À Dakar, la chaleur ne se mesure pas seulement au thermomètre. Elle se ressent aussi dans les logements, les commerces et les ateliers lorsque les climatiseurs, les ventilateurs et les équipements de production cessent de fonctionner. Depuis plusieurs semaines, les coupures d’électricité compliquent le quotidien de nombreux Sénégalais, alors que la demande atteint des niveaux élevés.
La Senelec, Société nationale d’électricité du Sénégal, assure toutefois travailler à un retour progressif à la normale. Son directeur général, Papa Toby Gaye, a évoqué plusieurs incidents techniques affectant des unités importantes du parc de production. Il a également cité la hausse de la consommation, les contraintes d’approvisionnement en carburant et les tensions financières qui pèsent sur le fonctionnement du système.
Une capitale sous pression pendant les pics de chaleur
La région de Dakar concentre une grande partie de l’activité économique, administrative et industrielle du Sénégal. Lorsque la température augmente, la consommation progresse rapidement. Les ménages utilisent davantage les ventilateurs et les climatiseurs. Les entreprises, les services de santé et les commerces doivent, eux aussi, maintenir leurs équipements en fonctionnement.
Cette pression intervient alors que plusieurs moyens de production ne sont pas pleinement disponibles. La Senelec a signalé des perturbations dans différents quartiers de Dakar, mais aussi à Diamniadio, Rufisque, Guédiawaye et Mbao. Certaines interruptions ont été programmées pour permettre des travaux d’entretien et de renforcement du réseau, notamment entre le 7 et le 13 septembre 2026.
Ces opérations ont touché des secteurs résidentiels, des entreprises et des infrastructures sensibles. Des établissements comme l’hôpital Dantec, l’Institut Pasteur et l’hôpital Principal figuraient parmi les sites concernés par le programme annoncé. La Senelec a présenté ces interventions comme nécessaires à l’amélioration de la qualité du service, tout en reconnaissant la gêne occasionnée.
Deux équipements stratégiques hors service
La dégradation récente ne s’explique cependant pas uniquement par des travaux planifiés. D’après les explications publiques de la direction de la Senelec, deux équipements majeurs ont simultanément réduit la capacité disponible. La centrale flottante Karpowership a été affectée par une panne de sa pompe de surpression, indispensable à l’utilisation du gaz naturel liquéfié.
Une autre difficulté a concerné la centrale de Cap des Biches. Selon des informations rapportées par Seneweb, l’arrêt d’une partie de cette installation les 6 et 7 septembre a entraîné une perte estimée à 240 mégawatts. La direction de la Senelec a, de son côté, évoqué une récupération totale d’environ 300 mégawatts après la remise en service progressive de plusieurs équipements.
Ces chiffres doivent être lus comme des capacités momentanément indisponibles, et non comme une mesure directe de l’électricité effectivement consommée par les ménages. Ils montrent néanmoins la fragilité d’un système lorsque plusieurs unités importantes connaissent des incidents au même moment.
La Radio Télévision Sénégalaise a rapporté que la pompe destinée au dispositif flottant était arrivée à Dakar et que son installation devait être suivie de tests. Pour Cap des Biches, des opérations de diagnostic et de réparation étaient également annoncées. La Senelec tablait alors sur une amélioration progressive avant la fin de la semaine du 21 septembre.
Une crise technique qui révèle des contraintes plus profondes
Les délestages actuels résultent donc d’un enchaînement de facteurs. La demande a dépassé les prévisions établies pour la période de forte chaleur. Dans le même temps, des moyens de production ont été immobilisés et l’approvisionnement en carburant a rencontré des difficultés.
Le directeur général de la Senelec a aussi mentionné des contraintes logistiques et financières. Le recours aux centrales fonctionnant au fioul ou au gazole expose l’entreprise aux variations des prix internationaux et aux difficultés de transport. Cette dépendance complique la planification, surtout lorsque la consommation augmente brusquement.
Les données de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie montrent par ailleurs que la Senelec n’assure pas seule toute la production nationale. En 2024, l’entreprise représentait 23,4 % de la production d’électricité, tandis que les achats auprès d’autres producteurs constituaient 76,6 % de son approvisionnement. Le fonctionnement du réseau dépend donc de la coordination entre plusieurs centrales et opérateurs.
Cette organisation permet d’accroître l’offre lorsque les installations fonctionnent normalement. En revanche, elle peut amplifier les difficultés lorsqu’un équipement stratégique tombe en panne. La capitale en ressent rapidement les effets, car elle concentre la demande et les activités les plus dépendantes d’une alimentation continue.
Des conséquences différentes selon les quartiers et les activités
Pour les ménages, les coupures perturbent la conservation des aliments, l’accès à l’eau dans certains immeubles et le travail à domicile. La chaleur rend aussi les interruptions plus difficiles à supporter, notamment pour les enfants, les personnes âgées et les personnes souffrant de problèmes respiratoires ou cardiovasculaires.
Les petites entreprises sont également exposées. Les ateliers, les salons de coiffure, les restaurants, les services numériques et les commerces utilisant des équipements réfrigérés peuvent perdre une partie de leur chiffre d’affaires. Ceux qui disposent d’un groupe électrogène doivent absorber le coût du carburant et de l’entretien. Les autres réduisent leurs horaires ou cessent temporairement leur activité.
Dans les établissements de santé, l’enjeu est différent. Les groupes électrogènes peuvent prendre le relais, mais ils ne remplacent pas toujours une alimentation stable sur la durée. Les responsables doivent donc gérer le carburant, protéger les équipements sensibles et maintenir les soins essentiels malgré les interruptions.
Un enjeu national et ouest-africain
Le Sénégal cherche depuis plusieurs années à renforcer sa production et son réseau. La progression de la demande accompagne l’urbanisation, l’industrialisation et l’extension de l’accès à l’électricité. Les progrès enregistrés ces dernières années ont amélioré la situation par rapport aux périodes de délestages massifs, mais ils n’ont pas supprimé les risques liés aux pannes, au combustible et au transport de l’énergie.
Le sujet dépasse donc Dakar. Au sein de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, la CEDEAO, les pays cherchent à développer les échanges d’électricité afin de mieux équilibrer leurs réseaux. Cette interconnexion peut offrir une solution d’appoint, mais elle suppose des infrastructures solides, des contrats clairs et une capacité de production suffisante dans les pays partenaires.
Pour les autorités sénégalaises, la priorité immédiate reste la remise en service des équipements défaillants et la stabilisation de l’approvisionnement. À plus long terme, la question porte sur la diversification des sources, la modernisation du réseau et l’anticipation des pics de consommation. La prochaine période de forte chaleur permettra de mesurer si les réparations annoncées ont réellement renforcé la résilience du système électrique.