À Maputo, la question climatique ne se résume plus à la gestion des urgences. Le Mozambique cherche désormais à inscrire la prévention, l’adaptation et la transition énergétique dans une même feuille de route nationale jusqu’en 2035.

Une stratégie conçue pour passer de l’urgence à l’anticipation

Un atelier technique de cinq jours s’est ouvert le 14 septembre à Ponta do Ouro, dans la province de Maputo. Il devait permettre de pré-valider la version actualisée de la Stratégie nationale d’adaptation et d’atténuation du changement climatique, connue sous le sigle ENAMMC.

Le document n’est pas encore la politique définitive du pays. Il doit d’abord franchir les étapes institutionnelles nécessaires. Mais son architecture est déjà précisée : objectifs, indicateurs, responsabilités administratives, mécanismes de financement et système national de suivi.

La rencontre a réuni des représentants des institutions publiques, des autorités provinciales et des districts. Le secteur privé, les organisations de la société civile, les universités et les partenaires au développement ont également participé aux échanges. Cette diversité doit permettre de tester la stratégie au-delà des ministères et de la capitale.

Les participants ont examiné les résultats de la stratégie précédente. Ils ont aussi étudié un projet de plan d’action, une stratégie de mobilisation des ressources et un mécanisme de communication. L’objectif était de parvenir à un accord technique sur les priorités et sur les conditions de leur mise en œuvre.

Le Mozambique face à des risques multiples

Le pays doit composer avec une combinaison de menaces. Les cyclones frappent régulièrement sa longue façade maritime. Les inondations touchent les bassins fluviaux et les zones urbaines. Dans le centre et le sud, les sécheresses mettent sous pression l’agriculture pluviale et les ressources en eau.

L’érosion côtière et la montée du niveau de la mer ajoutent une pression supplémentaire sur les villes, les infrastructures portuaires et les communautés installées près du littoral. Ces risques ne produisent pas les mêmes effets partout. Les provinces rurales dépendent davantage des récoltes et de l’élevage. Les villes, elles, concentrent les réseaux électriques, les routes, les logements et les activités économiques exposées aux inondations.

Les cyclones Idai et Kenneth, en 2019, ont rappelé l’ampleur des dommages possibles. L’évaluation conduite après Idai avait estimé les dégâts à environ 1,4 milliard de dollars et les besoins de reconstruction dans plusieurs provinces à plusieurs milliards de dollars. Ces chiffres mesurent les pertes directes. Ils ne rendent pas entièrement compte des revenus interrompus, des déplacements de population et des services publics perturbés.

La situation reste évolutive. Une analyse récente du Bureau des Nations unies pour la réduction des risques de catastrophe prévoit une aggravation du risque de sécheresse dans le centre et le sud du Mozambique au second semestre 2026, sous l’effet attendu du phénomène El Niño. Des cyclones et des inondations localisées restent toutefois possibles durant la saison des pluies.

Dans ce contexte, l’adaptation signifie d’abord réduire les dégâts avant la catastrophe. Elle passe par des systèmes d’alerte précoce, une meilleure planification urbaine, des bâtiments plus résistants, la protection des écosystèmes et un accès plus fiable à l’eau. Elle suppose aussi que les informations météorologiques atteignent les districts et les exploitations agricoles, pas seulement les administrations centrales.

Des priorités qui touchent directement les ménages

La stratégie actualisée entend placer les communautés vulnérables au centre de l’action publique. Cette orientation concerne la sécurité alimentaire, l’accès à l’eau, l’habitat, les infrastructures et la protection des moyens de subsistance.

Pour les petits producteurs, l’enjeu est concret. Des semences à cycle court, des variétés résistantes à la sécheresse, de petites infrastructures d’irrigation et une meilleure gestion des sols peuvent réduire les pertes après un choc climatique. La FAO soutient déjà au Mozambique des actions de ce type, notamment dans l’agriculture de conservation et la collecte de l’eau.

Les femmes et les enfants peuvent subir des effets spécifiques. Lorsque les récoltes diminuent ou que les points d’eau s’éloignent, les tâches domestiques augmentent souvent. Les enfants risquent davantage les interruptions scolaires, les maladies hydriques et les déplacements. Une politique climatique efficace doit donc intégrer la protection sociale, la santé, l’éducation et l’égalité entre les sexes.

L’atténuation constitue l’autre volet de la stratégie. Elle vise à limiter les émissions sans bloquer le développement du Mozambique. Les secteurs identifiés comprennent l’énergie propre, l’efficacité énergétique, les transports durables, l’agriculture climato-intelligente et la gestion durable des forêts.

Le défi sera de concilier ces objectifs avec les besoins économiques du pays. Le Mozambique veut accroître l’accès à l’électricité, développer ses infrastructures et diversifier son économie. La question ne sera donc pas seulement de réduire les émissions. Il faudra aussi éviter que les nouveaux investissements créent des équipements impossibles à protéger contre les aléas climatiques.

Le financement et l’exécution seront décisifs

La Banque africaine de développement accompagne la préparation de la stratégie à travers la Plateforme africaine pour les contributions déterminées au niveau national et le Fonds pour les changements climatiques en Afrique. Le financement s’inscrit dans un engagement plus large au Mozambique, notamment dans l’agriculture, les transports, l’énergie, l’eau, l’assainissement et la préparation aux catastrophes.

Le document de stratégie pays 2023-2028 de la Banque africaine de développement met déjà l’accent sur les infrastructures et la transformation des chaînes de valeur agricoles. La nouvelle ENAMMC devra donc être compatible avec les politiques de développement nationales et avec les investissements en cours.

Le point sensible reste la mise en œuvre. Une stratégie peut fixer des objectifs précis sans produire de résultats si les responsabilités se chevauchent, si les budgets arrivent tard ou si les districts ne disposent pas des moyens nécessaires. La Banque africaine de développement a insisté sur ce risque pendant l’atelier : l’adoption du document ne doit pas être considérée comme l’aboutissement du processus, mais comme le début de son application.

Le financement climatique sera également surveillé. Les autorités devront identifier les projets prioritaires, mesurer les résultats et démontrer l’utilisation des ressources. Pour les communautés, la réussite se mesurera moins au nombre de réunions organisées qu’à la rapidité des alertes, à la solidité des routes, à la disponibilité de l’eau et à la capacité de reprendre une activité après une catastrophe.

Une portée qui dépasse les frontières mozambicaines

Le Mozambique appartient à la Communauté de développement de l’Afrique australe, ou SADC, qui regroupe des pays confrontés à des risques communs : sécheresses, inondations, cyclones et variations des précipitations. L’organisation régionale dispose d’un cadre de coopération sur le climat et d’un plan de gestion des risques de catastrophe pour la période 2022-2030.

La cohérence entre la future stratégie mozambicaine et les dispositifs de la SADC sera importante. Les fleuves traversent les frontières. Les marchés agricoles dépendent des mêmes saisons. Les cyclones affectent parfois plusieurs pays. Les systèmes d’alerte, les données météorologiques et les mécanismes de réponse gagneraient donc à être coordonnés à l’échelle régionale.

Le prochain enjeu sera de savoir quand la stratégie sera officiellement approuvée et comment ses indicateurs seront intégrés aux budgets publics. Il faudra aussi suivre la place accordée aux provinces, aux districts, aux producteurs et aux entreprises locales. Pour le Mozambique, l’horizon 2035 ne sera crédible que si la planification nationale se traduit rapidement dans les territoires les plus exposés.