À Bamako, la rentrée scolaire du jeudi 1er octobre 2026 ouvre une nouvelle année sous tension. Dans plusieurs régions du Mali, des milliers d’enfants restent privés de salles de classe, alors que les autorités ont placé l’éducation au cœur de leur agenda national.
Une rentrée qui ne concerne pas tous les élèves
Selon les données du Cluster Éducation Mali, 2 444 établissements scolaires étaient encore fermés à la fin du mois d’avril 2026. Ce mécanisme de coordination réunit notamment le ministère de l’Éducation nationale, l’UNICEF et Save the Children.
Ces fermetures touchent plus de 733 000 élèves. Elles concernent aussi près de 14 700 enseignants, empêchés de rejoindre leur poste ou affectés par l’interruption des activités scolaires. Au total, le pays compte 11 860 établissements recensés dans les données disponibles.
Le chiffre donne la mesure de la crise. Plus d’une école sur cinq ne fonctionne donc pas normalement. La situation ne se limite pas aux bâtiments détruits. Dans plusieurs localités, les familles ont quitté leur village, les enseignants ont été déplacés et les établissements servent parfois d’abris à des personnes ayant fui les violences.
Les causes varient selon les zones. Des écoles ont été pillées ou endommagées. D’autres ont fermé après des menaces visant les personnels. Les déplacements de population et les inondations ont également perturbé la continuité des cours dans certaines régions.
Le Cluster Éducation a toutefois recensé la réouverture de douze écoles entre mars et avril 2026, notamment dans les régions de Sikasso, Ségou et Mopti, ainsi que dans le cercle de Nara. Ce résultat reste limité au regard du nombre d’établissements toujours fermés.
Le nord et le centre au cœur des difficultés
Les écarts territoriaux restent particulièrement marqués. Dans la région de Kidal, 84 % des écoles seraient fermées. À Ménaka, plus de la moitié des établissements ne peuvent pas accueillir leurs élèves.
Le centre du Mali demeure lui aussi fortement exposé. Les zones de Bandiagara, Douentza et Ténenkou connaissent des interruptions prolongées. Dans ces territoires, l’école dépend directement de la capacité des familles et des enseignants à circuler sans risque.
La région de Ségou figure également parmi les plus touchées en nombre d’établissements non fonctionnels, avec 506 écoles fermées selon les données relayées en juin 2026. Ce contraste est important. Une région peut cumuler une forte concentration d’écoles et un nombre élevé de fermetures, tandis qu’une zone moins peuplée peut afficher un taux de fermeture plus élevé.
Pour les familles, les conséquences dépassent la seule perte de quelques mois de cours. Les enfants risquent de prendre du retard, de ne pas reprendre leur scolarité ou de devoir parcourir de longues distances pour rejoindre une école encore ouverte. Les adolescentes sont particulièrement exposées aux abandons définitifs lorsque les déplacements, les tâches domestiques ou l’insécurité s’ajoutent aux difficultés économiques.
Une priorité politique confrontée au terrain
La rentrée intervient alors que le président de la Transition, le général d’armée Assimi Goïta, a proclamé la période 2026-2027 « Année de l’éducation et de la culture ». L’annonce a été faite le 5 février 2026, lors de la cérémonie de présentation des vœux du gouvernement au Palais de Koulouba.
Les autorités maliennes présentent cette initiative comme un effort national destiné à renforcer le système éducatif, la formation des citoyens et la transmission culturelle. Le gouvernement affirme vouloir agir sur la qualité des apprentissages, les partenariats communautaires et la valorisation des langues nationales.
Cette orientation crée cependant une obligation de résultats. La réouverture d’une école ne dépend pas uniquement de la remise en état d’un bâtiment. Elle suppose aussi de sécuriser les itinéraires, de garantir la présence des enseignants, de reconstruire la confiance des familles et de fournir du matériel pédagogique.
Dans les grandes villes, les établissements privés et les écoles encore opérationnelles peuvent parfois absorber une partie de la demande. À Bamako, les familles disposant de revenus suffisants peuvent aussi rechercher une solution alternative. Dans les zones rurales, en revanche, l’offre de remplacement est souvent inexistante.
Le défi est donc à la fois sécuritaire, administratif et social. Une politique centrée sur les seuls chiffres de réouverture pourrait laisser de côté la qualité des cours, la régularité des enseignants et les conditions d’apprentissage des enfants déplacés.
Un enjeu qui dépasse les frontières maliennes
La situation malienne s’inscrit dans une crise éducative plus large au Sahel central. Le Burkina Faso, le Mali et le Niger font face à des déplacements de population, à des menaces armées et à des difficultés d’accès aux services publics. Ces trois pays ont aussi redéfini leurs relations avec la CEDEAO, l’organisation régionale ouest-africaine dont ils ont annoncé le retrait conjoint en janvier 2025.
Cette évolution régionale complique la coordination politique, mais elle ne supprime pas les besoins communs. Les enfants circulent entre zones frontalières. Les familles déplacées franchissent les frontières. Les enseignants et les acteurs humanitaires doivent donc travailler dans un espace régional où les réponses nationales restent interdépendantes.
Pour le Mali, la prochaine étape sera de mesurer les réouvertures effectives après la rentrée du 1er octobre 2026. Il faudra aussi suivre la situation des enseignants, l’accès des élèves déplacés aux cours et l’évolution des fermetures dans le nord et le centre du pays.
L’« Année de l’éducation et de la culture » ne sera réellement visible que si elle permet aux enfants de retrouver une école régulière, sûre et durable. Pour des centaines de milliers de jeunes Maliens, cette rentrée commence encore à distance de leur classe.