À Zamboï, l’or a fait naître un village, puis une question de fond
Dans l’ouest de la République centrafricaine, un chantier minier peut créer une route, des boutiques, une école, puis tout arrêter du jour au lendemain. À Zamboï, la promesse de l’or a attiré des milliers de personnes. Elle a aussi révélé la fragilité d’un développement construit trop vite, sur un terrain où l’État reste peu présent et où la sécurité dépend encore d’équilibres locaux instables.
Le site se trouve dans la préfecture de Nana-Mambéré, près de la frontière avec le Cameroun, le long de la Kadéï, une rivière qui sert de repère naturel entre les deux pays. Dans cette zone, l’exploitation artisanale de l’or fait vivre des familles, mais elle attire aussi des travailleurs venus d’autres régions et de pays voisins, dans une économie largement informelle.
Ce paysage dit beaucoup de la Centrafrique d’aujourd’hui. Le pays appartient à la CEMAC, dont le siège est à Bangui, et à la CEEAC, deux cadres régionaux qui suivent de près les questions de mobilité, de sécurité des frontières et de circulation des ressources. Sur le terrain, pourtant, l’écart reste grand entre les textes, les permis et la réalité des chantiers.
Un éboulement qui a stoppé le chantier et ouvert un contentieux sur la sécurité
Le 18 août 2026, un éboulement a frappé le site aurifère de Zamboï. Les bilans ont d’abord divergé. Des sources locales ont parlé de plus d’une centaine de morts, tandis que le gouvernement centrafricain a ensuite retenu un bilan officiel de 49 morts. L’Agence France-Presse a également rapporté que le décompte gouvernemental était de 49, après plusieurs jours de recherches.
Le même événement a mis en lumière un autre problème : la difficulté à sécuriser les sites artisanaux. Les premiers secours ont été menés avec des moyens limités, alors que l’extraction était déjà intensive et que les règles de contrôle semblaient peu appliquées sur place. Dans ce type de catastrophe, le bilan humain dépend souvent de la profondeur des puits, de la stabilité des berges et de la vitesse de la réponse d’urgence.
Après l’accident, les autorités ont fermé le site. L’AP a indiqué que la fermeture avait été décidée au motif du non-respect des procédures réglementaires. Cette décision confirme ce que beaucoup savaient déjà : le chantier fonctionnait dans une zone grise, entre concession, tolérance administrative et organisation privée de fait.
Le droit minier centrafricain prévoit pourtant un encadrement des permis et des activités artisanales, avec une administration chargée d’autoriser, de contrôler et, en théorie, de sanctionner. Sur le terrain, l’application reste inégale. Zamboï montre ainsi la distance entre la règle écrite et l’économie réelle des frontières.
Un village minier, mais aussi un espace social à gouverner
Zamboï n’est pas seulement un chantier. C’est devenu un lieu de vie. Des habitations en bâche, des commerces, des points de service et des activités de transport se sont installés autour du site. Cette urbanisation rapide a donné naissance à une forme de pouvoir local, souvent plus immédiat que celui de l’administration, parce qu’il répond aux besoins quotidiens : eau, circulation, sécurité, arbitrage et accès au travail.
Dans ce type d’espace, l’or ne profite pas de la même façon à tout le monde. Les propriétaires de permis, les acheteurs, les commerçants et les transporteurs tirent souvent des revenus plus stables que les mineurs eux-mêmes. Pour les jeunes, la mine reste surtout une porte d’entrée vers un revenu immédiat, après l’abandon de l’école ou faute d’alternative locale.
Les femmes y occupent aussi une place centrale, souvent dans le commerce, l’organisation du site ou les services de proximité. Ce rôle reste peu visible dans les bilans miniers, alors qu’il structure la vie quotidienne des villages de mine. À Zamboï, comme ailleurs dans les zones aurifères de la région, l’économie minière déborde largement le seul puits. Elle touche la restauration, le logement, le transport et le petit crédit.
Cette économie crée des ressources, mais elle produit aussi des risques. Sans contrôle technique sérieux, sans inspection régulière et sans équipement adapté, le gain immédiat se paie souvent par des accidents répétés, des conflits d’usage et une pression sur l’environnement local. Le site de Zamboï rappelle que l’orpaillage artisanal peut soutenir des ménages, tout en exposant les plus vulnérables à des dangers lourds.
Une affaire locale, avec des résonances régionales
La frontière entre la Centrafrique et le Cameroun n’est pas une simple ligne sur une carte. C’est un espace de circulation humaine, commerciale et minière. Quand un site comme Zamboï ferme, l’effet se fait sentir de part et d’autre : chez les mineurs, chez les transporteurs, chez les petits commerçants et jusque dans les villes voisines comme Garoua-Boulaï, côté camerounais.
Le débat dépasse aussi les deux pays. Dans l’espace CEMAC et plus largement en Afrique centrale, les autorités sont confrontées à la même équation : comment formaliser l’extraction artisanale sans tuer l’emploi local, tout en imposant des standards de sécurité réels. Cette question est d’autant plus sensible que la région vit déjà de fortes mobilités frontalières et d’un tissu économique dominé par l’informel.
Pour Bangui, l’enjeu est double. Il faut restaurer l’autorité de l’État sur les sites miniers, mais aussi éviter que la fermeture d’un chantier ne se transforme en crise sociale locale. Pour les habitants, la vraie question n’est pas seulement de savoir qui a perdu l’accès au filon. Elle est de savoir quel modèle de développement peut remplacer une économie qui avance plus vite que les protections.
À l’échelle continentale, Zamboï s’inscrit dans une alerte plus large sur les mines artisanales en Afrique. Là où l’or et les autres minerais nourrissent des économies entières, la sécurité du travail, la traçabilité et la gouvernance des permis restent des enjeux centraux. Le prochain test sera simple : savoir si la fermeture du site restera un geste ponctuel ou deviendra le point de départ d’un vrai contrôle public des zones minières frontalières.