Un message qui semble venir d’un proche, une demande urgente d’argent ou un code reçu par SMS : sur WhatsApp, une simple interaction peut suffire à ouvrir la voie à une fraude. Pour des millions d’utilisateurs au Sénégal, au Maroc et ailleurs, la messagerie sert aussi à vendre, organiser le travail et garder le lien. La protéger relève donc autant de la sécurité numérique que de la confiance quotidienne.

Deux pays, des méthodes qui s’adaptent aux usages

Les alertes récentes ne décrivent pas une vague uniforme à l’échelle du continent. Elles montrent plutôt comment des fraudeurs adaptent leurs méthodes aux outils utilisés localement. Au Sénégal, la Police nationale a mis en garde le 9 octobre 2026 contre des liens trompeurs et des applications malveillantes visant notamment les comptes de paiement mobile. Le risque ne se limite pas à WhatsApp : une messagerie peut servir de porte d’entrée vers des services financiers accessibles depuis le téléphone.

Au Maroc, des utilisateurs ont signalé avoir perdu l’accès à leur compte après avoir reçu des demandes de code de vérification. La spécialiste marocaine en cybersécurité Yousra El Haddad explique que les fraudeurs se font parfois passer pour un proche ou pour le support technique. Le code permet d’enregistrer le numéro sur un autre appareil. Le recevoir sans l’avoir demandé ne prouve toutefois pas que le compte a été piraté : le danger apparaît surtout si l’utilisateur transmet le code ou valide une action qu’il n’a pas initiée.

La gendarmerie sénégalaise a aussi documenté, en février 2026, une affaire distincte : un dispositif aurait permis de détourner des SMS de notification liés à plusieurs applications, dont WhatsApp. Cette enquête, déclenchée après une plainte de l’opérateur Sonatel, rappelle que la sécurité d’un compte dépend parfois aussi de la carte SIM, des réseaux télécoms et des services connectés.

Le piratage commence souvent par une manipulation

Dans nombre de cas, l’arnaquant n’a pas besoin de « casser » le chiffrement des messages. Il cherche plutôt à convaincre la personne de lui remettre une clé d’accès : code de vérification, mot de passe, ou validation de connexion d’un nouvel appareil. Un message alarmant, une promesse de gain ou une demande pressante d’un contact connu peut réduire le temps de réflexion. Le compte détourné sert ensuite à solliciter de l’argent auprès des proches, qui reconnaissent le numéro et font confiance à son propriétaire.

Une autre technique consiste à associer discrètement un appareil au compte. Des alertes relayées au Maroc ont évoqué le « Ghost Pairing », ou association furtive d’un appareil : l’escroc cherche à faire approuver une connexion qu’il contrôle. Il faut donc vérifier régulièrement la liste des appareils connectés et fermer toute session inconnue. Une photo de profil ou un nom familier ne suffit pas à authentifier une demande d’argent ; un appel direct ou une question convenue à l’avance peut aider à vérifier l’identité.

Les conséquences varient selon les usages. Pour une famille, le risque est une perte d’argent ou une usurpation d’identité. Pour un petit commerce qui prend commandes et paiements par messagerie, la prise de contrôle peut interrompre les échanges et détourner des règlements. Les travailleurs indépendants, les vendeurs et les clients peuvent être touchés au même moment, tandis que la récupération du compte ne rétablit pas automatiquement la confiance auprès des contacts.

La protection ne repose pas sur un seul acteur

WhatsApp propose des outils de sécurité, dont la vérification en deux étapes, le signalement et le blocage de comptes, ainsi qu’une procédure de récupération par réenregistrement du numéro. Ces dispositifs sont utiles, mais ils ne neutralisent pas toutes les manipulations. Les réflexes essentiels restent simples : ne jamais transmettre un code reçu, même à une personne qui prétend représenter la plateforme ; activer le code PIN de vérification en deux étapes ; utiliser l’application officielle ; contrôler les appareils liés ; et rappeler un proche avant tout transfert inhabituel.

En cas de perte d’accès, il faut tenter de réenregistrer son numéro dans l’application officielle, avertir rapidement ses contacts par un autre canal et sécuriser les comptes associés, notamment la messagerie électronique et les services de paiement. Si des fonds ont été envoyés, contacter sans délai l’opérateur ou le prestataire financier et signaler les faits aux autorités compétentes. Les modalités de plainte et d’assistance diffèrent selon les pays ; les utilisateurs doivent s’adresser aux services locaux plutôt que suivre les instructions d’un prétendu « agent de récupération » contacté en ligne.

La responsabilité ne peut cependant pas être laissée aux seuls utilisateurs. Les plateformes doivent rendre les alertes compréhensibles, faciliter la récupération des comptes et répondre aux signalements dans des délais utiles. Les opérateurs télécoms ont aussi un rôle, notamment pour limiter les détournements de cartes SIM et de messages de vérification. Au Sénégal, l’enquête de février a montré l’importance d’une coopération entre opérateur, gendarmerie et unité spécialisée dans les criminalités numériques.

Un enjeu de coopération au-delà des frontières

Le rapport 2025 d’INTERPOL sur les cybermenaces en Afrique décrit des risques différents selon les régions, mais souligne la place croissante de l’hameçonnage et des manipulations psychologiques. En Afrique du Nord, des messages WhatsApp promettant de faux gains ou des placements frauduleux ont été signalés. En Afrique de l’Ouest, l’essor des paiements mobiles et des réseaux sociaux élargit les possibilités d’escroquerie. Ces constats ne signifient pas que les utilisateurs d’une région seraient moins prudents : ils montrent que les criminels exploitent les services les plus présents dans chaque société.

Les frontières compliquent les enquêtes : comptes, numéros et infrastructures peuvent relever de pays différents. La coopération entre forces de l’ordre, opérateurs, autorités de protection des données et plateformes devient donc déterminante. Pour les institutions régionales et l’Union africaine, l’enjeu est aussi de rapprocher les cadres juridiques et les capacités d’enquête, tout en protégeant les droits et les données des usagers.

La prochaine étape ne se mesurera pas seulement au nombre d’arrestations ou d’alertes publiées. Elle se jouera dans la rapidité avec laquelle une victime peut récupérer son compte, faire opposition à un paiement et obtenir une réponse claire. Tant que WhatsApp restera à la fois un espace social et un outil économique, la confiance numérique dépendra d’une chaîne complète : utilisateurs informés, opérateurs vigilants, autorités capables d’enquêter et plateforme accessible.

Pour comprendre les mécanismes et les conseils de sécurité, consultez les explications d’une experte marocaine sur les pertes d’accès aux comptes WhatsApp, les éléments publiés par la gendarmerie sénégalaise sur le détournement de SMS, les outils de sécurité proposés par WhatsApp et le rapport d’INTERPOL sur les cybermenaces en Afrique.