À Dakar, les Jeux olympiques de la jeunesse ne se joueront pas seulement sur les terrains. À la veille de leur ouverture, une rencontre annoncée autour de la santé maternelle et infantile pose une question concrète : comment faire en sorte que l’attention portée aux jeunes athlètes profite aussi, durablement, aux enfants et aux familles du Sénégal ?
Un rendez-vous sportif, un enjeu de santé publique
Le Sénégal s’apprête à accueillir les Jeux olympiques de la jeunesse du 31 octobre au 13 novembre 2026. Dakar, Diamniadio et Saly doivent recevoir environ 2 700 jeunes sportifs. Ce sera le premier événement olympique organisé sur le continent africain. L’Agence de presse sénégalaise et le Comité international olympique confirment les dates et les villes hôtes.
Dans ce contexte, les organisateurs annoncent pour le vendredi 30 octobre un forum intitulé « Santé, Jeunesse et Sport », au Musée des Civilisations noires de Dakar. La rencontre est présentée comme une initiative du Forum africain sur les systèmes alimentaires, avec la Fondation Gates, AGRA, SEED Academy et For Hope Africa. Plus de 200 participants sont attendus, parmi lesquels des responsables publics, des sportifs, des entrepreneurs et des partenaires.
Le programme annoncé entend relier santé maternelle, nutrition, développement de l’enfant et pratique sportive. L’idée est simple : la capacité d’un jeune à apprendre, à grandir et à faire du sport dépend aussi de conditions établies bien avant son entrée dans un club ou une compétition.
Un indicateur qui invite à regarder au-delà des podiums
Au Sénégal, 18 % des enfants de moins de cinq ans présentent un retard de croissance, selon l’Enquête démographique et de santé continue de 2023. Le rapport final de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie précise que cet indicateur correspond à une malnutrition chronique. Le document budgétaire de l’État fondé sur les mêmes données donne une estimation proche, de 17,5 %.
Ces chiffres décrivent une situation nationale, mais ne signifient pas que toutes les familles sont confrontées aux mêmes difficultés. L’accès aux soins et à une alimentation variée dépend notamment du lieu de résidence, des revenus et de la disponibilité des services. Les moyennes nationales ne permettent pas, à elles seules, de détailler les écarts entre Dakar et les autres régions. Elles rappellent toutefois que la santé des enfants relève d’un investissement continu, et non d’une seule campagne liée à un grand événement.
La santé maternelle et néonatale est au cœur de cette continuité. Le suivi de la grossesse, les soins à la naissance, l’alimentation des jeunes enfants et la prévention influencent leur croissance et leur développement. Un forum peut mettre ces sujets en lumière. Pour produire des effets, les échanges doivent ensuite se traduire en services accessibles, en financements identifiables et en suivi des résultats.
Des innovations à financer, des jeunes à mobiliser
Les organisateurs prévoient que huit innovateurs présentent des solutions liées à la nutrition et à la santé des mères et des enfants. Ils souhaitent favoriser leur financement et leur déploiement. Mais l’annonce disponible ne détaille ni les projets retenus, ni leurs coûts, ni les engagements financiers attendus. Il est donc trop tôt pour mesurer la portée concrète de cette séquence.
Un autre projet annoncé est le lancement d’un réseau de « Jeunes Champions pour la Santé ». Des athlètes et de jeunes sportifs seraient mobilisés pour promouvoir la nutrition et des habitudes de vie favorables à la santé dans les écoles, les clubs et les communautés.
Cette démarche peut donner aux sportifs un rôle de relais auprès de leurs pairs. Elle ne saurait cependant remplacer les professionnels de santé, les enseignants ou les dispositifs publics. Son utilité dépendra de la formation des jeunes ambassadeurs, de la qualité des messages et de la capacité des clubs et des écoles à prolonger leur action après les Jeux.
La rencontre doit aussi réunir acteurs publics, secteur sportif, investisseurs et partenaires autour de collaborations. Ce dialogue sera d’autant plus utile si les responsabilités sont claires : qui financera les initiatives, qui les mettra en œuvre et comment leurs résultats seront-ils évalués ? Le partage de ces éléments permettrait de distinguer les annonces ponctuelles des programmes suivis dans le temps.
Faire durer l’héritage après novembre
Pour le Sénégal, les JOJ sont à la fois une compétition internationale et un rendez-vous d’organisation publique. La préparation mobilise plusieurs territoires, administrations et acteurs du sport. Le forum ajoute une dimension sociale à cette séquence, en reliant l’accueil des délégations à des enjeux quotidiens pour les Sénégalaises et les Sénégalais.
Les retombées ne seront pas nécessairement les mêmes pour tous. Les athlètes et les visiteurs bénéficieront des installations et des activités liées aux Jeux. Pour les familles, notamment hors de la capitale, l’héritage dépendra davantage de la continuité des soins, de l’accès à l’information et de la présence de programmes dans les écoles, les structures de santé et les clubs locaux.
La portée dépasse aussi les frontières sénégalaises. La CEDEAO, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, rassemble les pays de la région autour de coopérations économiques et politiques. Les échanges sur la nutrition, la santé de l’enfant et le sport peuvent nourrir des initiatives régionales, mais le forum annoncé ne constitue pas en soi un engagement de la CEDEAO. Toute avancée devra être portée par des institutions et des partenaires clairement identifiés.
Les prochains repères seront donc concrets : la tenue effective de la rencontre le 30 octobre, les projets présentés, les financements annoncés et le devenir du réseau de jeunes sportifs. Les Jeux s’achèveront le 13 novembre. C’est après cette date que l’on pourra juger si la mobilisation de Dakar aura contribué à installer des actions durables pour la santé des mères, des enfants et des jeunes.
Sources de vérification : rapport 2023 de l’ANSD sur la santé et la nutrition, document budgétaire du ministère des Finances, Agence de presse sénégalaise sur le calendrier des JOJ et Comité international olympique sur Dakar 2026.