Au Liberia, l’exploration pétrolière reprend progressivement, mais chaque nouveau projet rappelle une réalité simple : entre l’intérêt des investisseurs et la production, plusieurs étapes restent à franchir. Le dossier du bloc offshore LB-32 illustre cette séquence avec l’arrivée d’un nouvel opérateur australien, sans constituer encore une licence pétrolière définitive.

Un secteur libérien relancé après une longue pause

Depuis 2024, Monrovia cherche à réactiver son bassin offshore. Le mouvement s’est accéléré en 2025 avec la signature de contrats de partage de production avec TotalEnergies et Oranto Petroleum. Ces contrats définissent la manière dont l’État et les entreprises se répartiront les hydrocarbures si une découverte commerciale est réalisée.

Les accords conclus avec TotalEnergies couvrent les blocs LB-6, LB-11, LB-17 et LB-29. Ceux signés avec Oranto concernent LB-15, LB-16, LB-22 et LB-24. La ratification parlementaire de ces contrats, annoncée par la Liberia Petroleum Regulatory Authority, a marqué une étape importante dans la reprise de l’exploration offshore.

Le Liberia ne produit toutefois pas encore de pétrole. La National Oil Company of Liberia, ou NOCAL, précise que les activités actuelles restent au stade de l’exploration. Les campagnes sismiques et les études géologiques doivent encore déterminer si les ressources potentielles peuvent être exploitées de manière rentable.

Bounty vise LB-32, mais ne détient pas encore le bloc

Le 22 septembre 2026, l’australienne Bounty Oil & Gas a annoncé un accord pour acquérir 100 % de PetroQuest Liberia Deep Water LLC, une société enregistrée dans l’Arizona. Cette opération doit lui ouvrir la voie vers le bloc LB-32, situé au large du sud-est du Liberia, dans le bassin de Harper.

La nuance juridique est essentielle. PetroQuest ne détient ni licence accordée ni contrat de partage de production exécuté. Elle dispose d’une lettre d’engagement délivrée par la NOCAL en octobre 2025. Ce document lui confère un droit exclusif pour négocier un futur contrat sur LB-32 et la désigne comme candidate préqualifiée auprès du régulateur.

La procédure doit encore associer PetroQuest, la NOCAL et la LPRA. Le contrat négocié devra ensuite être soumis à l’approbation du Parlement libérien. D’après les informations communiquées lors de l’opération, les parties visent une conclusion autour de janvier 2027, sous réserve de la réalisation des conditions prévues.

La NOCAL rappelle elle-même que l’attribution d’un bloc peut passer par plusieurs mécanismes : appel d’offres, négociation directe ou « Executive Allocation ». Cette dernière procédure permet d’attribuer un bloc à la compagnie publique, qui peut ensuite négocier l’entrée d’un partenaire privé. Le site de la NOCAL classe LB-32 parmi les blocs relevant de ce dispositif.

Un permis en eaux très profondes

LB-32 couvre environ 2 322 kilomètres carrés. La profondeur de l’eau varie de 1 500 à 4 200 mètres. Le bloc se trouve près de la limite maritime avec la Côte d’Ivoire, dans une zone où les structures géologiques se prolongent de part et d’autre de la frontière régionale.

Le secteur dispose déjà de données sismiques. Selon les informations publiées au sujet de la transaction, environ 656 kilomètres carrés bénéficient d’une couverture 3D et 753 kilomètres de lignes ont été acquis en sismique 2D. Bounty souhaite obtenir ces données auprès de TGS avant d’établir sa propre évaluation technique.

Les cibles évoquées se situent dans des éventails sédimentaires du Crétacé supérieur, formés par l’accumulation de matériaux au fond du bassin marin. Elles restent cependant non forées. Aucun puits n’a encore confirmé la présence de pétrole commercial dans la zone précise de LB-32.

Bounty devra donc distinguer les indices géologiques des réserves prouvées. L’entreprise a indiqué qu’elle ne publierait pas d’estimation indépendante des ressources potentielles avant l’analyse directe des données 3D et l’intervention d’un évaluateur qualifié.

Une opération financière liée à plusieurs conditions

Pour acquérir PetroQuest, Bounty prévoit de verser 1,5 million de dollars australiens en numéraire. Elle doit aussi remettre 863,15 millions d’actions aux vendeurs. Des actions supplémentaires pourront être émises si des objectifs liés aux ressources et à la recherche d’un partenaire sont atteints.

La société australienne a parallèlement annoncé une levée d’environ 3,55 millions de dollars australiens. Ces fonds doivent financer l’acquisition, les études techniques, les démarches liées au contrat libérien et les besoins courants de l’entreprise.

L’opération reste conditionnée à la vérification juridique et technique du dossier, aux autorisations des actionnaires et des autorités compétentes, ainsi qu’à la confirmation d’une voie satisfaisante vers l’obtention du contrat de partage de production. La transaction ne transforme donc pas immédiatement Bounty en producteur, ni PetroQuest en titulaire d’un permis définitif.

Transparence et contrôle public au centre du dossier

Le montage relance aussi le débat sur la gouvernance pétrolière au Liberia. Les autorités présentent l’« Executive Allocation » comme un mécanisme prévu par le cadre légal. Des observateurs libériens ont toutefois demandé davantage de transparence sur les bénéficiaires, les conditions économiques et le rôle exact de la NOCAL.

Dans le cas de LB-32, plusieurs informations commerciales restent privées. Les propriétaires de PetroQuest ne sont pas publiquement détaillés dans les éléments disponibles. La part que la NOCAL pourrait accorder au futur partenaire n’est pas non plus précisée. Ces zones d’ombre rendent le contrôle parlementaire et la publication du contrat particulièrement importants.

Le précédent des contrats ratifiés avec TotalEnergies et Oranto montre que le Parlement conserve un rôle décisif. La LPRA, régulateur indépendant du secteur amont, doit pour sa part contrôler la conformité des négociations, les engagements de travaux et les obligations de contenu local.

Un enjeu qui dépasse les frontières libériennes

Le dossier s’inscrit dans la dynamique du golfe de Guinée et de la marge transformante ouest-africaine. En Côte d’Ivoire, la découverte de Baleine puis sa mise en production ont renforcé l’intérêt pour les bassins offshore situés autour du Liberia. Les résultats obtenus dans les pays voisins ne garantissent cependant pas une découverte dans LB-32.

Pour les Libériens, l’enjeu ne se limite pas à attirer des capitaux. Il concerne aussi les recettes publiques, la formation, les emplois qualifiés, la protection de l’environnement marin et la capacité des institutions à négocier un contrat équilibré. Pour les investisseurs, la prochaine échéance sera la transformation d’une lettre d’engagement en accord juridiquement approuvé.

Le calendrier annoncé conduit vers janvier 2027. D’ici là, trois éléments seront particulièrement suivis : l’achèvement de l’acquisition de PetroQuest, la publication des principales conditions du futur contrat et la décision du Parlement. Tant que ces étapes ne sont pas franchies, LB-32 demeure une perspective d’exploration, pas une nouvelle production pétrolière libérienne.