Quand une frappe de drone coupe le courant, ses effets dépassent largement la ligne de front. Hôpitaux, marchés, pompes d’irrigation et réseaux d’eau dépendent d’installations déjà fragilisées par la guerre. Pour le Soudan, les accusations visant l’Éthiopie ajoutent désormais un risque de confrontation entre États à un conflit qui dure depuis avril 2023.

Une guerre intérieure aux répercussions régionales

Depuis avril 2023, l’armée soudanaise affronte les Forces de soutien rapide (FSR), un groupe paramilitaire dirigé par Mohamed Hamdan Dagalo, dit « Hemedti ». La guerre est née d’un désaccord sur l’intégration des FSR dans l’armée. Elle a depuis divisé le pays et déplacé des millions de personnes.

Le conflit se joue aussi dans un voisinage sous tension. Le Soudan et l’Éthiopie partagent une frontière, notamment autour de l’État du Nil Bleu. Les deux gouvernements se sont déjà accusés de soutenir des groupes armés adverses. Addis-Abeba a, de son côté, accusé l’armée soudanaise d’appuyer des rebelles liés au Front de libération du peuple du Tigré. Khartoum a rejeté ces accusations.

La région relève notamment de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), organisation d’Afrique de l’Est qui comprend les deux pays. L’Union africaine suit également les tensions entre plusieurs États de la Corne de l’Afrique. Elle avait appelé, le 1er octobre, l’Éthiopie, l’Érythrée et l’Égypte à privilégier le dialogue. Cette diplomatie régionale se heurte à des conflits qui débordent les frontières et compliquent les médiations.

Khartoum porte ses accusations devant l’ONU et l’Union africaine

Dimanche 1er novembre, le ministère soudanais des Affaires étrangères a annoncé avoir saisi le Conseil de sécurité des Nations unies et le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine. Il accuse les FSR d’avoir utilisé le territoire éthiopien pour lancer des drones contre des installations civiles et des infrastructures essentielles.

Un rapport présenté par les autorités soudanaises recense 70 attaques entre le 15 février et le 27 octobre 2026. Il fait état de 187 drones d’attaque à usage unique et de 82 drones porteurs de munitions. Selon ce bilan officiel, les frappes auraient tué ou blessé 484 civils, ainsi que tué 176 soldats et blessé 200 autres. Ces chiffres viennent des autorités soudanaises : ils n’ont pas été vérifiés de manière indépendante dans les informations disponibles.

Le rapport désigne trois lieux de lancement présumés : l’aéroport d’Asosa, dans l’ouest de l’Éthiopie, la zone frontalière de Kurmuk-Gizen et la base aérienne de Bahir Dar, dans la région éthiopienne d’Amhara. Khartoum affirme s’appuyer sur des débris d’appareils, des données de vol et des images satellitaires. Il cite notamment un contrôleur de vol récupéré sur un drone abattu près d’Ed Damazin le 20 septembre. Ces éléments sont présentés par le gouvernement soudanais ; leur interprétation n’a pas été confirmée publiquement par une enquête indépendante.

Le ministère décrit l’usage présumé du territoire éthiopien comme un acte hostile et affirme qu’il se réserve le droit de défendre le Soudan. Au moment des premières déclarations rapportées, l’Éthiopie n’avait pas répondu à cette nouvelle plainte. Elle a nié par le passé soutenir les FSR et affirmé respecter la souveraineté soudanaise. Les accusations ne constituent donc pas, à elles seules, une preuve indépendante de l’implication de l’État éthiopien.

Les réseaux électriques, enjeu immédiat pour les civils

L’électricité est devenue l’un des points de vulnérabilité les plus visibles. Le 1er novembre, de nouvelles frappes ont privé de courant des villes du nord du Soudan. L’Associated Press rapporte que les attaques visant les postes électriques se sont multipliées depuis le début du mois d’octobre. Le gouvernement soudanais et un groupe local de défense des droits humains les attribuent aux FSR.

La coupure ne s’arrête pas aux foyers plongés dans le noir. Elle perturbe l’approvisionnement en eau, le fonctionnement des commerces et les services de santé. Les hôpitaux ont besoin d’électricité pour les soins, les centres de dialyse et la conservation du sang ou des médicaments. Dans les zones agricoles, les pompes d’irrigation dépendent elles aussi du réseau. Les petits commerces et les ménages qui n’ont pas les moyens d’acheter un générateur ou du carburant disposent de moins de solutions de rechange.

Ces conséquences concernent des territoires contrôlés par l’armée, mais elles touchent d’abord les habitants, quel que soit le camp qui administre leur zone. Une panne prolongée freine aussi les retours de déplacés et la reprise de l’activité locale. Ainsi, le ciblage des infrastructures peut étendre les effets de la guerre bien au-delà des combats directs.

Un risque d’escalade au-delà du front soudanais

La plainte de Khartoum transforme une accusation militaire en dossier diplomatique. Une saisine de l’ONU ou de l’Union africaine ne tranche pas la question de la responsabilité. Elle oblige toutefois les instances concernées à examiner des allégations qui, si elles étaient établies, mettraient en cause l’usage du territoire d’un État voisin dans une guerre civile.

Les preuves techniques évoquées par le Soudan, la réponse éventuelle de l’Éthiopie et toute vérification indépendante seront donc déterminantes. L’enjeu immédiat est aussi de préserver les canaux de communication entre les deux capitales. Une escalade entre pays voisins pourrait compliquer davantage les efforts de médiation et déstabiliser une région déjà traversée par plusieurs rivalités.

Pour les habitants, le prochain signal concret sera l’évolution des frappes et des coupures, ainsi que la capacité des autorités à protéger les infrastructures civiles. À l’échelle régionale, il faudra suivre la suite donnée aux plaintes par l’ONU et l’Union africaine. Pour l’heure, l’origine des drones et le rôle éventuel de l’État éthiopien restent des accusations de Khartoum, non des faits établis par une enquête indépendante.

Les accusations soudanaises et les éléments présentés à Khartoum · La saisine du Conseil de sécurité et de l’Union africaine · Les effets des frappes sur le réseau électrique soudanais · L’appel de l’Union africaine à la désescalade régionale