À Bamako, la rentrée scolaire du jeudi 1er octobre 2026 marque le début d’une nouvelle année académique. Mais, dans une partie du pays, les salles de classe resteront silencieuses. Selon les données du Cluster Éducation Mali, 2 444 établissements ne sont pas fonctionnels. La situation prive environ 733 200 enfants de cours et affecte 14 604 enseignants.

Une rentrée officielle, mais inégalement vécue

Le ministère malien de l’Éducation nationale a maintenu la date du 1er octobre pour le démarrage de l’année scolaire 2026-2027. Plusieurs réunions préparatoires ont été organisées avec les syndicats, les associations de parents d’élèves, les promoteurs d’écoles privées et les représentants de la société civile.

Ces échanges ont porté sur la disponibilité des enseignants, les fournitures scolaires, l’orientation des admis au diplôme d’études fondamentales et la sécurité des établissements. Les écoles fermées figuraient également parmi les principales préoccupations soulevées par les acteurs du secteur.

Le chiffre de 2 444 établissements non fonctionnels provient d’un rapport du Cluster Éducation Mali rendu public le 24 juin 2026. Ce mécanisme coordonne le suivi de la situation scolaire avec la participation du ministère de l’Éducation nationale, de l’UNICEF et de Save the Children. Les données ont été reprises par plusieurs médias maliens, dont Bamada et Malijet.

Le nombre d’écoles fermées s’inscrit dans une hausse progressive. L’UNICEF recensait 1 344 établissements fermés à la fin de l’année 2020. En septembre 2023, 1 722 écoles étaient déjà hors service. Le bilan est passé à 2 036 établissements en 2025, avant d’atteindre 2 444 en 2026, selon les chiffres disponibles.

Le centre du pays concentre les fermetures

Les établissements concernés se trouvent principalement dans les zones exposées aux violences et aux déplacements de population. Le journal malien L’Essor rapporte que les 2 444 écoles fermées concernent surtout le centre du Mali et le niveau fondamental.

La région de Ségou arrive en tête avec 506 établissements non fonctionnels. Elle est suivie par plusieurs zones de Bandiagara, Tombouctou, Mopti et Ménaka. Les régions de Kidal et de Ménaka restent également fortement touchées, même si les données disponibles ne permettent pas toujours de comparer directement les taux de fermeture entre les territoires.

Cette géographie rappelle que la crise scolaire ne se limite pas aux localités les plus proches des lignes de front. Elle atteint aussi des espaces ruraux où l’administration, les services sociaux et les infrastructures de transport sont plus difficiles à maintenir.

Dans certaines communes, des écoles ont été attaquées, pillées ou endommagées. D’autres accueillent des familles déplacées. Ailleurs, les enseignants ne peuvent plus rejoindre leur poste ou choisissent de ne pas s’y rendre lorsque les conditions de sécurité sont jugées trop dangereuses.

Le problème ne se résume donc pas à la reconstruction des bâtiments. Une école ne peut fonctionner que si les élèves peuvent s’y rendre, si les enseignants peuvent y travailler et si les familles disposent d’un minimum de stabilité.

Des enfants et des enseignants durablement affectés

Les fermetures interrompent les apprentissages. Elles fragilisent aussi les parcours scolaires des enfants déplacés, notamment lorsque les familles changent plusieurs fois de lieu de résidence. Dans les zones rurales, l’absence d’école peut allonger les distances à parcourir ou pousser certains élèves à abandonner définitivement leur scolarité.

Les filles peuvent être particulièrement exposées à ces ruptures. Quand l’école ferme, les risques de mariage précoce, de travail domestique accru ou de déscolarisation prolongée peuvent augmenter. Les garçons, de leur côté, peuvent être davantage sollicités pour aider leur famille ou rejoindre des activités économiques informelles.

Les enseignants subissent eux aussi les conséquences de cette situation. Les 14 604 professionnels concernés ne sont pas seulement confrontés à la suspension de leurs activités. Beaucoup doivent également gérer les déplacements, l’incertitude sur leur affectation et l’absence de conditions de travail adaptées.

Des solutions temporaires existent pourtant. Le Mali et ses partenaires ont déjà recours à des espaces d’apprentissage communautaires, à des programmes d’éducation accélérée et à des dispositifs radiophoniques. Ces réponses permettent de maintenir un lien avec les élèves. Elles ne remplacent toutefois pas une école stable, dotée de personnels formés et régulièrement présents.

L’UNICEF souligne que le pays compte déjà entre un et deux millions d’enfants âgés de 6 à 17 ans qui ne sont pas scolarisés. Les fermetures liées à l’insécurité aggravent donc une difficulté structurelle qui dépasse le seul calendrier de la rentrée.

« Année de l’éducation et de la culture » : une promesse confrontée au terrain

Les autorités maliennes ont placé la période 2026-2027 sous le signe de « l’Année de l’Éducation et de la Culture ». Le gouvernement présente cette initiative comme un cadre destiné à renforcer les apprentissages, les infrastructures, les langues nationales et la participation des communautés.

Le ministère affirme également vouloir améliorer la qualité de l’enseignement et mobiliser les collectivités, les parents, les syndicats et les partenaires de l’école. Ces objectifs donnent une portée nationale à la rentrée de 2026.

Le décalage entre cette ambition et le nombre d’écoles fermées constitue cependant le principal test politique de l’année. La question sera moins de proclamer une priorité que de mesurer les réouvertures effectives, le retour des enseignants et la continuité des cours dans les zones fragiles.

À Bamako, la rentrée peut donner l’image d’un système scolaire qui redémarre normalement. Dans les régions du centre et du nord, elle prendra une forme différente. Certains élèves reprendront les cours dans leur établissement. D’autres suivront un dispositif temporaire. Beaucoup resteront encore à distance de l’école.

Un enjeu qui dépasse les frontières maliennes

La situation malienne s’inscrit dans une crise éducative plus large au Sahel. Au Burkina Faso et au Niger, les violences et les déplacements perturbent également la scolarité de centaines de milliers d’enfants. Les réponses régionales doivent donc associer sécurité, aide humanitaire, mobilité des enseignants et financement durable de l’éducation.

Le contexte institutionnel a changé depuis le retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger de la CEDEAO, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, devenu effectif le 29 janvier 2025. Cette reconfiguration régionale complique les cadres de coopération habituels, mais elle ne supprime pas les besoins communs des populations.

Pour le Mali, les prochains indicateurs seront concrets : nombre d’écoles rouvertes, présence réelle des enseignants, prise en charge des enfants déplacés et évolution de la sécurité autour des établissements. L’année de l’éducation et de la culture sera jugée sur ces résultats, dans les salles de classe de Bamako comme dans les communes les plus éloignées du centre national.