Une plateforme peut-elle aider un élève sans remplacer le regard de son enseignant ? En Afrique du Sud, le groupe scolaire Advtech mise sur l’intelligence artificielle pour personnaliser les exercices, tout en cherchant à étendre ses outils dans son réseau régional.

Une technologie déjà présente dans les écoles du groupe

Le 21 octobre 2026, Advtech a annoncé l’acquisition de 25 % de MathU, une entreprise sud-africaine de technologie éducative. L’opération lui donne un siège au conseil d’administration de MathU et des droits exclusifs sur ses solutions éducatives actuelles et futures fondées sur l’IA, dans les marchés où le groupe est présent.

Le montant n’a pas été précisé dans l’annonce publique. Toutefois, les résultats intermédiaires d’Advtech indiquent que la prise de participation a été conclue le 16 juillet 2026, pour 15,8 millions de rands en espèces. Le groupe avait déjà intégré la plateforme de MathU dans sa division scolaire depuis 2023, sous la marque Advlearn.

Les outils servent notamment à l’apprentissage des mathématiques et des sciences physiques. Ils proposent des activités adaptées au niveau de l’élève et des explications guidées. Advtech prévoit aussi d’étendre l’offre à l’anglais. Les fonctions d’IA peuvent orienter les exercices à partir des réponses de l’apprenant ; elles ne garantissent pas, à elles seules, une amélioration des résultats.

Un investissement dans un réseau en expansion

Cette opération s’inscrit dans le développement d’Advtech, dont le siège est à Johannesburg, en Afrique du Sud. Le groupe exploite des écoles et des établissements d’enseignement supérieur dans plusieurs pays africains. Ses résultats pour le premier semestre 2026 font état de 119 197 inscriptions, dont 47 730 dans les écoles et 71 467 dans l’enseignement supérieur.

La progression concerne aussi ses activités scolaires hors d’Afrique du Sud : le groupe y a recensé 13 161 élèves en février 2026, contre 11 550 un an plus tôt. Ces chiffres éclairent l’intérêt commercial d’outils numériques pouvant être déployés sur plusieurs campus. Ils ne disent cependant pas comment l’accès à ces outils se répartira entre les établissements, les niveaux scolaires ou les familles.

Pour Advtech, une participation au capital va au-delà d’un contrat de fourniture. Elle lui donne une place dans la gouvernance de MathU et une exclusivité sur les solutions concernées. En contrepartie, MathU obtient un partenaire disposant d’un réseau d’écoles pour tester, distribuer et faire évoluer ses produits. Les conditions précises de cette exclusivité n’ont pas été détaillées dans les annonces consultées.

L’enjeu : articuler les outils numériques et le travail enseignant

Un logiciel adaptatif peut repérer les erreurs récurrentes et proposer des exercices ciblés. Il peut aussi donner aux équipes des indications sur les difficultés rencontrées par une classe. Mais la qualité de l’apprentissage dépendra de l’usage de ces informations : l’enseignant doit pouvoir les interpréter, corriger les limites de l’outil et adapter son accompagnement.

Cette question compte particulièrement dans un réseau privé dont les établissements accueillent des élèves aux moyens et aux besoins différents. L’accès à un soutien numérique peut compléter les cours, mais il dépend aussi de la disponibilité des appareils, de la connexion et du temps d’accompagnement. L’annonce ne précise pas les modalités de déploiement hors des campus d’Advtech ni les tarifs éventuels pour les utilisateurs.

MathU affirme vouloir étendre ses solutions à davantage d’élèves. Son initiative MathU Society prévoit un soutien en mathématiques et en sciences pour des apprenants de communautés moins bien desservies. Cette dimension sociale est annoncée par les deux entreprises ; les informations publiques disponibles ne donnent toutefois pas encore de calendrier, de nombre de bénéficiaires ni de résultats mesurés.

Un signal pour l’éducation numérique en Afrique australe

Le partenariat illustre une évolution du marché : des groupes scolaires établis cherchent à intégrer des outils développés par des entreprises technologiques locales. L’enjeu régional n’est pas seulement de déployer l’IA, mais de vérifier qu’elle fonctionne dans les programmes, les langues et les conditions d’enseignement propres à chaque pays. La présence d’Advtech dans plusieurs marchés peut faciliter cette adaptation, sans la garantir.

Il faudra donc suivre les prochaines étapes concrètes : l’arrivée annoncée du module d’anglais, l’extension de MathU Society et la manière dont les enseignants utiliseront les données produites par la plateforme. Pour les élèves et leurs familles, la valeur de l’investissement se mesurera moins à la sophistication des algorithmes qu’à l’accès réel au soutien et à son utilité dans les apprentissages.