Un portefeuille mobile peut afficher un solde, mais cet argent ne reste pas simplement dans l’application. Les opérateurs doivent conserver des actifs équivalents aux unités émises. Dans l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA), la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) modifie la manière dont une partie de cette contrepartie peut être placée.
Un nouveau partage entre liquidité et placements
Signée le 8 octobre 2026, l’instruction n° 020 abaisse de 75 % à 65 % la part minimale de l’encours de monnaie électronique qui doit rester en dépôts à vue. Elle entrera en vigueur le 2 novembre dans les huit pays de l’UMOA : le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo. La réglementation autorise aussi les dépôts à terme et certaines catégories de titres de dette. La BCEAO peut toutefois fixer des seuils différents selon le profil de risque de chaque émetteur. Le répertoire réglementaire de la BCEAO répertorie cette instruction.
La règle ne transforme pas les fonds des clients en trésorerie libre pour les opérateurs. La contrepartie de la monnaie en circulation doit rester intégralement couverte par les actifs autorisés. La réforme assouplit donc la composition de cette couverture, pas son principe. Elle ouvre la possibilité d’affecter une part plus importante à des placements autres que les dépôts immédiatement disponibles.
L’ordre de grandeur est notable. À fin 2025, les 18 établissements de monnaie électronique suivis par la Commission bancaire de l’UMOA déclaraient un encours de 1 923,2 milliards de francs CFA, en hausse de 35,2 % en un an. Dix points de pourcentage de cet encours correspondent à environ 192,3 milliards de francs CFA. C’est une capacité théorique de réallocation calculée sur le niveau de 2025, et non une somme nouvelle injectée dans l’économie. Le rapport 2025 de la Commission bancaire fournit ces données. Le média béninois La Nation reprend également les principaux chiffres du secteur.
Des effets possibles pour les banques et les usagers
Jusqu’ici, un opérateur devait conserver au moins 75 milliards de francs CFA en dépôts à vue pour chaque tranche de 100 milliards d’encours. Il pourra désormais en garder 65 milliards sous cette forme. Le reste devra toujours être couvert par des actifs réglementaires, comme des dépôts à terme ou certains titres de dette émis ou garantis par des entités autorisées.
Pour les banques et les institutions de microfinance, l’effet dépendra des choix de placement. Certaines pourraient accueillir davantage de dépôts à terme. D’autres pourraient voir des ressources dirigées vers des titres de dette. Le résultat ne sera donc pas uniforme : il dépendra des stratégies des émetteurs, des conditions de rémunération et des actifs disponibles sur le marché financier régional.
Les clients, eux, ne reçoivent pas automatiquement un meilleur rendement ni une baisse des frais grâce à cette modification. Ils restent concernés par la sécurité de la couverture et la disponibilité des fonds. La supervision de la BCEAO et de la Commission bancaire demeure centrale, notamment si un opérateur concentre ses placements sur des actifs plus risqués ou moins faciles à mobiliser rapidement.
La même instruction relève aussi les plafonds individuels. Pour un client identifié auprès d’un même établissement, le solde maximal passe de 2 à 4 millions de francs CFA. Le cumul mensuel des rechargements passe de 10 à 15 millions. Ces limites encadrent le solde et les rechargements : elles ne fixent pas le montant maximal d’un transfert isolé.
Une réforme qui accompagne l’interopérabilité
Le changement intervient alors que la BCEAO développe PI-SPI, sa plateforme régionale de paiements instantanés. Lancée en septembre 2025, elle relie différents établissements afin de permettre des transferts entre banques, opérateurs de monnaie électronique et autres participants. Selon la Banque centrale, 175 participants étaient connectés et plus de 38 millions de personnes pouvaient accéder au service après sa première année de fonctionnement. Le communiqué de la BCEAO sur PI-SPI détaille son nouveau cadre tarifaire.
À compter du 2 novembre 2026, les transferts nationaux interopérables seront gratuits à l’envoi jusqu’à 8 000 francs CFA cumulés par jour, par utilisateur et par participant. Au-delà, des frais pourront s’appliquer, dans une fourchette plafonnée à 0,8 % hors taxes. La réception restera gratuite, quel que soit le montant. Pour les transferts entre pays de l’Union, la BCEAO prévoit les mêmes conditions à partir du 1er juin 2027.
Cette échéance donne à la réforme une dimension régionale concrète. Les règles de placement concernent les établissements agréés dans les huit pays, tandis que PI-SPI vise à rendre les paiements interopérables au-delà des réseaux de chaque opérateur. La gratuité annoncée sur les petits transferts peut compter pour les ménages et les petits commerces qui multiplient les paiements modestes. Son effet dépendra néanmoins de la qualité du service, de l’accès aux réseaux et de la manière dont les frais seront appliqués au-delà du seuil.
Les prochains mois permettront de voir si les opérateurs modifient effectivement leur portefeuille d’actifs et si les banques captent une part plus grande des dépôts à terme. En parallèle, l’entrée en vigueur des nouvelles règles tarifaires et l’extension de PI-SPI, notamment aux transferts transfrontaliers en juin 2027, constitueront des tests importants pour l’intégration des paiements dans l’UMOA.