Un groupe encore ouvert avant le dernier virage

À Casablanca, le football féminin africain offre souvent ce que les calculs n’aiment pas : de la tension, des surprises et une hiérarchie qui vacille au bon moment. Dans le groupe B de la Coupe d’Afrique des Nations féminine 2026, personne n’a encore rangé les valises. Les quatre sélections gardent une porte entrouverte vers les quarts de finale, à la veille d’une soirée qui peut tout redistribuer.

Ce dernier tour de cadrage se joue au Maroc, pays hôte d’une édition programmée du 26 juillet au 16 août 2026. La phase finale réunit 16 équipes réparties en quatre groupes, et le groupe B est l’un des plus serrés. La CAF a fixé deux affiches le 4 août : Burkina Faso-Afrique du Sud au stade Moulay Rachid, et Tanzanie-Côte d’Ivoire au stade Larbi Zaouli, toutes deux à Casablanca.

Ce décor compte. Au-delà du simple résultat sportif, cette journée mesure la profondeur du football féminin dans quatre pays à des stades différents de développement. Elle oppose une championne en titre, une sélection revenue dans la compétition après une longue absence, une équipe d’Afrique de l’Est en pleine montée en puissance et un Burkina Faso qui cherche encore à transformer ses promesses en régularité.

Casablanca, théâtre d’une lutte à quatre

Le calendrier officiel de la CAF laisse peu de marge à l’interprétation. Le 4 août, les deux matchs du groupe B se disputent en même temps, à 21h00 heure locale à Casablanca, sur les pelouses du Moulay Rachid et du Larbi Zaouli. Le format est clair : à ce stade, chaque point peut compter double, car il modifie à la fois le classement final et les futurs croisements en quarts.

Dans ce groupe, la Côte d’Ivoire a retrouvé le tournoi après douze ans d’absence, ce qui donne à sa présence une portée particulière. Le retour des Éléphantes dans cette phase finale dit quelque chose du travail de reconstruction engagé autour de la sélection. De son côté, l’Afrique du Sud arrive avec un statut plus lourd : Banyana Banyana reste la référence du continent, forte de son titre continental et d’un cycle récent où la sélection a confirmé sa place dans le haut du panier africain.

La Tanzanie, elle, avance avec l’énergie d’un collectif qui monte. La fédération tanzanienne a préparé la compétition par des stages, des matchs amicaux et un encadrement resserré, signe d’une structuration progressive. Le Burkina Faso, enfin, joue sa deuxième présence à ce niveau après son retour à la CAN féminine 2026. Pour les Étalons Dames, chaque match de cette phase finale vaut comme une démonstration de continuité, pas seulement comme un coup d’éclat.

Ce que chaque équipe joue vraiment

Le Burkina Faso a déjà validé l’un de ses tournants : une première victoire en phase finale de CAN féminine, acquise contre la Tanzanie selon le déroulé du tournoi. Pour cette sélection, le défi est désormais de montrer qu’un premier succès ne reste pas une parenthèse. Une victoire contre l’Afrique du Sud ouvrirait la voie aux quarts de finale et pourrait même offrir la première place du groupe, selon le résultat de l’autre rencontre. Dans un pays où le football féminin cherche encore plus de visibilité, ce genre de performance pèse autant dans les têtes que dans les bilans techniques.

L’Afrique du Sud joue un match de réputation autant que de qualification. La sélection a l’habitude de peser dans les grands rendez-vous, et son encadrement n’a jamais caché l’ambition de rester au sommet. Mais cette phase de groupes a bousculé sa marge de sécurité. Si les Sud-Africaines veulent prolonger leur parcours, elles doivent gagner. Un nul ne leur suffit plus à maîtriser leur destin. Pour un champion en titre, ce type de soirée révèle moins la qualité d’un effectif que sa capacité à tenir sous pression.

La Tanzanie affronte la Côte d’Ivoire avec un objectif plus ambitieux encore : écrire une page nouvelle. Les Twiga Stars n’ont jamais atteint les quarts de finale de la CAN féminine. Leur victoire face à l’Afrique du Sud a changé leur statut dans le groupe et leur a donné un poids inattendu. Mais elles doivent composer avec une absence importante : Hasnath Ubamba est suspendue après son expulsion face au Burkina Faso, ce qui oblige le staff à revoir son animation offensive.

En face, la Côte d’Ivoire avance avec des arguments plus solides qu’au départ. Les Éléphantes ont signé une entrée convaincante dans la compétition, puis un nul utile contre l’Afrique du Sud. Le retour au tournoi après douze ans d’attente s’accompagne d’un objectif simple : convertir les progrès en qualification. Une victoire suffirait à valider le billet pour les quarts. Un nul peut aussi faire l’affaire, mais seulement si le Burkina Faso ne gagne pas dans l’autre match.

Une soirée de calculs, mais aussi de trajectoires

Ce groupe B dépasse largement la logique arithmétique. Il raconte aussi la géographie du football féminin africain. L’Afrique australe, avec l’Afrique du Sud, reste une zone de référence. L’Afrique de l’Ouest cherche à consolider une relève avec la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso. L’Afrique de l’Est, portée par la Tanzanie, continue d’élargir son espace compétitif. Le Maroc, hôte, sert de scène commune à ces progressions inégales mais bien réelles.

Le tournoi montre aussi une réalité simple : dans le football féminin, la régularité vaut désormais autant que le prestige. Les sélections qui structurent leur préparation, multiplient les stages et densifient leurs matchs internationaux prennent une longueur d’avance. Les fédérations qui investissent dans la continuité récoltent souvent plus qu’un bon match. Elles construisent des cycles. C’est précisément ce que l’on observe ici, à des degrés différents, chez la Tanzanie, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire et l’Afrique du Sud.

La suite immédiate se jouera donc à Casablanca, dans un délai très court et sans filet. Les quarts de finale démarrent dès le 8 août, ce qui laisse peu de temps pour se remettre d’un faux pas. Pour les équipes du groupe B, la soirée du 4 août ne dira pas seulement qui poursuit le tournoi. Elle dira aussi quelle sélection a le mieux transformé sa préparation, ses ambitions et son identité de jeu en résultat concret.