À Niamey, la hausse des recettes dit surtout une chose : l’État cherche de l’air

Au Niger, la question n’est pas seulement de faire entrer plus d’argent dans les caisses publiques. Elle est aussi de savoir comment financer l’école, la santé, les routes et les salaires sans alourdir encore la dépendance aux financements extérieurs. Dans ce contexte, la progression des recettes au deuxième trimestre 2026 prend une valeur politique et budgétaire nette. Le ministère nigérien des Finances parle d’un signal de consolidation, alors que les besoins de financement restent élevés et que le pays reste sous programme avec le FMI.

Un effort inscrit dans une séquence budgétaire plus large

Niamey s’inscrit dans une trajectoire déjà visible en 2025. La note de conjoncture du quatrième trimestre 2025 publiée par les services statistiques du Niger faisait état d’une nette amélioration des recettes totales, à 1 308,1 milliards de FCFA, en hausse de 40,8 % sur un an. Cette dynamique était déjà attribuée à l’élargissement de l’assiette fiscale et à un recouvrement plus efficace. Elle confirmait aussi un point essentiel : le Niger veut moins compter sur l’extérieur pour boucler son budget.

Cette orientation n’est pas isolée. Le FMI a indiqué en février puis en mars 2026 que les autorités nigériennes avaient engagé des réformes fiscales pour combler une partie des besoins de financement, dans un cadre de programme prolongé jusqu’en décembre 2026. L’institution a aussi souligné que les chocs climatiques et les tensions sur les ressources naturelles continuent de peser sur les comptes publics du pays.

Les chiffres du deuxième trimestre 2026

Selon la note de conjoncture économique à fin juillet 2026 du ministère des Finances, les recettes publiques du Niger ont atteint 395,8 milliards de FCFA au deuxième trimestre 2026, contre 316,8 milliards de FCFA au trimestre précédent. Cela représente une hausse trimestrielle de 24,9 %. Sur un an, la progression est de 35,1 %.

Le moteur principal reste la fiscalité. Les recettes fiscales ont augmenté de 25,6 % par rapport au trimestre précédent. Les impôts sur les biens et services ont bondi de 38,8 %, et les impôts sur le revenu de 42,6 %. En revanche, les taxes sur le commerce extérieur ont reculé de 5,1 %. Autrement dit, l’État a davantage mobilisé l’activité intérieure et la consommation, mais une partie des gains a été freinée par la moindre performance aux frontières.

Au premier semestre 2026, le Niger a mobilisé 712,6 milliards de FCFA de recettes, soit un taux d’exécution de 48,1 % des prévisions du programme suivi avec le FMI pour l’année. Ce niveau montre une exécution encore incomplète, mais compatible avec une reprise du rendement fiscal par rapport aux exercices précédents.

Le nouveau code fiscal commence à produire ses effets

Le cœur de la réforme reste le nouveau Code général des impôts, adopté en juillet 2025 et mis à jour dans la loi de finances 2025. L’objectif est clair : élargir l’assiette fiscale, réduire certaines niches et améliorer le rendement des impôts existants. Le ministère nigérien des Impôts publie d’ailleurs le texte consolidé de ce code, preuve d’un effort de mise en ordre normative plutôt que d’un simple ajustement ponctuel.

Dans ses documents, le FMI estime que certaines mesures du code doivent générer 12 milliards de FCFA de recettes supplémentaires en 2026. Les leviers mentionnés incluent une hausse du taux minimal de l’impôt sur les bénéfices, la rationalisation de certaines exonérations et l’extension des obligations fiscales liées aux marchés publics. Ce sont des mesures techniques, mais elles touchent des acteurs très concrets : entreprises, opérateurs des marchés publics et administrations de contrôle.

Le gouvernement a, de son côté, présenté la loi de finances 2026 comme un instrument de stabilité budgétaire et de soutien à la production nationale. Cette articulation est importante. Le Niger veut lever davantage de ressources sans casser une économie où le secteur informel reste important et où l’activité formelle ne porte pas, à elle seule, l’ensemble de la base fiscale.

Ce que cela change pour l’État, les entreprises et les ménages

Pour l’État nigérien, une hausse des recettes donne plus de marge de manœuvre. Elle peut réduire la pression sur le financement intérieur, limiter la dépendance aux appuis extérieurs et sécuriser l’exécution des dépenses prioritaires. C’est d’autant plus sensible que le FMI anticipe encore en 2026 un déficit temporairement plus élevé, autour de 3,7 % du PIB, sous l’effet des chocs climatiques et des besoins de dépense associés.

Pour les entreprises, le mouvement est plus nuancé. Une administration fiscale et douanière plus efficace peut améliorer la prévisibilité. Mais une extension des bases imposables et une réduction des exonérations peuvent aussi accroître la facture pour certains opérateurs, surtout dans les secteurs qui bénéficiaient jusque-là de régimes dérogatoires. Le vrai enjeu sera donc la qualité de la mise en œuvre : clarté des règles, rapidité des procédures et équité du contrôle.

Pour les ménages, l’effet dépendra de la manière dont l’État arbitre entre rendement fiscal et pouvoir d’achat. Les impôts sur les biens et services sont souvent les plus visibles dans la vie quotidienne, car ils peuvent se répercuter sur les prix. Si la réforme améliore les recettes sans désorganiser les circuits commerciaux, elle peut renforcer les services publics. Si elle est mal calibrée, elle risque au contraire de peser sur le coût de la vie.

Une portée régionale dans un espace ouest-africain sous tension

Le Niger évolue dans l’espace de l’UEMOA, où la question des recettes intérieures est centrale pour tous les États membres. Mais elle l’est encore davantage pour un pays confronté à des contraintes de financement, à une économie encore étroite et à des besoins sociaux lourds. À l’échelle de la CEDEAO, la situation nigérienne rappelle aussi que la souveraineté budgétaire passe d’abord par la capacité à collecter, tracer et sécuriser la ressource domestique.

La suite sera décisive. Si la dynamique du deuxième trimestre se confirme au second semestre 2026, Niamey pourra consolider ses marges budgétaires et mieux négocier ses équilibres avec ses partenaires. Si elle s’essouffle, le pays restera exposé à un financement plus coûteux et à une dépendance persistante aux appuis extérieurs. En Afrique de l’Ouest, le message est clair : la réforme fiscale ne relève plus du jargon administratif, elle devient un instrument de stabilité nationale.