La publication d’une liste de personnes recherchées au Burkina Faso suscite une vive polémique et de sérieuses inquiétudes. Afrikactus se penche sur cette affaire qui agite le pays.
Une liste controversée mêlant terroristes et opposants
Le 1er avril, le Ministère de la Sécurité burkinabè a diffusé sur Facebook un document intitulé « Avis de recherche ». Cette liste de personnes recherchées au Burkina comprend des noms et photos d’individus aux profils très divers :
- Des chefs terroristes notoires
- Des journalistes critiques envers le pouvoir
- Des personnalités politiques de l’opposition
Parmi les personnes ciblées figure notamment Jafar Dicko, le leader du groupe djihadiste Ansarul Islam lié à Al-Qaïda. Âgé de 50 ans, il est considéré comme la figure de proue du terrorisme au Burkina Faso depuis la mort de son frère Malam en 2017.
Mais la liste inclut aussi des profils bien différents comme le lanceur d’alerte Naïm Toure ou l’ancien maire de Dori, Ahmed Aziz Diallo. Cette association de terroristes et d’opposants politiques dans un même document officiel soulève de vives critiques.
Les justifications du pouvoir burkinabè
Pour le capitaine Ibrahim Traoré, chef de la junte au pouvoir à Ouagadougou, cette liste de personnes recherchées au Burkina vise à neutraliser « des ennemis de l’intérieur ou de l’extérieur ». Il appelle la population à la vigilance face à ceux qu’il qualifie d' »apatrides » et d' »ennemis de la nation ».
Le gouvernement affirme que toutes les personnes citées sont soupçonnées de complot ou d’activités terroristes. Il justifie cette publication par la nécessité de lutter efficacement contre l’insécurité qui gangrène le pays depuis plusieurs années.
Pourtant, certains observateurs s’interrogent sur les véritables motivations du pouvoir. La diffusion de cette liste intervient dans un contexte sécuritaire tendu, marqué par :
- Une recrudescence des attaques meurtrières contre les forces de sécurité
- Des arrestations de civils opposés au régime du capitaine Traoré
Les réactions indignées des personnes ciblées
Plusieurs personnalités figurant sur la liste de personnes recherchées au Burkina ont vivement réagi, dénonçant une manœuvre d’intimidation. C’est le cas du journaliste en exil Ahmed Newton Barry, ancien président de la Commission électorale.
Pour lui, l’objectif est clair : « nous diffamer au point de nous faire taire« . Il estime que le pouvoir cherche à masquer la gravité de la situation sécuritaire en désignant des boucs émissaires.
Barry pointe notamment le bilan alarmant des récentes attaques terroristes :
| Victimes | Nombre |
|---|---|
| Soldats tués | Plus de 100 |
| Camps militaires attaqués | Une dizaine |
Face à ces chiffres inquiétants, le journaliste dénonce une « politique d’effets d’annonce » et une « fuite en avant » du régime.
Les inquiétudes des défenseurs des droits humains
La publication de cette liste de personnes recherchées au Burkina suscite également l’inquiétude des organisations de défense des droits humains. Human Rights Watch (HRW) a vivement condamné cette initiative.
Pour Illaria Allegrozzi, chercheuse senior sur le Sahel à HRW, cette liste s’inscrit « dans un climat de terreur instauré par la junte« . Elle y voit une « tentative de museler toute voix dissidente » dans le pays.
L’ONG s’inquiète particulièrement des conséquences pour les personnes citées :
- Risques d’arrestations arbitraires
- Menaces sur leur sécurité et celle de leurs proches
- Atteintes à leur réputation et leur carrière
Un contexte sécuritaire et politique tendu
La diffusion de cette liste de personnes recherchées au Burkina intervient dans un contexte national déjà très instable. Depuis 2015, le pays fait face à une montée en puissance des groupes djihadistes qui multiplient les attaques meurtrières.
Cette insécurité chronique a conduit à deux coups d’État militaires en 2022. Le capitaine Ibrahim Traoré, arrivé au pouvoir en septembre, a promis de restaurer la sécurité. Mais le bilan reste pour l’instant mitigé :
- Les attaques terroristes se poursuivent à un rythme soutenu
- L’armée peine à reprendre le contrôle de vastes zones du territoire
Face à ces difficultés, le pouvoir semble tenté de durcir sa position envers toute forme d’opposition. La publication de cette liste controversée en est une illustration frappante.
Vers une polarisation accrue de la société burkinabè ?
Cette affaire de liste de personnes recherchées au Burkina risque d’accentuer les tensions au sein de la société. Elle pourrait creuser le fossé entre :
- Les partisans du régime militaire, qui y voient une mesure nécessaire
- Ses opposants, qui dénoncent une dérive autoritaire
Dans ce contexte, le dialogue entre les différentes composantes de la société burkinabè apparaît plus que jamais nécessaire. Il s’agit de trouver un équilibre entre la lutte légitime contre le terrorisme et le respect des libertés fondamentales.
Afrikactus continuera de suivre de près l’évolution de cette situation et ses implications pour l’avenir du Burkina Faso.







