À Alger, le débat économique ne porte plus seulement sur la capacité de l’Algérie à financer sa croissance. Il concerne désormais la solidité du modèle qui doit prendre le relais lorsque les recettes des hydrocarbures ralentissent. La nouvelle évaluation du Fonds monétaire international apporte un constat favorable, mais elle rappelle aussi le coût budgétaire de cette transformation.
Une croissance soutenue par l’investissement
Dans les conclusions de sa consultation au titre de l’article IV, publiées le 21 septembre 2026, le FMI estime que l’économie algérienne a progressé de 3,9 % en 2025, après 3,7 % en 2024. L’institution prévoit encore une hausse de 3,8 % du produit intérieur brut en 2026.
Cette dynamique repose largement sur l’investissement. Le secteur hors hydrocarbures aurait progressé de 4,3 % en 2025. Il devrait avancer de 4 % en 2026. Ces chiffres ne signifient pas que l’économie algérienne serait devenue indépendante du pétrole et du gaz. Ils indiquent plutôt que d’autres activités contribuent désormais davantage à la croissance.
Le FMI cite notamment les secteurs minier et agricole. Cette évolution rejoint les priorités affichées par le président Abdelmadjid Tebboune. Depuis plusieurs années, les autorités cherchent à utiliser les revenus énergétiques et la commande publique pour élargir la base productive du pays.
Les projets liés au fer de Gara Djebilet, au phosphate et au zinc occupent une place importante dans cette stratégie. L’enjeu ne consiste pas seulement à extraire davantage. Il s’agit aussi de développer la transformation industrielle en Algérie, afin de conserver une part plus importante de la valeur ajoutée et de créer des emplois qualifiés.
Des secteurs non pétroliers encore à consolider
Dans l’agriculture, les investissements réalisés dans les zones sahariennes, l’irrigation et les filières céréalières ou oléagineuses poursuivent un objectif similaire. Ils doivent renforcer la production locale et limiter certaines importations. Toutefois, leurs résultats dépendront de la disponibilité de l’eau, de la logistique, du stockage et de l’accès au financement.
La diversification ne se mesure donc pas uniquement au nombre de projets annoncés. Elle se vérifiera dans la capacité des entreprises algériennes à produire régulièrement, à exporter et à s’insérer dans des chaînes de valeur régionales. Elle dépendra également de la place accordée aux petites et moyennes entreprises, souvent plus exposées aux lourdeurs administratives et aux difficultés d’accès au crédit.
Le retrait de l’Algérie de la liste des juridictions soumises à une surveillance renforcée du Groupe d’action financière, le GAFI, constitue un autre signal important. Cette « liste grise » concerne les pays appelés à corriger des faiblesses dans leurs dispositifs de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.
La sortie a été officialisée en juin 2026, après l’examen des progrès accomplis par les autorités algériennes. Elle peut faciliter certaines relations avec les banques étrangères et améliorer la confiance des partenaires financiers. Elle ne constitue cependant pas une garantie automatique d’afflux d’investissements. Les opérateurs regarderont aussi la stabilité réglementaire, la convertibilité, la transparence des procédures et les conditions de concurrence.
Le coût budgétaire de la transformation
Le message du FMI comporte une limite claire. Le déficit budgétaire est resté très élevé en 2025, malgré une réduction par rapport à l’année précédente. L’institution estime qu’il représentait encore 10,5 % du PIB et qu’il pourrait atteindre 9,6 % en 2026.
Ces déséquilibres s’expliquent en partie par le niveau des dépenses publiques et par le financement de grands projets. Ils pèsent sur les marges de manœuvre de l’État. La hausse des importations liées aux investissements a également creusé le déficit courant et contribué à la diminution des réserves de change.
Le FMI considère que la remontée des recettes d’hydrocarbures offre à Alger une fenêtre pour reconstituer ses réserves financières. Il recommande un ajustement budgétaire progressif, plutôt qu’un choc brutal, ainsi qu’une meilleure sélection des investissements publics.
L’institution demande aussi une mobilisation accrue des recettes fiscales hors hydrocarbures. Cette recommandation renvoie à un défi central pour l’Algérie : financer les politiques publiques sans accroître indéfiniment la dépendance aux cours du pétrole et du gaz.
Le Fonds alerte en parallèle sur les risques liés au financement monétaire du déficit, c’est-à-dire lorsque la banque centrale contribue directement ou indirectement à couvrir les besoins de l’État. À terme, cette pratique peut alimenter l’inflation, fragiliser la monnaie et réduire la confiance des investisseurs.
Le climat des affaires au centre de la prochaine étape
Pour le FMI, la diversification exige désormais des réformes plus profondes. Il encourage l’Algérie à réduire les obstacles réglementaires, à renforcer la prévisibilité des décisions et à instaurer des conditions de concurrence plus équilibrées entre les entreprises publiques et privées.
Cette question touche directement les acteurs économiques. Les grandes entreprises publiques disposent souvent d’un accès privilégié aux marchés et au financement. Les entreprises privées, elles, peuvent jouer un rôle majeur dans l’emploi, l’innovation et l’exportation, mais elles restent sensibles aux changements de règles et aux délais administratifs.
Les effets de la politique économique ne sont pas identiques partout. Les grands pôles urbains bénéficient davantage des investissements industriels, des infrastructures et des services financiers. Dans les Hauts-Plateaux et le Sud, les projets agricoles et miniers peuvent créer de nouvelles activités, à condition de s’accompagner de formation, de transport et de débouchés réels.
La question sociale reste également présente. Une croissance de près de 4 % peut améliorer les revenus et l’emploi, mais son impact dépend de sa répartition. L’évolution des prix alimentaires, le pouvoir d’achat et l’accès des jeunes au marché du travail seront des indicateurs aussi importants que le taux de croissance global.
Une portée qui dépasse l’économie nationale
La trajectoire algérienne intéresse aussi ses partenaires africains et européens. Grâce à sa position en Afrique du Nord, à ses infrastructures énergétiques et à ses ressources minières, l’Algérie peut renforcer ses échanges avec l’Europe, mais aussi avec les marchés du continent.
Les secteurs de l’électricité, des énergies renouvelables, des minerais, de l’agriculture et de la logistique offrent plusieurs possibilités de coopération. La Zone de libre-échange continentale africaine peut, à terme, élargir les débouchés des entreprises algériennes. Mais cette ambition suppose une amélioration de la compétitivité, de la qualité des produits et des connexions de transport.
Le prochain enjeu sera donc moins d’obtenir une validation extérieure que de transformer les indicateurs favorables en résultats durables. Le FMI reconnaît les progrès de la croissance hors hydrocarbures et de la diversification. Il rappelle, dans le même temps, que l’Algérie devra restaurer ses marges budgétaires, attirer davantage d’investissement privé et maintenir le rythme des réformes.
Pour Alger, la période qui s’ouvre sera décisive. Les revenus énergétiques peuvent encore financer la transformation. Ils ne peuvent toutefois pas remplacer indéfiniment une économie productive, compétitive et capable de créer de la valeur au-delà du pétrole et du gaz.