Distribuer des tablettes ou ouvrir des classes ne suffit pas à améliorer l’école. Encore faut-il savoir si les équipements servent, où les besoins restent les plus pressants et quels progrès les élèves accomplissent. C’est l’enjeu du dialogue de gestion relancé au Sénégal entre l’administration centrale et les équipes de terrain.

Relier les décisions aux réalités des établissements

Le système éducatif sénégalais repose sur plusieurs niveaux de pilotage. À Dakar, le ministère fixe les orientations nationales. Dans les régions et les départements, les inspections d’académie (IA) et les inspections de l’éducation et de la formation (IEF) suivent leur mise en œuvre dans les établissements.

Ce partage des responsabilités rend la circulation de l’information décisive. Les données recueillies localement doivent remonter jusqu’aux services centraux, puis éclairer les décisions et les moyens. La CEDEAO, organisation qui rassemble les pays d’Afrique de l’Ouest, constitue le cadre régional du Sénégal, mais la gestion quotidienne de l’école relève d’abord des institutions nationales.

Le suivi n’est pas qu’une affaire de tableaux. Il peut déterminer si un établissement reçoit le matériel adapté, si les enseignants sont accompagnés et si les difficultés d’apprentissage sont repérées à temps. Les réalités diffèrent aussi selon les territoires : les besoins d’un lycée de Dakar ne sont pas nécessairement ceux d’un établissement éloigné des grands centres.

Un dialogue de gestion remis en mouvement

Le ministre de l’Éducation nationale, Moustapha Mamba Guirassy, a présidé le lundi 26 octobre 2026 l’ouverture d’un atelier de trois jours consacré au dialogue de gestion dans l’enseignement moyen et secondaire général. La rencontre réunit la Direction de l’enseignement moyen secondaire général, les IA et les IEF. Un média sénégalais a également rapporté l’ouverture de ces travaux à la même date.

Les échanges portent sur la coordination entre les services centraux et déconcentrés, l’exploitation des données scolaires et le suivi des résultats. L’accompagnement pédagogique et les enseignements scientifiques et technologiques figurent aussi au programme, avec la transformation des blocs scientifiques et technologiques.

Cette relance intervient après plusieurs années d’interruption, selon les éléments communiqués sur l’atelier. Elle vise à rétablir un cadre où les services peuvent confronter leurs constats et suivre les décisions. Le test sera moins la tenue de la rencontre que la régularité des échanges et la traduction des recommandations en changements concrets dans les établissements.

Du matériel livré, des usages à vérifier

Le Sénégal a engagé des investissements numériques dans les écoles. En avril 2025, des cérémonies à Ziguinchor et à Kédougou ont accompagné la remise de 1 488 tablettes, ainsi que d’ordinateurs et d’autres équipements, avec l’appui de l’Agence japonaise de coopération internationale. Le ministère indique que ce matériel doit notamment faciliter la collecte de statistiques scolaires et la gestion des établissements.

Les plateformes EDUSAT et PLANETE doivent contribuer à ce travail. La première sert à recueillir des données statistiques, tandis que la seconde est consacrée à la gestion des établissements et au suivi des élèves et des enseignants. Une annonce d’équipement ne permet toutefois pas, à elle seule, de savoir si les appareils sont disponibles, entretenus et utilisés régulièrement.

En octobre 2025, un conseil interministériel avait également demandé la remise de 5 000 ordinateurs portables à des élèves de S1 et S3, avec une supervision de leur utilisation. Il avait demandé la finalisation d’un fonds national destiné à la construction, à l’équipement et à la maintenance des écoles. Le dialogue de gestion peut donc aider à vérifier comment ces engagements se concrétisent et où persistent les obstacles.

Dépenser les crédits ne mesure pas les apprentissages

La Cour des comptes a examiné les programmes du ministère pour 2019 et 2020. Son audit souligne les limites du cadre de performance et de la qualité des rapports annuels. Il relève notamment que les indicateurs d’efficience étaient insuffisants et que les données nécessaires au suivi n’étaient pas toujours disponibles.

Un taux élevé d’exécution budgétaire indique que les crédits ont été dépensés. Il ne prouve pas que les équipements ont amélioré l’enseignement, ni que les élèves ont davantage appris. Pour établir ce lien, il faut des données suivies dans le temps, des indicateurs pertinents et des remontées régulières depuis les établissements.

Un diagnostic de l’Institut international de planification de l’éducation de l’UNESCO consacré au Sénégal signale également des faiblesses dans les pratiques de pilotage et de suivi. Il met notamment en évidence des difficultés liées aux rapports des inspections. Le dialogue entre administration et terrain répond ainsi à un problème de gouvernance documenté, mais sa reprise ne garantit pas encore sa résolution.

Des indicateurs en hausse, des parcours encore incomplets

Pour l’année scolaire 2023-2024, le taux brut de scolarisation atteignait 46,9 % au cycle moyen et 29,8 % au secondaire général. Les taux d’achèvement s’établissaient à 35,3 % au moyen et à 23,9 % au secondaire, selon les données citées dans les documents disponibles sur le système éducatif.

Ces chiffres décrivent l’accès et l’achèvement des cycles. Ils ne mesurent pas directement les acquis scolaires, et ne disent pas pourquoi certains élèves interrompent leur parcours. Leur interprétation nécessite donc d’autres informations : présence des enseignants, conditions d’apprentissage, résultats des élèves et écarts entre territoires.

Le suivi attendu du dialogue de gestion concerne ainsi des acteurs différents. Pour les responsables, il s’agit de mieux orienter les moyens et d’évaluer les programmes. Pour les équipes éducatives, l’enjeu est de disposer d’un accompagnement et de ressources adaptés. Pour les familles et les élèves, les effets devront se traduire dans la continuité de l’enseignement et les possibilités d’achever chaque cycle.

La prochaine étape sera la mise en œuvre

À l’échelle de l’Afrique de l’Ouest, les pays font face à des défis de pilotage comparables : adapter les moyens à des populations scolaires nombreuses et diverses, tout en disposant de données suffisamment fiables pour juger des progrès. Le cas sénégalais montre que l’investissement matériel et le suivi administratif doivent avancer ensemble.

La suite dépendra de la fréquence des échanges entre le ministère, les inspections et les établissements, mais aussi de la publication d’indicateurs compréhensibles et renseignés. Il faudra notamment vérifier si les outils numériques soutiennent réellement la collecte de données et si les constats du terrain influencent les décisions budgétaires et pédagogiques. C’est à cette condition que le dialogue pourra dépasser le cadre de l’atelier.