Le Ghana franchit une étape dans le développement de son premier projet de lithium, mais l’entrée d’un nouvel investisseur ne signifie pas encore que la mine est prête à produire. À Ewoyaa, dans la région centrale, le financement, la participation de l’État et les retombées locales restent au cœur des enjeux.
Une étape dans un projet encore en développement
Le 26 octobre 2026, Zhejiang Huayou Cobalt a finalisé le transfert des droits et obligations détenus par Elevra Lithium dans le portefeuille ghanéen d’Atlantic Lithium. L’opération a reçu le feu vert des autorités ghanéennes. Elle porte notamment sur une participation de 22,5 % dans les projets concernés, dont Ewoyaa, ainsi que sur des droits liés à l’achat du concentré de spodumène, un minerai utilisé pour produire du lithium destiné notamment aux batteries.
La finalisation de la transaction et le montant de 71 millions de dollars américains versé à Elevra sont rapportés séparément par l’annonce de la société et par le média ghanéen Graphic Online. Le transfert met fin aux obligations de financement d’Elevra pour le projet. Il ne confère toutefois pas, à lui seul, le contrôle total d’Ewoyaa à Huayou.
Selon les modalités du partenariat détaillées par Atlantic Lithium, Huayou doit financer jusqu’à 66 millions de dollars de dépenses de développement. En contrepartie, sa participation dans le portefeuille ghanéen pourrait passer de 22,5 % à 50 %. Au-delà, les coûts seraient partagés à parts égales avec Atlantic Lithium. La participation actuelle et cette hausse conditionnelle sont donc deux étapes distinctes.
Le Parlement a ratifié le bail minier
Ewoyaa s’inscrit dans la stratégie du Ghana visant à mieux valoriser ses ressources minérales sur son territoire. Le Parlement ghanéen a ratifié le bail minier du projet en mars 2026, après un processus qui a notamment porté sur les conditions fiscales et les redevances. Cette ratification autorise la poursuite du développement, mais ne signifie pas que l’extraction commerciale a commencé.
Le projet prévoit une production cumulée estimée à 3,6 millions de tonnes de concentré de spodumène sur douze ans. Ces chiffres sont des prévisions de projet, et non un bilan de production. Atlantic Lithium estime l’investissement nécessaire à 185 millions de dollars. L’État ghanéen doit aussi détenir une participation gratuite de 13 %, selon les données publiées sur le projet et reprises par l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives du Ghana.
La trajectoire réglementaire montre aussi que les conditions d’exploitation comptent autant que l’arrivée des capitaux. Fin 2025, des ajustements fiscaux avaient été intégrés au bail avant sa ratification. Le débat porte ainsi sur l’équilibre entre la rentabilité nécessaire au financement de la mine et la part de valeur qui revient au Ghana.
Qui financera la mine, et qui en tirera les bénéfices ?
Pour les investisseurs, l’accord clarifie une partie du financement et de l’actionnariat. Pour les autorités, il ouvre une nouvelle phase de négociation et de contrôle : les engagements financiers, les droits de commercialisation et les obligations prévues par le bail devront être suivis à mesure que le projet avance.
Les effets ne seront pas identiques pour tous. L’État peut tirer des recettes fiscales et bénéficier de sa participation au capital. Les communautés proches du site peuvent espérer des emplois, des contrats et des infrastructures, mais ces retombées dépendront des engagements effectivement tenus et de leur suivi. Les petites entreprises locales, notamment celles qui ne sont pas intégrées aux chaînes minières formelles, ne bénéficieront pas automatiquement de l’activité.
Le contrôle de la commercialisation est également important. Les droits d’achat transférés à Huayou peuvent contribuer à sécuriser un débouché pour le minerai. Mais l’enjeu pour le Ghana est de ne pas limiter sa place à l’extraction : la transformation locale, la formation et la participation d’entreprises ghanéennes détermineront une part plus durable des retombées économiques.
Une autre opération est à distinguer de la vente conclue avec Elevra : Huayou poursuit une offre visant Atlantic Lithium. Si elle aboutit, elle modifierait la structure de l’actionnariat privé d’Ewoyaa. Au 26 octobre, l’entrée de Huayou dans les droits d’Elevra est finalisée ; l’acquisition d’Atlantic Lithium reste une démarche séparée et ne doit pas être présentée comme achevée.
Un enjeu ghanéen dans la compétition régionale
Le dossier concerne aussi l’Afrique de l’Ouest et la CEDEAO, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, dont le Ghana est membre. Les pays de la région cherchent à attirer des investissements dans les ressources stratégiques tout en augmentant la transformation et la valeur ajoutée locales. Ewoyaa sera observé à l’aune de ces objectifs, mais ses règles et ses retombées restent d’abord déterminées par les institutions ghanéennes.
Le projet s’inscrit enfin dans une chaîne d’approvisionnement mondiale où le lithium est devenu une matière première importante pour les batteries. La présence de Huayou, déjà active dans le secteur minier africain, relie Ewoyaa à des acteurs industriels internationaux. Cela peut faciliter le financement et l’accès aux débouchés, sans garantir à lui seul un transfert de technologie ni une transformation du minerai au Ghana.
La prochaine étape sera donc moins symbolique que pratique : préciser l’évolution de l’actionnariat, confirmer le financement de la construction et rendre vérifiables les engagements économiques et sociaux. Pour le Ghana, la réussite d’Ewoyaa ne se mesurera pas seulement au tonnage extrait, mais aussi à la valeur conservée dans le pays et aux bénéfices concrets pour les communautés concernées.
Sources consultées : annonce d’Atlantic Lithium sur la finalisation du transfert ; compte rendu de Graphic Online ; annonce d’Elevra Lithium sur la vente de ses intérêts ; rapport de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives du Ghana ; document sur la révision du bail minier d’Ewoyaa.