À Longonjo, dans la province angolaise de Huambo, le calendrier d’une future mine se joue désormais autant dans les négociations financières que sur le chantier. Pour l’Angola, l’enjeu dépasse l’ouverture d’un site extractif : il s’agit de savoir quelle place le pays pourra prendre dans une filière mondiale où les minerais stratégiques sont recherchés, mais où la transformation reste concentrée hors du continent.

Un projet angolais au cœur d’un corridor régional

Le gisement de Longonjo se trouve à environ 350 kilomètres au sud-est de Luanda. Il s’inscrit dans un pays qui cherche à diversifier son économie, encore fortement dépendante des hydrocarbures, et à développer la valeur de ses ressources minières. Les terres rares regroupent des éléments utilisés notamment dans certains aimants permanents, les équipements électroniques et les technologies énergétiques.

Le projet est également lié au corridor de Lobito, une infrastructure ferroviaire et portuaire qui relie l’Angola à la République démocratique du Congo et, à terme, à la Zambie. La ligne offre une voie d’exportation vers le port atlantique de Lobito. Cette ambition régionale s’inscrit dans les travaux de la SADC, la Communauté de développement de l’Afrique australe, qui réunit des pays de la région pour coordonner notamment les infrastructures et les échanges.

Mais exporter plus facilement ne garantit pas, à lui seul, que les étapes les plus rémunératrices de la chaîne — séparation, raffinage et fabrication d’aimants — se dérouleront en Angola ou dans les pays voisins. Le débat sur la transformation locale reste donc central.

Le financement retarde la mise en production

Le 26 octobre 2026, Pensana, société britannique qui développe Longonjo avec sa filiale angolaise Ozango Minerais, a indiqué viser une mise en service au début de 2028. La production à pleine capacité est désormais attendue en septembre 2028. En début d’année, le groupe envisageait encore une première production en 2027.

Selon l’entreprise, le calendrier dépend de la finalisation du financement. Pensana cherche à réunir entre 75 et 90 millions de dollars en fonds propres pour Ozango et poursuit des discussions sur des prêts auprès d’ABSA et de l’agence américaine de crédit à l’exportation, EXIM. Le groupe annonce que Cascade Natural Resources, son investisseur stratégique, a versé 15 millions de dollars sur un engagement global de 165 millions. Il indique qu’une nouvelle tranche importante pourrait être débloquée prochainement, sans que son versement soit acquis à ce stade.

Ces données proviennent des communications de Pensana. Le média sud-africain Engineering News a également rapporté, le 26 octobre, le besoin de financement de 75 à 90 millions de dollars, les 15 millions déjà investis par Cascade et la cible de production en 2028. Ce recoupement confirme les chiffres annoncés, mais ne constitue pas une garantie indépendante que les financements restants seront effectivement mobilisés.

Pensana affirme que 30 % du calendrier global de construction est achevé et que plus de 60 % des dépenses d’approvisionnement sont engagées. Ces avancées ne suppriment pas le risque financier : l’entreprise précise que certaines opérations de chantier et commandes ont ralenti pendant la recherche de capitaux. La société prévoit par ailleurs la finalisation d’accords d’achat et d’approbations de dette d’ici février 2027. Ces étapes seront déterminantes pour maintenir l’échéance annoncée.

Une production intermédiaire, des retombées à vérifier

Pour sa première phase, le projet vise 20 000 tonnes par an de carbonate mixte de terres rares, ou MREC. Il s’agit d’un produit intermédiaire contenant plusieurs éléments, qui nécessite encore des traitements avant de devenir des oxydes séparés ou des matériaux prêts pour la fabrication industrielle. Pensana prévoit notamment d’y produire du néodyme et du praséodyme, ainsi que de plus petites quantités de dysprosium et de terbium. L’entreprise envisage ensuite de porter la production à 40 000 tonnes par an à partir de la quatrième année.

Le coût de développement initial annoncé est de 250 millions de dollars. Pensana prévoit d’acheminer le produit par le corridor de Lobito et affirme que le site bénéficiera d’un approvisionnement hydroélectrique. Ces équipements pourraient faciliter l’accès aux marchés extérieurs. En revanche, l’exportation de MREC ne signifie pas automatiquement que l’Angola captera les revenus et les emplois associés à la séparation et à la fabrication de composants.

Les retombées locales dépendront aussi des emplois créés, des achats auprès d’entreprises angolaises, des recettes publiques et des investissements communautaires prévus. La convention minière mentionnée pour Longonjo prévoit une redevance de 2 % des revenus, selon les informations disponibles sur le projet. Le régime fiscal minier angolais prévoit plusieurs taux de redevance selon la catégorie du minerai ; l’application à Longonjo doit donc être lue à la lumière de ses dispositions contractuelles et de la classification retenue.

Le calendrier comme test de crédibilité

Longonjo illustre une tension qui concerne plusieurs projets miniers africains : les ressources attirent des investisseurs et des acheteurs internationaux, mais les retards de financement peuvent repousser les revenus attendus par l’État et les communautés. Pour les habitants de Huambo, les effets concrets dépendront du passage des annonces aux emplois, aux contrats locaux et aux investissements effectivement réalisés. À l’échelle nationale, le projet sera aussi un test de la capacité angolaise à convertir ses ressources en activité économique durable.

La dimension régionale est tout aussi importante. Le corridor de Lobito est présenté comme une route commerciale reliant l’Angola, la RDC et la Zambie aux marchés mondiaux. Longonjo pourrait renforcer les flux de minerais sur cet axe, mais son impact industriel dépendra de la part de transformation réalisée dans la région et des accords commerciaux qui encadreront les ventes. Pour l’heure, Pensana indique être en discussion avec des acheteurs potentiels, sans annoncer dans sa mise à jour du 26 octobre la conclusion d’accords fermes couvrant la production prévue.

Le prochain repère annoncé est février 2027, échéance visée pour les accords d’achat contraignants et les approbations de dette. Ensuite, la capacité de Pensana à obtenir les fonds propres recherchés déterminera si le chantier peut accélérer. La mine ne produira donc pas en 2027 comme l’entreprise l’envisageait auparavant. Pour l’Angola, le défi sera de faire en sorte que ce report ne réduise pas l’ambition à une simple extraction destinée à l’exportation, mais serve aussi le développement de compétences, d’emplois et de valeur ajoutée dans le pays et en Afrique australe.

Sources de contexte : compte rendu d’Engineering News sur le financement et le calendrier de Longonjo, mise à jour de Pensana sur le développement de la mine, présentation du corridor de Lobito et régime fiscal minier de l’Agence nationale des ressources minérales d’Angola.