À Bunia, la lutte contre Ebola se joue autant dans les centres de santé que sur les routes difficiles d’accès de l’Ituri. La transmission recule, mais elle n’est pas interrompue. Dans ce contexte, la France veut accroître son appui à la riposte conduite par les autorités de la République démocratique du Congo.

Une réponse congolaise sous forte pression

Le ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, s’est rendu à Bunia le 3 octobre 2026. La ville, capitale de l’Ituri, accueille le centre de coordination de la riposte contre l’épidémie.

À cette occasion, il a annoncé son intention de proposer de nouveaux financements humanitaires lors des prochaines discussions budgétaires françaises. Cette annonce complète les engagements déjà consacrés par Paris à l’aide humanitaire, à la recherche médicale et au renforcement des capacités locales.

Dans une déclaration officielle, le ministre a insisté sur la nécessité de soutenir les autorités congolaises, les soignants, les chercheurs et les organisations humanitaires mobilisés dans l’Est du pays. Il a également rappelé que la surveillance devait commencer là où le virus circule, avant qu’une chaîne de transmission ne gagne des zones plus densément peuplées.

La déclaration de Jean-Noël Barrot à Bunia situe cette annonce dans une coopération sanitaire franco-congolaise plus large. Elle mentionne notamment le programme PRISME, consacré à la préparation et à la réponse aux épidémies.

La gestion de la crise reste cependant d’abord une responsabilité congolaise. Les équipes nationales assurent la surveillance, la prise en charge des malades, la recherche des contacts et le dialogue avec les communautés. L’appui extérieur peut renforcer ces actions, mais il ne remplace ni les structures publiques ni les relais locaux.

Des chiffres élevés, une transmission encore active

Selon les données communiquées à la fin du mois de septembre 2026, l’épidémie avait franchi le seuil de 8 000 cas confirmés. Le bilan approchait 4 000 décès. Environ un quart des victimes seraient des enfants, d’après les chiffres présentés lors de la visite française.

Ces données font de cette flambée la plus meurtrière jamais enregistrée en République démocratique du Congo. Elles la placent aussi parmi les épidémies d’Ebola les plus graves jamais documentées à l’échelle mondiale.

La transmission ne se concentre pas dans une seule ville. Elle concerne plusieurs provinces et plusieurs dizaines de zones de santé. L’Ituri demeure le principal foyer signalé. Le Nord-Kivu reste également exposé, en raison des mouvements de population et de la proximité de grands axes commerciaux.

L’Organisation mondiale de la santé souligne que les retards dans l’identification des cas, les décès survenus dans les communautés et les difficultés d’accès à certains territoires peuvent prolonger les chaînes de transmission. Les bulletins épidémiologiques de l’OMS sur la RDC montrent aussi le rôle des zones de santé isolées et des déplacements transfrontaliers dans la dynamique de la maladie.

La souche identifiée, Bundibugyo, ajoute une difficulté scientifique. Elle demeure moins étudiée que la souche Zaïre, responsable des précédentes grandes flambées dans la région. Les outils de prévention et de traitement doivent donc être évalués avec prudence. Les autorités et leurs partenaires poursuivent les essais et l’adaptation des protocoles médicaux.

Un plan de riposte dont le coût a fortement augmenté

Le premier plan national de réponse avait été évalué à environ 240 millions de dollars. La révision présentée le 4 septembre 2026 a porté les besoins à 1,3 milliard de dollars pour une période de 180 jours.

Cette hausse ne traduit pas seulement l’augmentation du nombre de malades. Elle reflète aussi l’élargissement des opérations. La surveillance doit couvrir davantage de territoires. Les équipes doivent assurer le transport des prélèvements, l’accompagnement des familles, la désinfection, la prise en charge médicale et la communication communautaire.

La sécurité pèse également sur le budget. Dans certaines zones de l’Est, les personnels de santé ne peuvent pas se déplacer librement. Les opérations sont parfois suspendues ou réorganisées. Les populations vivant dans les territoires touchés par les violences, les déplacements forcés ou l’activité minière sont particulièrement difficiles à atteindre.

Les besoins ne concernent donc pas uniquement les établissements hospitaliers. Ils touchent aussi les centres de santé ruraux, les laboratoires, les réseaux de transport et les agents communautaires. Dans les villes, la pression s’exerce sur les structures de soins et les marchés. Dans les zones rurales, elle se traduit surtout par l’éloignement des services et les difficultés d’orientation des patients.

Plusieurs partenaires internationaux ont annoncé de nouveaux financements. Les États-Unis, la Banque mondiale, le Royaume-Uni, l’Allemagne, la Corée du Sud, l’Italie, les Émirats arabes unis, le Japon et l’Australie figurent parmi les contributeurs cités. La France avait déjà consacré 13,4 millions d’euros à la lutte contre Ebola entre janvier et juillet 2026. Un engagement supplémentaire de 16 millions de dollars a également été annoncé.

Une alerte qui dépasse les frontières de la RDC

L’Ituri partage des frontières avec l’Ouganda et le Soudan du Sud. Le Nord-Kivu est voisin du Rwanda et de l’Ouganda. Les échanges commerciaux, les déplacements familiaux et les mouvements de personnes déplacées rendent impossible une réponse strictement nationale.

L’Ouganda a déjà été confronté à une flambée liée au virus Bundibugyo. Même après la fin officielle d’une épidémie, une réintroduction reste possible tant que le virus circule dans un pays voisin. La coordination entre les services de santé, les points d’entrée et les laboratoires demeure donc essentielle.

La République démocratique du Congo est à la fois membre de la Communauté d’Afrique de l’Est et de la Communauté de développement de l’Afrique australe. Ces deux espaces régionaux peuvent faciliter l’échange d’informations, la circulation des échantillons et la préparation des pays frontaliers. L’Union africaine et les Centres africains de contrôle et de prévention des maladies ont également un rôle à jouer dans l’harmonisation des alertes.

La prochaine étape sera financière, mais elle sera surtout opérationnelle. Les autorités devront transformer les annonces en décaissements rapides, maintenir les équipes dans les zones éloignées et préserver la confiance des communautés. La capacité à détecter chaque chaîne de transmission déterminera la durée réelle de l’épidémie.

À Bunia, l’enjeu ne se résume donc pas à contenir un virus. Il consiste aussi à consolider un système de santé capable de répondre aux flambées successives, malgré l’insécurité et l’immensité du territoire congolais. C’est sur cette capacité locale, soutenue mais non remplacée par les partenaires étrangers, que reposera la sortie durable de crise.