Un filet de sécurité qui revient au premier plan

Dans une union monétaire, la confiance se mesure aussi à la vitesse à laquelle un épargnant peut récupérer son argent si une banque vacille. C’est tout l’enjeu du Fonds de garantie des dépôts en Afrique centrale, le FOGADAC, mécanisme de protection des déposants de la CEMAC, c’est-à-dire le Cameroun, la République centrafricaine, le Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale et le Tchad. La BEAC rappelle que la stabilité financière fait partie de ses missions centrales dans cet espace commun.

Le sujet est revenu sur la table alors que la sous-région cherche à consolider ses gardes-fous bancaires. Le FOGADAC, créé par un règlement communautaire de 2009, n’est pas un nouveau venu. Mais ses activités effectives ont longtemps avancé à pas comptés. Son site de référence indique qu’il a commencé à fonctionner après sa réunion inaugurale tenue à Yaoundé, le 21 février 2011.

Le contexte compte. Dans la CEMAC, la circulation des dépôts repose sur un espace financier partagé, piloté par la BEAC et supervisé par la COBAC, la Commission bancaire de l’Afrique centrale. Quand une banque connaît des difficultés, l’absence de mécanisme crédible d’indemnisation fragilise d’abord les ménages, puis les petites entreprises, les commerçants et les acteurs de l’économie informelle, qui dépendent souvent davantage du dépôt bancaire que du crédit.

Ce que disent les chiffres, et ce qu’ils changent

Le cap affiché est ambitieux : porter la réserve d’intervention du FOGADAC à 1 000 milliards de francs CFA, soit environ 1,7 milliard de dollars, sur un horizon de dix ans. La revue de stabilité financière de la BEAC publiée en 2025 indique que le comité de direction a fixé une taille cible équivalente à 6 % des dépôts de la zone, avec une provision technique correspondant à 40 % de la réserve d’intervention. Une analyse juridique indépendante publiée en 2026 confirme ce cadrage et mentionne explicitement la taille cible de 1 000 milliards de francs CFA.

À fin 2024, la réserve d’intervention du fonds atteignait 289,6 milliards de francs CFA, toujours d’après la revue de stabilité financière de la BEAC. Le même document précise que le FOGADAC a déjà servi à indemniser les clients de la Banque de l’Habitat du Gabon et de la Banque Gabonaise de Développement, une opération clôturée en 2023. Ces éléments donnent une idée concrète du niveau de capitalisation déjà atteint, mais aussi de l’écart qui reste à combler pour atteindre la cible annoncée.

Dans le détail, le mécanisme fonctionne grâce aux contributions obligatoires des établissements de crédit, complétées par les produits de placement de ces ressources, des dons et des subventions. Le FOGADAC précise aussi que l’indemnisation des dépôts est plafonnée à 5 millions de francs CFA par client et par établissement. Pour un grand déposant, cette limite peut paraître modeste ; pour la majorité des clients, elle protège surtout les soldes du quotidien et limite la panique en cas de faillite.

Cette architecture n’est pas seulement comptable. Elle envoie un signal au marché. Plus le fonds est crédible, plus la faillite d’une banque est gérable sans contagion immédiate à tout le système. À l’inverse, une garantie faible ou mal capitalisée pousse les déposants à courir vers la première rumeur, ce qui peut aggraver une crise localisée. Dans une région où les banques financent l’essentiel du crédit formel, la solidité du FOGADAC devient donc un sujet de stabilité macroéconomique autant que de protection du public.

Une réforme bancaire qui dépasse le seul FOGADAC

Le renforcement du fonds s’inscrit dans une séquence plus large de consolidation de la supervision bancaire en Afrique centrale. La COBAC publie régulièrement ses règlements et rapports, tandis que la BEAC développe ses outils statistiques et son cadre prudentiel. Cette évolution répond à un besoin simple : la banque centrale commune ne peut pas seulement émettre la monnaie et surveiller les équilibres ; elle doit aussi disposer d’un dispositif crédible pour traiter les défaillances sans déstabiliser les déposants.

Le choix d’une cible à 6 % des dépôts, à atteindre sur dix ans, montre une logique prudente plutôt qu’un saut brut. C’est important, car les banques de la CEMAC restent exposées à des poches de fragilité, notamment via les créances en souffrance. La revue de stabilité financière de la BEAC fait état d’un encours de créances en souffrance de 2 024 milliards de francs CFA à fin 2024, soit 16,2 % des crédits bruts. Dans ce contexte, renforcer la capacité du FOGADAC n’est pas un luxe institutionnel ; c’est une manière de préparer la région à absorber un choc bancaire sans improvisation.

Le chantier a aussi une portée politique. En Afrique centrale, les dispositifs financiers régionaux doivent souvent convaincre à la fois les États, les banques et les déposants. Leur efficacité dépend de la régularité des contributions, de la gouvernance interne et de la rapidité de décision. La présence, dans l’architecture du FOGADAC, de la BEAC, de la COBAC et des représentants professionnels des établissements de crédit traduit cette recherche d’équilibre entre contrôle public et responsabilité du secteur bancaire.

À court terme, le vrai test sera moins la proclamation d’une cible que sa traduction en ressources mobilisables, en règles de gestion et en délais d’indemnisation. À l’échelle continentale, l’expérience du FOGADAC intéresse aussi les autres espaces monétaires africains : elle rappelle qu’un filet de sécurité bancaire ne se résume pas à une promesse, mais à une caisse alimentée, gouvernée et capable d’agir au bon moment.