Les combats dans le Sud-Kivu en RDC ont repris, brisant la trêve récemment annoncée. Afrikactus vous présente les derniers développements de cette situation critique.
Reprise des hostilités au Sud-Kivu : un cessez-le-feu éphémère
Malgré l’appel au « cessez-le-feu immédiat » lancé par les chefs d’État de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) et de la Communauté de développement de l’Afrique Australe (SADC) lors de leur réunion à Dar-es-Salaam, les combats dans le Sud-Kivu en RDC ont repris. Cette escalade de violence intervient peu après l’annonce unilatérale d’une trêve par le camp pro-M23.
Les affrontements se concentrent autour d’Ihusi, une zone stratégique du groupement de Mbinga-Sud, dans la chefferie de Buhavu, territoire de Kalehe. Des sources locales rapportent que les combattants du M23 et leurs alliés tentent de contourner une plantation appartenant à une société pharmaceutique située aux alentours d’Ihusi.
Forces en présence et zones de contrôle
Les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), soutenues par des militaires burundais, s’opposent aux offensives du M23, lui-même appuyé par l’armée rwandaise. La situation sur le terrain se présente comme suit :
- Zones sous contrôle des forces loyalistes et burundaises :
- Tshibandja
- Munanira
- Zone commerciale d’Ihusi
- Kalehe-centre
- Zones occupées par le M23 :
- Muhongoza (à 4 km de Kalehe-centre et 3 km d’Ihusi)
Cette configuration géographique permet au M23 de maintenir une pression constante sur les positions de l’armée congolaise, créant une situation extrêmement tendue dans la région.
Conséquences humanitaires des combats dans le Sud-Kivu en RDC
Les affrontements ont entraîné un déplacement massif de la population civile. La majorité des habitants a fui la région depuis environ deux semaines, cherchant refuge dans des zones plus sûres. Une partie importante de ces déplacés a trouvé asile sur l’île d’Ishovu, située sur le lac Kivu, qui demeure sous le contrôle des FARDC.
Ce mouvement de population soulève de graves préoccupations humanitaires :
- Accès limité aux ressources de base (nourriture, eau potable, abris)
- Risques sanitaires accrus dans les zones de regroupement
- Rupture de la scolarité pour les enfants déplacés
- Traumatismes psychologiques liés à l’expérience du conflit et du déplacement
Les organisations humanitaires sur place font face à des défis considérables pour répondre aux besoins urgents de cette population vulnérable, dans un contexte sécuritaire précaire.
Bilan humain et matériel
Les combats dans le Sud-Kivu en RDC ont déjà fait de nombreuses victimes dans les deux camps. Parmi les pertes notables, on rapporte la mort d’un major de l’armée burundaise lors des affrontements dans la zone. Le bilan exact reste difficile à établir en raison de l’intensité des combats et de l’accès limité à certaines zones de conflit.
| Type de perte | Estimation |
|---|---|
| Victimes civiles | Données non confirmées |
| Pertes militaires (FARDC et alliés) | Plusieurs dizaines (chiffre à confirmer) |
| Pertes M23 et alliés | Non communiquées |
| Déplacés | Plusieurs milliers |
Tensions intercommunautaires au Nord-Kivu : une situation volatile
Parallèlement aux combats dans le Sud-Kivu en RDC, des violences intercommunautaires ont éclaté dans le Nord-Kivu, notamment dans un camp de déplacés du territoire de Djugu. Ces attaques, attribuées aux milices rivales Zaïre et Codeco, ont fait plusieurs dizaines de victimes au cours des derniers jours.
Chronologie des récentes attaques
- 8 avril : Attaque attribuée au groupe armé Zaïre à Buchama, faisant 8 morts lors d’une cérémonie de deuil
- 9-10 avril : Première incursion de la milice Codeco dans un camp de déplacés à Djugu, causant au moins un mort et plusieurs blessés graves
- 10-11 avril : Nouvelle attaque de la Codeco contre le camp de déplacés de Djabaia, avec un bilan très lourd (plus de 20 morts selon des sources humanitaires, 52 victimes selon la société civile)
Enjeux et acteurs du conflit intercommunautaire
Les groupes armés Codeco et Zaïre prétendent chacun défendre une communauté spécifique :
- Codeco : se présente comme le défenseur des intérêts de la communauté Lendu
- Zaïre : milice affirmant protéger la communauté Hema, soupçonnée d’être proche du groupe M23 et de l’Alliance fleuve Congo (AFC) de Corneille Nangaa
Selon les derniers rapports des experts des Nations unies, le groupe Zaïre serait dirigé par d’anciens criminels de guerre, notamment Thomas Lubanga et Yves Khawa Pangaa. Cette implication d’acteurs controversés complique davantage la résolution du conflit et la stabilisation de la région.
Perspectives et défis pour la stabilisation de l’est de la RDC
La recrudescence des combats dans le Sud-Kivu en RDC et les violences intercommunautaires au Nord-Kivu mettent en lumière la fragilité des accords de paix dans la région. En avril 2024, plusieurs groupes, dont la Codeco et la milice Zaïre, avaient signé un programme de désarmement et démobilisation sous l’égide du gouvernement congolais. L’accalmie qui avait suivi semble aujourd’hui compromise.
La société civile exprime de vives inquiétudes quant à une possible recrudescence de l’insécurité en Ituri et dans l’ensemble de l’est du pays. Les défis pour rétablir la paix et la stabilité dans la région sont nombreux :
- Nécessité d’un dialogue inclusif entre toutes les parties prenantes
- Renforcement des capacités des FARDC pour sécuriser efficacement le territoire
- Mise en place de programmes de réinsertion pour les combattants démobilisés
- Traitement des causes profondes des conflits intercommunautaires
- Amélioration de la gouvernance locale et lutte contre l’impunité
La communauté internationale, en particulier les organisations régionales comme l’EAC et la SADC, a un rôle crucial à jouer dans la médiation et le soutien aux efforts de paix. La situation reste extrêmement tendue et nécessite une vigilance constante de la part de tous les acteurs impliqués.
Afrikactus continuera de suivre de près l’évolution de la situation dans l’est de la RDC et vous tiendra informés des derniers développements de cette crise complexe qui menace la stabilité de toute la région des Grands Lacs.







