À Kenge, dans la province du Kwango, un accident aérien a endeuillé la République démocratique du Congo et touché au sommet de la justice militaire. Le bilan, d’abord annoncé à 13 morts, a été porté à 17 après les opérations de recherche menées sur le site du crash.
Le drame s’est produit vendredi 25 septembre 2026, dans l’ouest du pays, sur l’axe reliant Kikwit à Kinshasa. Il rappelle les risques d’une desserte aérienne encore essentielle dans une République démocratique du Congo où les distances, l’état des routes et l’immensité du territoire compliquent les déplacements terrestres.
Un vol interrompu au-dessus de Kenge
L’appareil, exploité par la compagnie Tracep, revenait de Kikwit, dans la province voisine du Kwilu, et se dirigeait vers Kinshasa. Selon les autorités provinciales citées par Actualite.cd, l’avion a rencontré un problème alors qu’il survolait Kenge, le chef-lieu du Kwango.
Le pilote aurait tenté de trouver une zone d’atterrissage avant que l’appareil ne s’écrase dans une parcelle du quartier Manzau. Les premières informations disponibles ne faisaient pas état de victimes au sol. Cette donnée devra toutefois être confirmée par l’enquête technique.
Le maire de Kenge a indiqué que l’avion avait quitté Kikwit vers 13 h 50 et que l’accident était survenu environ quinze minutes plus tard. Ces éléments ont été rapportés par Radio Okapi, qui a également relayé le témoignage du vice-gouverneur du Kwango, Rémy Saki.
Le bilan a évolué au fil des opérations. Un premier décompte faisait état de 13 victimes. Il est ensuite passé à 17 morts, dont 13 militaires et quatre civils, parmi lesquels un enfant, selon les autorités provinciales rapportées par Ouragan et Actualite.cd.
Deux figures centrales de la justice militaire parmi les victimes
Les Forces armées de la République démocratique du Congo ont confirmé la mort de deux officiers généraux. Il s’agit du lieutenant-général Joseph Mutombo Katalay Tiende, premier président de la Haute Cour militaire, et du lieutenant-général Lucien-René Likulia Bakumi, auditeur général des FARDC auprès de cette juridiction.
La Haute Cour militaire juge notamment les infractions commises par des membres des forces armées dans le cadre prévu par la législation congolaise. L’auditorat général, de son côté, joue un rôle central dans les poursuites et les enquêtes judiciaires concernant les militaires. La disparition simultanée de ces deux responsables affecte donc directement l’appareil de justice militaire du pays.
Dans un communiqué, le porte-parole de l’armée, le général-major Sylvain Ekenge, a indiqué que les deux officiers revenaient d’une mission de service effectuée à Kikwit. Le communiqué évoquait alors deux généraux ainsi que douze autres membres de la délégation et de l’équipage, ce qui explique les premières estimations diffusées vendredi soir.
Les corps ont été transférés à Kinshasa dans la nuit du vendredi au samedi. D’après les informations publiées par Actualite.cd, l’identification demeure difficile en raison de l’incendie qui a suivi l’impact. Le pilote aurait toutefois été identifié.
Une enquête attendue sur les causes du crash
Les causes de l’accident ne sont pas établies. Les autorités ont annoncé l’ouverture d’investigations civiles et militaires. Une équipe venue de Kinshasa doit examiner l’épave, recueillir les témoignages et sécuriser les éléments utiles à la procédure.
La boîte noire n’avait pas encore été récupérée samedi matin, selon les informations communiquées par les autorités provinciales. Son éventuelle exploitation pourrait aider à déterminer les dernières données de vol, les échanges dans le cockpit et les éventuelles alertes techniques.
À ce stade, aucune hypothèse ne peut être retenue comme cause définitive. Les autorités ont évoqué un problème survenu en vol, mais cette indication ne permet pas encore de distinguer une défaillance mécanique, une difficulté liée aux conditions météorologiques, une erreur opérationnelle ou une combinaison de plusieurs facteurs.
La prudence reste d’autant plus nécessaire que les informations ont changé en quelques heures. La presse congolaise a successivement rapporté des bilans de 13, 14 puis 17 morts. Cette évolution ne traduit pas nécessairement une contradiction entre les sources, mais plutôt le temps requis pour éteindre l’incendie, récupérer les dépouilles et établir la liste des personnes présentes à bord.
Un enjeu qui dépasse le seul appareil
Pour les habitants du Kwango et du Kwilu, l’aviation joue un rôle pratique. Elle permet de relier rapidement des villes séparées par de longues distances et des infrastructures routières inégales. Un accident sur cet axe touche donc les familles des victimes, les administrations et les acteurs économiques qui dépendent de ces liaisons.
Le crash intervient aussi dans un contexte national où les forces armées sont fortement mobilisées, notamment dans l’est de la République démocratique du Congo. La mort de deux hauts responsables de la justice militaire intervient ainsi au moment où l’institution militaire doit répondre à des enjeux de commandement, de discipline et de poursuites judiciaires liés aux opérations en cours.
À l’échelle régionale, la République démocratique du Congo appartient à la Communauté de développement de l’Afrique australe, la SADC, qui coordonne la coopération entre plusieurs pays d’Afrique australe. La circulation aérienne, la sécurité des transports et les capacités d’enquête sont des sujets qui dépassent les frontières nationales, surtout sur un territoire aussi vaste que celui de la RDC.
La prochaine étape sera la publication d’éléments vérifiés par les enquêteurs. Elle devra préciser la nature du problème rencontré en vol, l’état de l’appareil, les conditions d’exploitation de la liaison et les circonstances exactes de l’impact. Pour les familles comme pour les autorités, l’enjeu est désormais double : établir les responsabilités éventuelles et éviter qu’un drame comparable ne se reproduise.