À Maputo comme dans les provinces mozambicaines, la modernisation de l’État ne se jouera pas seulement sur la qualité d’un site internet. Elle dépendra surtout de la capacité des administrations à échanger des informations, à sécuriser les données et à proposer des services réellement accessibles.
Le gouvernement du Mozambique veut franchir cette étape d’ici 2029. Il prépare un plan opérationnel de trois ans pour organiser cette transformation, fixer les résultats attendus et chiffrer les investissements nécessaires.
Passer de services isolés à une administration connectée
Le projet repose sur une idée simple : éviter que chaque ministère développe son propre système, sans lien avec les autres. À terme, les institutions publiques doivent pouvoir partager des données selon des règles communes. Pour l’usager, cela doit réduire les démarches répétées et les déplacements vers les guichets administratifs.
Cette orientation figure dans le Plan quinquennal du gouvernement pour 2025-2029. Le document prévoit l’intégration progressive des services publics dans un portail unifié. Il prévoit aussi une architecture commune pour l’interopérabilité, c’est-à-dire la capacité de systèmes informatiques différents à communiquer entre eux.
Le Portail du gouvernement mozambicain rapporte que le plan est examiné par une commission technique chargée de coordonner cette agenda. Le ministre de l’Administration de l’État et de la Fonction publique, Inocêncio Impissa, a insisté sur un objectif concret : « Le citoyen doit sentir l’effet de la transformation numérique dans sa vie. »
Le chantier part toutefois d’outils déjà disponibles. Le Portal do Cidadão regroupe environ 26 services et compte plus de 3 000 utilisateurs, selon les éléments communiqués par les autorités. La plateforme permet notamment d’accéder à des services liés aux transports, à l’identification fiscale et au guichet unique administratif.
Son ambition doit désormais dépasser celle d’un simple catalogue en ligne. Le portail doit devenir une porte d’entrée commune vers l’administration, avec des services capables de fonctionner entre eux.
Une architecture technique et réglementaire à construire
L’Agence de transformation numérique et d’innovation travaille sur un portail d’interopérabilité. Sa mise en service est annoncée pour le quatrième trimestre 2026. Ce dispositif doit relier les systèmes des différentes institutions publiques.
Le calendrier prévoit ensuite une plateforme de paiement pour les services de l’État en 2027. Le gouvernement veut également développer une identité numérique, une infrastructure publique de données et des outils capables d’authentifier les usagers à distance.
Cette architecture doit s’appuyer sur plusieurs équipements et réseaux communs. Le centre de données gouvernemental, le CloudGov et le réseau GovNET doivent permettre de mutualiser les infrastructures. L’objectif est double : limiter la duplication des investissements et améliorer la circulation contrôlée de l’information entre administrations.
Le volet juridique est tout aussi important. L’Institut national des technologies de l’information et de la communication, l’INTIC, a engagé la révision du règlement sur le cadre d’interopérabilité adopté en 2017. Cette mise à jour porte notamment sur les normes techniques, la gouvernance des échanges, la protection des données personnelles et la cybersécurité.
L’INTIC précise que cette révision doit renforcer la modernisation des services publics, tout en consolidant la confiance des citoyens. Sans règles claires, l’interconnexion pourrait en effet accroître les risques de fuite, d’usage abusif ou de mauvaise qualité des données.
Un investissement engagé depuis 2021
Le Mozambique ne part pas de zéro. En octobre 2021, la Banque mondiale a approuvé un financement de 150 millions de dollars pour le projet de gouvernance et d’économie numériques, baptisé EDGE. Ce programme vise l’accès à l’identification civile, le développement de services publics numériques et l’élargissement des possibilités offertes aux entreprises.
La question de l’identité reste centrale. La Banque mondiale estimait alors que 60 % de la population mozambicaine ne disposait pas d’une identification civile officielle. Cette situation compliquait l’accès à l’éducation, aux services financiers, aux pensions, à l’emploi formel et à certains droits administratifs.
La réussite du programme dépendra donc de sa capacité à atteindre les personnes déjà éloignées des services numériques. Les habitants de Maputo disposent généralement de davantage d’infrastructures et de connexions que ceux des zones rurales ou des régions du nord. Les ménages modestes, les travailleurs de l’économie informelle et les personnes peu alphabétisées numériquement risquent aussi de rencontrer davantage d’obstacles.
La transformation ne pourra donc pas reposer uniquement sur l’accès à Internet. Elle devra conserver des points d’accueil physiques, proposer des interfaces simples et fonctionner avec les moyens de paiement réellement utilisés par la population. Les centres multimédias communautaires peuvent jouer un rôle complémentaire dans cet accompagnement.
Une stratégie nationale pour coordonner les projets
Le gouvernement mozambicain élabore parallèlement une Stratégie nationale de transformation numérique avec l’appui de l’Union internationale des télécommunications. Le processus a été officiellement lancé le 12 février 2026 à Maputo, lors de la première conférence nationale consacrée à la modernisation administrative, à la transformation numérique et à l’innovation.
L’Union internationale des télécommunications indique que cette stratégie doit coordonner des initiatives nationales, sectorielles et régionales aujourd’hui dispersées. Des consultations ont été organisées à Quelimane, Pemba et dans la province de Maputo. Des ateliers de validation ont ensuite réuni des représentants de l’État, du secteur privé, de l’université, de la société civile et de la jeunesse.
Cette méthode vise à éviter une transformation conçue uniquement depuis les administrations centrales. Elle doit aussi faire remonter les besoins des provinces. Pour un pays vaste, marqué par des écarts d’infrastructures entre la capitale et les régions, cette dimension territoriale sera décisive.
Un enjeu qui dépasse les frontières mozambicaines
Le chantier s’inscrit dans la dynamique de la Communauté de développement de l’Afrique australe, la SADC, qui réunit les pays de la région autour de projets d’intégration économique et numérique. La stratégie numérique de la SADC prévoit notamment de renforcer les services publics numériques, la formation et l’échange régional de données.
Le cadre régional de transformation numérique de la SADC identifie l’interopérabilité comme un levier pour améliorer l’efficacité des États et faciliter la coopération. Pour le Mozambique, les choix techniques effectués d’ici 2029 pourraient donc avoir des effets sur les échanges commerciaux, les transports, les contrôles douaniers et la circulation des documents dans la région.
La prochaine étape sera la publication du plan opérationnel mozambicain. Il devra préciser les financements, les responsabilités institutionnelles, les indicateurs de suivi et le calendrier des plateformes annoncées. Le succès ne se mesurera pas au nombre de systèmes installés, mais à la capacité d’un citoyen à obtenir un document, effectuer un paiement ou suivre une demande avec moins de délais et davantage de sécurité.