conséquences que la Côte d’Ivoire a mise à l’épreuve à Abidjan les 28 et 29 octobre 2026.

Des services connectés, des risques partagés

La numérisation relie désormais des services essentiels. En Côte d’Ivoire, le paiement mobile sert notamment à régler des factures d’électricité et des achats liés aux déplacements. Une défaillance chez un opérateur ou un prestataire peut donc dépasser le cadre d’une seule organisation.

Énergie, technologies de l’information et de la communication, finance : ces trois secteurs étaient au cœur de CYBER.EX 2026, première simulation nationale de crise cyber organisée par l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI). L’agence, créée par décret en 2024 et officiellement lancée en 2025, coordonne la protection des systèmes d’information et la réponse aux incidents numériques.

Ce choix s’inscrit dans une trajectoire institutionnelle plus large. La Côte d’Ivoire avait adopté une stratégie nationale de cybersécurité pour 2021-2025. L’ANSSI a ensuite publié un projet de stratégie pour 2026-2030, signe que la préparation doit suivre l’évolution des usages et des menaces. L’enjeu est désormais de transformer les cadres et les plans en réflexes opérationnels.

Un scénario fictif pour tester les décisions

À Abidjan, des responsables publics et privés, des spécialistes et des étudiants ont participé à deux jours d’exercices. Le scénario mettait en scène une entreprise confrontée à une attaque informatique dont les conséquences s’étendaient à plusieurs services. Les participants devaient analyser les alertes, coordonner leur réponse et réfléchir à la continuité des activités.

Le dispositif ne s’adressait pas uniquement aux équipes techniques. Les dirigeants devaient prendre des décisions alors que l’information restait incomplète. Les spécialistes, eux, devaient distinguer les signaux crédibles des fausses alertes intégrées au scénario. Ce type d’exercice permet de tester à la fois les outils, les circuits de décision et les échanges entre organisations.

Selon les informations communiquées à l’ouverture par le directeur général de l’ANSSI, le général de brigade Guelpétchin Ouattara, l’agence avait notifié 147 vulnérabilités majeures à 124 organisations depuis janvier 2026. Ce chiffre désigne des failles signalées, et non nécessairement 147 cyberattaques réussies. Il montre néanmoins l’étendue du travail de prévention à mener dans des structures aux moyens et aux niveaux de préparation différents.

Les organisateurs ont également présenté l’exercice comme une occasion de renforcer les compétences nationales. La participation d’étudiants et l’organisation d’activités techniques visent à faire émerger de nouveaux profils. Dans un secteur où les compétences sont recherchées, la formation locale compte autant que l’acquisition d’équipements.

La réponse dépend aussi de l’organisation

Une crise numérique engage plusieurs métiers. Les équipes informatiques doivent détecter l’incident et limiter sa propagation. Les responsables opérationnels doivent déterminer quels services maintenir. La direction doit informer les clients, les salariés et les autorités sans diffuser d’éléments non vérifiés. Une faille technique peut ainsi devenir une crise de confiance si les communications sont tardives ou contradictoires.

Les effets ne seraient pas identiques pour tous. Une grande entreprise peut disposer d’équipes spécialisées et de solutions de secours. Une petite structure ou un prestataire local peut avoir moins de ressources pour restaurer ses systèmes. Pour les usagers, la priorité est concrète : pouvoir accéder à l’électricité, aux services financiers ou aux communications. La préparation doit donc inclure les sous-traitants et les opérateurs dont dépendent les services, pas seulement les administrations centrales et les grands groupes.

La difficulté consiste aussi à décider avant de connaître toute l’origine d’une attaque. Une fausse alerte peut détourner les équipes des incidents réels. À l’inverse, une réaction trop lente peut laisser une intrusion se propager. Les exercices de crise servent précisément à répéter ces arbitrages dans un cadre contrôlé, puis à repérer les consignes qui manquent ou les responsabilités mal définies.

Un enjeu qui dépasse les frontières ivoiriennes

La Côte d’Ivoire est membre de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), qui a adopté une stratégie régionale de cybersécurité et de lutte contre la cybercriminalité. Cette coopération vise notamment à renforcer les capacités des États et l’assistance mutuelle. Elle est importante parce que les réseaux, les prestataires et les échanges numériques ne s’arrêtent pas aux frontières nationales.

Un incident touchant des services financiers ou des télécommunications peut perturber des échanges transfrontaliers. La protection des infrastructures critiques — les systèmes indispensables au fonctionnement de secteurs essentiels — dépend donc aussi du partage d’alertes et de pratiques entre pays voisins. L’exercice ivoirien prend place dans ce cadre régional, sans remplacer les mécanismes de coopération entre États.

Le prochain indicateur sera moins le nombre de participants que les changements concrets après la simulation : procédures mises à jour, responsabilités clarifiées, exercices réguliers et capacité à maintenir les services essentiels. Le projet de stratégie nationale 2026-2030 et la coopération au sein de la CEDEAO donnent un cadre. La résilience, elle, se mesurera dans la façon dont administrations, entreprises et opérateurs sauront travailler ensemble lors d’un incident réel.