Une stratégie éducative continentale ne se mesure pas au nombre de déclarations adoptées, mais aux progrès que les pays peuvent établir — et aux décisions qu’ils prennent ensuite. Pour l’Union africaine (UA), la difficulté est de faire remonter des données comparables sans perdre de vue les priorités propres à chaque système national.

Un nouveau cycle continental à rendre mesurable

Réunis à Addis-Abeba, en Éthiopie, du 2 au 6 novembre 2026, les représentants des États membres examinent les moyens de mieux suivre les politiques d’éducation, de formation professionnelle, de science et d’innovation. Les experts travaillent du 2 au 4 novembre, avant la rencontre ministérielle prévue le 6 novembre, selon le calendrier communiqué pour la session.

Ce rendez-vous intervient au moment où s’ouvre la Stratégie continentale de l’éducation pour l’Afrique 2026-2035, ou CESA, le cadre commun de l’UA pour orienter les politiques éducatives de la décennie. Adoptée en février 2025, elle succède à la stratégie 2016-2025. Elle s’articule avec des cadres distincts pour l’enseignement et la formation techniques et professionnels, ainsi que pour la science, la technologie et l’innovation. Le document stratégique de l’Union africaine sur la CESA 2026-2035 prévoit notamment des objectifs et un volet de suivi et d’évaluation.

Les comités techniques spécialisés de l’UA réunissent les ministres concernés et préparent des orientations sectorielles pour les instances de l’Union. À Addis-Abeba, les discussions doivent déboucher sur des recommandations, des mesures de suivi et un projet de déclaration ministérielle. Ces textes ne valent pas encore décisions nationales : leur effet dépendra de leur traduction dans les plans, les budgets et les administrations de chaque pays.

Des objectifs nationaux, mais des données incomplètes

Les pays ne partent pas de zéro. Le tableau de bord africain 2025 de l’Institut de statistique de l’UNESCO (ISU) et de l’équipe du Rapport mondial de suivi sur l’éducation indique que 74 % des pays du continent ont fixé une cible pour au moins un des huit indicateurs retenus. Le dispositif permet de comparer les engagements nationaux aux progrès observés, tout en maintenant des objectifs ancrés dans les réalités locales. Le tableau de bord africain 2025 sur les objectifs éducatifs relève cependant des lacunes dans plusieurs domaines.

Parmi les indicateurs concernés figurent les acquis scolaires, la connexion des écoles à Internet et la proportion d’enseignants formés. Lorsque les données manquent ou ne sont pas produites régulièrement, les gouvernements et les partenaires ont du mal à distinguer une amélioration réelle d’une absence d’information. Les comparaisons entre pays deviennent aussi moins solides. L’ISU et le Rapport mondial de suivi sur l’éducation proposent un cadre mondial couvrant ces indicateurs, mais la collecte repose largement sur les systèmes nationaux. Le tableau de bord mondial de suivi de l’Objectif de développement durable 4 présente les références utilisées.

La mesure ne doit pas se limiter aux taux d’inscription. Les résultats d’apprentissage, la formation des enseignants, l’accès au numérique et les moyens consacrés aux écoles complètent le tableau. L’UNESCO rappelle que les évaluations des apprentissages restent insuffisantes dans plusieurs contextes et que les niveaux de qualification des enseignants varient. Les données disponibles dessinent donc une réalité partielle, non un classement définitif des systèmes éducatifs.

Du suivi continental aux réalités des écoles

L’enjeu politique est de rapprocher les cadres de l’UA des priorités définies dans les pays : formation des enseignants, éducation numérique et compétences utiles à l’emploi des jeunes. Cela suppose de relier les indicateurs aux décisions concrètes. Une cible sur la connexion des écoles, par exemple, ne renseigne pleinement sur l’accès à l’apprentissage numérique que si elle est accompagnée d’informations sur les équipements, l’électricité, les coûts et la disponibilité de contenus.

Les effets d’un meilleur suivi peuvent différer selon les territoires et les acteurs. Les ministères ont besoin de données agrégées pour répartir les ressources et suivre les engagements. Les écoles et les collectivités ont besoin d’informations assez précises pour repérer les besoins locaux. Quant aux enseignants et aux familles, ils sont directement concernés par les choix de recrutement, de formation et d’équipement, mais ne bénéficient pas automatiquement d’un tableau de bord continental. La qualité de la remontée d’informations et leur réutilisation dans les décisions nationales seront donc déterminantes.

Le financement reste une autre limite. La session doit examiner les ressources et les partenariats susceptibles d’appuyer ces orientations, alors que les budgets publics sont sollicités sur plusieurs fronts. Un indicateur peut mettre en évidence un besoin, mais ne garantit pas les moyens d’y répondre. Les arbitrages nationaux détermineront si les objectifs se traduisent par davantage d’enseignants formés, des infrastructures fonctionnelles ou des formations mieux reliées aux emplois disponibles.

Une architecture régionale à consolider

La portée de ce travail dépasse la coordination entre ministères. Des indicateurs comparables peuvent aider les pays africains à confronter leurs méthodes, à partager des solutions et à porter une lecture commune dans les enceintes internationales. Mais ils doivent rester suffisamment sensibles aux écarts entre pays, aux différences entre zones rurales et urbaines et aux réalités des systèmes éducatifs nationaux.

Un mécanisme de coordination consacré à la gouvernance, aux politiques et au financement de la CESA 2026-2035 a été inauguré début octobre 2026 avec la Commission de l’UA, l’Association pour le développement de l’éducation en Afrique et l’Institut panafricain de l’éducation pour le développement. Cette initiative complète les discussions d’Addis-Abeba : elle doit aider à organiser le travail entre États, communautés économiques régionales et partenaires. L’annonce de l’ADEA sur le mécanisme de coordination de la CESA présente cette nouvelle architecture.

La suite dépendra des recommandations retenues par les ministres et de la manière dont elles seront appliquées dans les pays. Le prochain compte rendu sur l’avancement de la CESA est attendu en décembre 2026, selon le calendrier évoqué dans les documents préparatoires. Il permettra de voir si le nouveau cycle continental s’accompagne de données plus complètes et, surtout, de décisions plus faciles à relier aux besoins des élèves, des enseignants et des établissements.