Les autorités sénégalaises ont interdit une grande marche prévue par la société civile à Dakar, suscitant de profondes préoccupations de la part de l’ONU. Cette marche avait pour objectif de protester contre le report de dernière minute de l’élection présidentielle et la prolongation du mandat du chef de l’État. De plus, l’accès à Internet sur les téléphones mobiles a également été suspendu en raison de la diffusion de messages haineux et subversifs sur les réseaux sociaux, ayant déjà entraîné des manifestations violentes. Cette situation a exacerbé la crise politique que traverse actuellement le Sénégal.
La marche interdite
Le nouveau collectif Aar Sunu Election (« Protégeons notre élection »), qui regroupe plusieurs dizaines d’organisations syndicales et de groupes citoyens et religieux, avait appelé les Sénégalais à se rassembler massivement pour une marche silencieuse dans un quartier proche du centre de Dakar. Cependant, la préfecture a interdit la manifestation en invoquant le risque de perturbation grave de la circulation. Cette décision a été vivement critiquée et suscite des interrogations quant à la liberté d’expression et de manifestation dans le pays.
La crise politique sénégalaise
Le Sénégal traverse l’une de ses plus graves crises politiques depuis des décennies depuis que le président Macky Sall a annoncé le report de l’élection présidentielle, initialement prévue dans trois semaines. Ses partisans à l’Assemblée nationale et ceux de Karim Wade, un candidat disqualifié, ont par la suite entériné le report de l’élection au 15 décembre et le maintien de Macky Sall à son poste jusqu’à la prise de fonctions de son successeur, prévue début 2025.
Ce changement de calendrier de dernière minute est exceptionnel pour un pays souvent salué pour sa stabilité politique et ses pratiques démocratiques. Il a suscité des accusations de « coup d’État constitutionnel » de la part de l’opposition, qui soupçonne le camp présidentiel de manigancer avec le calendrier électoral pour garantir la défaite de son candidat, le Premier ministre Amadou Ba, désigné par Macky Sall pour lui succéder.
Préoccupations internationales
L’interdiction de la marche et la suspension d’Internet sur les mobiles ont attiré l’attention de la communauté internationale, en particulier de l’ONU. Le Secrétaire général des Nations Unies a exprimé sa « profonde préoccupation » face à ces mesures, soulignant l’importance de garantir les droits fondamentaux, y compris la liberté de réunion pacifique et d’expression.
Cependant, les autorités sénégalaises justifient ces mesures par la nécessité de préserver l’ordre public et de prévenir de nouvelles violences. Le ministère de la Communication, des Télécommunications et du Numérique a affirmé que la suspension d’Internet était due à la diffusion de messages haineux et subversifs sur les réseaux sociaux, qui ont déjà conduit à des manifestations violentes.
Il est important de noter que ces justifications doivent faire l’objet d’une analyse critique, car elles peuvent être utilisées pour restreindre les libertés civiles et étouffer la dissidence politique. Par conséquent, il est essentiel de s’assurer que ces mesures sont proportionnées et conformes au droit international des droits de l’homme.
Conclusion
La crise politique actuelle au Sénégal, marquée par le report de l’élection présidentielle et la prolongation du mandat du président, a suscité des inquiétudes quant à l’état des droits de l’homme et de la démocratie dans le pays. L’interdiction de la marche et la suspension d’Internet sur les mobiles soulèvent des questions sur la liberté d’expression et de manifestation au Sénégal. Il est essentiel que les autorités sénégalaises respectent les droits fondamentaux de ses citoyens tout en cherchant à maintenir l’ordre public. La communauté internationale, y compris l’ONU, doit rester vigilante et encourager le dialogue et la résolution pacifique de la crise politique en cours.







