À l’approche d’un rendez-vous sportif inédit pour le continent, une question dépasse les stades : qui peut vivre et circuler sans crainte au Sénégal ? Un rapport publié le 12 octobre par Human Rights Watch (HRW) décrit une hausse des arrestations et des obstacles aux droits des personnes LGBT.

Une loi durcie dans un climat politique tendu

Les relations sexuelles consenties entre personnes de même sexe sont criminalisées au Sénégal depuis 1965. Le 11 mars 2026, l’Assemblée nationale a modifié l’article 319 du Code pénal. Le texte porte à dix ans la peine maximale encourue et pénalise aussi la « promotion » ou le soutien aux personnes et organisations LGBT.

Le durcissement s’inscrit dans une séquence politique où la question a pris une place importante dans le débat public. Durant la campagne présidentielle de 2024, Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko avaient promis de renforcer la législation. Le Parlement a adopté les changements par 135 voix, sans vote contre et avec trois abstentions, selon HRW.

Le sujet touche à la fois au droit pénal, à la vie privée et à l’accès aux soins. Il interroge aussi l’application par le Sénégal des engagements internationaux auxquels il a souscrit, notamment le Pacte international relatif aux droits civils et politiques.

Des arrestations signalées dans plusieurs régions

HRW dit avoir interrogé 39 personnes en mai : des personnes détenues, des membres de la communauté queer, des avocats, des soignants, des journalistes, des représentants de la société civile et des responsables publics. L’organisation affirme aussi avoir sollicité les autorités sénégalaises le 29 septembre, sans recevoir de réponse avant la publication de son rapport.

La chronologie rapportée commence avant l’adoption de la loi. En décembre 2025, cinq hommes ont été détenus dans la région de Thiès. En février 2026, douze autres ont été arrêtés à Dakar. Depuis, des arrestations ont été signalées à Thiès, Rosso, Saint-Louis, Yeumbeul et Ziguinchor.

Il n’existe pas de décompte officiel consolidé. HRW précise ne pas avoir pu vérifier indépendamment le total. La Rencontre africaine pour la défense des droits de l’homme (RADDHO), organisation sénégalaise, recense au moins 212 arrestations entre février et juillet. Le HIV Justice Network avance plus de 300 sur la même période. Ces estimations distinctes ne doivent donc pas être présentées comme un bilan établi par les autorités.

Parmi les personnes arrêtées, 82 auraient été inculpées de « transmission volontaire du VIH », selon le HIV Justice Network. HRW rapporte que ces chefs ont été rejetés par un tribunal en août. L’organisation affirme également que des détenus ont subi des tests de dépistage du VIH sans consentement éclairé. Ces allégations soulèvent des questions de confidentialité médicale et de garanties judiciaires.

Des conséquences au-delà des tribunaux

Selon les témoignages recueillis par HRW, la peur d’une arrestation pousse des personnes LGBT à réduire leurs déplacements et leurs activités. Des avocats hésiteraient à accepter ces dossiers, par crainte d’être assimilés à leurs clients ou visés à leur tour. L’accès à une défense juridique devient alors un enjeu concret du droit à un procès équitable.

Les répercussions concernent aussi la santé publique. Si des personnes évitent le dépistage ou interrompent leur traitement par peur que des informations médicales soient utilisées dans une procédure pénale, les conséquences dépassent les seuls individus arrêtés. Des professionnels de santé cités par HRW s’inquiètent précisément de la rupture du secret médical et du recul possible du recours volontaire aux soins.

Cette situation se déploie dans un pays aux territoires et aux réalités sociales diverses. Les faits signalés ne concernent pas seulement Dakar : des villes de plusieurs régions apparaissent dans les comptes rendus. Les données publiques disponibles restent toutefois trop limitées pour mesurer précisément l’ampleur des arrestations ou leurs effets selon les lieux.

Dakar 2026, vitrine sportive et enjeu de droits

Du 31 octobre au 13 novembre, le Sénégal doit accueillir les Jeux olympiques de la jeunesse à Dakar, Diamniadio et Saly. Ce sera le premier événement olympique organisé en Afrique. L’Agence de presse sénégalaise confirme les dates et les trois sites, tandis que le Comité international olympique présente les Jeux comme une édition historique pour le continent.

La proximité de l’événement donne une portée internationale au débat, sans en faire son origine. La Charte olympique affirme des principes de dignité et de non-discrimination. HRW estime que la répression signalée soulève des questions sur leur respect. Les autorités sénégalaises n’ont pas répondu, selon l’organisation, aux demandes d’explication envoyées avant la publication.

À l’échelle ouest-africaine, le dossier résonne dans une région où les lois et les pratiques à l’égard des personnes LGBT varient fortement d’un pays à l’autre. Il rappelle aussi que les engagements de la CEDEAO, organisation d’intégration régionale, coexistent avec des législations nationales distinctes. Il faudra suivre l’application concrète de la loi sénégalaise, les garanties offertes aux personnes détenues et les réponses des institutions pendant les Jeux.