Des salles de soins de l’est de la République démocratique du Congo aux marchés de Nyala, les nouvelles de la semaine mettent en lumière les deux défis auxquels sont confrontés les Etats d’Afrique : la protection des populations et la capacité des institutions à agir dans un contexte de fortes tensions.

Une épidémie qui met à l’épreuve les services de santé congolais

En République démocratique du Congo (RDC), l’épidémie d’Ebola a dépassé les 10 000 cas confirmés. Le bilan arrêté au 25 octobre par le ministère de la Santé faisait état de 10 060 cas et de 4 887 décès. Le bilan épidémiologique publié en RDC situe les principaux foyers dans les provinces du Nord-Kivu, de l’Ituri et de la Tshopo.

Fin octobre, les autorités ont signalé 96 nouveaux cas, dont 58 au Nord-Kivu et 32 en Ituri. Dans ces provinces de l’est, les déplacements, les difficultés d’accès à certaines zones et la pression sur les structures de santé compliquent le suivi des malades et de leurs contacts.

Un signe encourageant est toutefois venu de la province d’’Ituri. Pour la première fois depuis mai, l’établissement de MSF à Mongbwalu n’accueillait plus de patient confirmé. Si cela ne signifie pas la fin de l’épidémie, cette bonne nouvelle rappelle néanmoins que les soins, la détection rapide et la confiance entre équipes sanitaires et communautés peuvent produire des résultats.

Pour Kinshasa, le défi consiste à maintenir la surveillance et les soins à grande échelle, dans plusieurs provinces à la fois. Pour les habitants, la priorité est de pouvoir accéder rapidement à un centre, recevoir une information compréhensible et éviter que la peur ou les rumeurs n’entravent le recours aux soins.

Au Darfour, un marché frappé au cœur de la vie civile

À Nyala, capitale du Darfour du Sud, une frappe de drone attribuée à l’armée soudanaise a touché un marché lundi 26 octobre. L’ONG soudanaise Emergency Lawyers a fait état de 102 morts et de 113 blessés. Médecins sans frontières a indiqué que ses équipes avaient été confrontées à un afflux de blessés après l’attaque.

Nyala est contrôlée par les Forces de soutien rapide, opposées à l’armée régulière depuis avril 2023. Le conflit soudanais pèse bien au-delà des lignes de front. Il perturbe les échanges, fragilise l’accès aux soins et provoque des déplacements vers les pays voisins. Pour les populations du Darfour, l’effondrement de la sécurité affecte aussi les marchés, lieux essentiels d’approvisionnement et de revenus. Les organisations de secours et les réseaux locaux de défense des droits restent parmi les rares acteurs capables de documenter les conséquences immédiates.

Alger et Niamey ouvrent une nouvelle séquence sécuritaire

Le 25 octobre, les deux chambres du Parlement algérien ont approuvé le déploiement d’unités de l’armée au Niger, à la demande du président Abdelmadjid Tebboune. Il s’agit de la première mission de soldats algériens à l’étranger depuis 1973. Les autorités n’ont pas rendu publics tous les détails opérationnels, notamment l’effectif et la durée de la mission.

Cette décision intervient après la signature d’un accord de coopération militaire entre Alger et Niamey. Les relations entre les deux voisins se sont réchauffées récemment après une période de tensions. Le Niger, dirigé par les autorités issues du coup d’État de juillet 2023, se trouve au centre de recompositions régionales : avec le Mali et le Burkina Faso, il a quitté la CEDEAO, l’organisation ouest-africaine chargée notamment de faciliter la coopération économique et politique.

L’Algérie, qui partage une longue frontière avec le Niger, a aussi des intérêts de sécurité dans la région. La mission pourrait donc peser sur la coopération antiterroriste et la protection de projets stratégiques. Mais son périmètre exact reste à préciser. Le déploiement soulève une question plus large : comment les États sahéliens et leurs voisins organisent-ils leur sécurité alors que les cadres régionaux se fragmentent et que les partenariats évoluent ?

Moscou cherche à consolider ses partenariats avec le continent

Les 28 et 29 octobre, le troisième sommet Russie-Afrique s’est tenu à Moscou. L’Union africaine indique que 48 pays africains y ont participé. Le président de la Commission de l’UA, Mahmoud Ali Youssouf, a défendu une représentation plus équitable du continent au Conseil de sécurité des Nations unies, conformément aux positions africaines communes. La déclaration de l’Union africaine au sommet met en avant cette demande de réforme de la gouvernance mondiale.

Moscou présente ses relations avec les pays africains comme un partenariat entre États souverains. Les gouvernements africains, eux, cherchent à diversifier leurs relations diplomatiques, commerciales et sécuritaires. Cette volonté ne signifie pas que leurs intérêts sont identiques, ni que les engagements annoncés se traduiront partout par des résultats concrets. Les effets dépendront des accords conclus, de leur financement et de leur mise en œuvre.

Le sommet a eu lieu dans un contexte particulier, plusieurs pays africains ayant enregistré des signalements de recrutement de leurs ressortissants partis combattre dans l’armée russe en Ukraine. Les estimations relayées sur le nombre d’hommes concernés varient fortement et n’ont pas été confirmées par des données officielles indépendantes. En Tunisie, des familles ont interpellé les autorités sur le sort de leurs proches, partis étudier à Moscou, et dont ils sont sans nouvelles. Selon une association tunisienne, une dizaine de ressortissants tunisiens auraient été enrôlés de force dans l’armée russe sur le front ukrainien.

À Dakar, le budget révèle des tensions politiques

Au Sénégal, le projet de loi de finances rectificative pour 2026 a été contesté par les députés de Pastef, le parti majoritaire à l’Assemblée nationale. La commission des finances l’a rejeté le 23 octobre. Le Premier ministre Ahmadou Alhaminou Mohamed Lô dit toutefois croire à la possibilité d’un accord. L’examen du texte a été reporté au 27 octobre.

Le débat porte sur les choix de dépenses et de financement, mais aussi sur le contrôle parlementaire. Son issue compte pour la conduite de l’action publique et la préparation des dépenses de l’État. La suite des discussions dira si le gouvernement et la majorité parlementaire parviennent à s’entendre, ou si le désaccord se transforme en blocage plus durable.

De Kinshasa à Dakar, de Niamey à Khartoum, les dossiers diffèrent, mais une même question traverse cette séquence : qui décide, avec quels moyens, et qui supporte les conséquences ? Les prochaines étapes seront concrètes : évolution des cas d’Ebola, accès humanitaire au Darfour, précisions sur la mission algérienne et examen du budget sénégalais. À Moscou, l’UA devra aussi vérifier si les engagements diplomatiques se traduisent en coopération répondant aux priorités exprimées par les États africains.