Pour les fédérations nationales, les joueurs et les supporters, le calendrier de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) ne relève pas d’un simple choix de dates. Il détermine le rythme des grandes compétitions du continent, mais aussi une partie des revenus et de la visibilité du football africain. La Confédération africaine de football (CAF) a finalement renoncé à espacer la compétition phare de quatre ans.

Un calendrier africain pris entre deux grands rendez-vous

La CAN rassemble les sélections nationales membres de la CAF, l’instance qui organise le football continental. Depuis des décennies, elle se joue généralement tous les deux ans. Ce rythme fait toutefois coexister plusieurs intérêts : celui des équipes africaines et de leurs supporters, celui des clubs qui libèrent les joueurs, et celui des organisateurs internationaux, dont les calendriers sont déjà chargés.

Le débat s’inscrit aussi dans une série de réformes annoncées par la CAF. En décembre 2025, son président, Patrice Motsepe, avait déclaré que la compétition passerait à un cycle de quatre ans à partir de 2028. Une Ligue des nations africaine devait notamment occuper une partie de l’espace laissé vacant. Mais cette nouvelle épreuve n’était pas prête à prendre le relais.

La CAN 2027 doit être organisée conjointement par le Kenya, la Tanzanie et l’Ouganda. Ce choix est notable : pour la première fois, trois pays d’Afrique de l’Est accueilleront ensemble le tournoi. La préparation de cette édition mobilise donc des institutions et des infrastructures dans trois États, au-delà de leur seule capitale.

La CAF revient sur le cycle quadriennal

Le comité exécutif de la CAF a décidé à l’unanimité de maintenir la CAN sur un rythme biennal, selon l’annonce publiée par l’instance le jeudi 29 octobre 2026. Le lendemain, plusieurs médias africains ont relayé la décision. Motsepe a expliqué que la future Ligue des nations nécessiterait plusieurs années avant de pouvoir générer les ressources attendues pour le développement du football africain.

La CAF a confirmé les prochaines échéances : après l’édition 2027, la CAN est prévue en 2028, puis en 2031 et en 2033. Le calendrier ne forme donc pas une alternance régulière de deux ans à court terme. L’intervalle de trois ans entre 2028 et 2031 vise à éviter une CAN la même année que la Coupe du monde masculine de 2030, a indiqué le président de l’instance.

Ce détail compte. Le retour au principe d’une compétition tous les deux ans ne signifie pas que chaque édition suivra mécaniquement la précédente à vingt-quatre mois d’intervalle. La CAF doit aussi composer avec les calendriers mondiaux et les contraintes d’organisation. Le calendrier annoncé donne une orientation, mais les dates exactes des rencontres et les conditions de qualification restent des sujets distincts.

La décision et les années annoncées figurent dans le communiqué officiel de la CAF sur le rythme des prochaines CAN. Radio Okapi, média de la République démocratique du Congo, a également rapporté le calendrier après l’annonce. Ces éléments concordants confirment la décision de l’instance, même si ses conséquences financières à long terme restent à établir.

Une compétition qui compte au-delà des terrains

Pour les sélections, conserver une CAN fréquente signifie garder un rendez-vous continental majeur dans le cycle des équipes. Pour les joueurs, cela peut offrir davantage d’occasions de représenter leur pays. Pour les supporters, la compétition demeure un temps fort partagé entre les villes hôtes, les autres régions et les diasporas africaines.

Les bénéfices économiques sont moins automatiques. Une CAN peut soutenir les recettes de la CAF et des fédérations, attirer des partenaires et faire travailler des entreprises liées au tourisme, au transport ou aux événements. Mais les retombées varient selon les pays hôtes et leur capacité à réutiliser les équipements après le tournoi. La construction d’un stade ou d’une route ne garantit pas, à elle seule, des recettes durables ni un accès égal aux bénéfices pour les populations locales.

Le changement est aussi institutionnel. La Ligue des nations devait compenser l’espacement de la CAN, mais la CAF reconnaît que cette compétition n’est pas encore en mesure de produire rapidement les ressources attendues. Revenir sur la réforme montre que l’instance a dû arbitrer entre un projet futur et une compétition déjà installée, dont les revenus comptent pour ses membres. La décision ne renseigne toutefois pas encore sur le format, le financement ou les dates de lancement de la nouvelle ligue.

Cette incertitude laisse une question centrale aux fédérations : comment financer le développement du football sur la durée, sans faire dépendre l’équilibre de chaque association membre d’un seul grand tournoi ? La réponse ne tient pas seulement au nombre d’éditions. Elle dépend aussi du partage des recettes, de la gouvernance des compétitions et des investissements réalisés dans les championnats locaux et la formation.

Un signal régional, des choix encore à préciser

En Afrique de l’Est, l’organisation commune de la CAN 2027 donne au Kenya, à la Tanzanie et à l’Ouganda une occasion de coordonner leurs préparatifs. Elle pose aussi des questions concrètes : répartition des matchs, transports entre les sites, hébergement et partage des coûts. Ces enjeux concernent les autorités et les fédérations, mais aussi les travailleurs et les entreprises qui participeront à l’organisation.

À l’échelle continentale, le revirement rappelle que le calendrier du football africain ne se décide pas isolément. Il se négocie dans un environnement où les clubs, les compétitions de la FIFA et les fédérations nationales ont des priorités différentes. Certaines voix du football africain avaient contesté l’idée de remplacer une compétition existante par une ligue encore à l’étude. L’ancien gardien camerounais Joseph-Antoine Bell estimait notamment qu’on ne pouvait pas échanger la CAN biennale contre une promesse qui n’était pas encore concrétisée.

La prochaine étape sera de voir comment la CAF transforme cette décision en calendrier stable et précise la place de la Ligue des nations. D’ici là, les préparatifs de la CAN 2027 en Afrique de l’Est restent le premier test concret. Le maintien du rythme biennal répond à une attente sportive et financière, mais sa portée dépendra des modalités de partage des revenus et des retombées dans chaque pays hôte.