Un chantier constitutionnel qui dépasse la durée d’un mandat

À Accra, le débat ne porte pas seulement sur quelques mois de plus ou de moins pour un chef de l’État. Il touche au rythme même de la démocratie ghanéenne, à la manière de gouverner, puis de revenir devant les électeurs. Dans un pays souvent cité pour la régularité de ses alternances, la question du temps politique devient un sujet très concret pour les institutions, les partis et les citoyens.

Le Ghana fonctionne encore, en vertu de la Constitution de 1992, sur un cycle présidentiel de quatre ans, avec un Parlement élu sur la même cadence. L’élection présidentielle et les législatives se tiennent le même jour, et le président doit obtenir plus de 50 % des suffrages valides pour l’emporter dès le premier tour.

Ce que recommande la réforme en cours

Le dossier a pris forme après la mise en place, en janvier 2025, d’un comité de révision constitutionnelle par le président ghanéen John Dramani Mahama. La présidence a confirmé la réception du rapport final du comité le 22 décembre 2025, puis sa publication au public. Le document recommande d’allonger le mandat présidentiel de quatre à cinq ans, et d’aligner le mandat parlementaire sur cette nouvelle durée.

Le gouvernement a ensuite donné son accord de principe à cette orientation, selon les éléments rendus publics à ce sujet. La logique avancée est simple : le temps de campagne grignote trop le temps de gouvernement. Les premiers mois d’un mandat servent à installer l’équipe, revoir les priorités et prendre possession de l’appareil d’État. La dernière année, elle, est souvent absorbée par la compétition électorale.

La réforme ne s’arrête pas là. Le comité a aussi proposé d’avancer le scrutin présidentiel à la première semaine de novembre, afin de laisser un délai plus large avant l’investiture du 7 janvier. Le gouvernement a aussi accepté de revoir l’âge minimum des candidats à la présidence, en retenant 35 ans au lieu de 30. Une nouvelle commission doit maintenant rédiger deux projets de loi d’amendement, attendus pour octobre 2026.

Une réforme lourde, car la Constitution protège ses verrous

Dans le système ghanéen, réviser une disposition dite « entrenched » n’est pas un geste administratif. La Constitution exige un vote parlementaire, puis un référendum national. Pour qu’un tel texte passe, il faut au moins 40 % de participation des inscrits et 75 % de votes favorables parmi les suffrages exprimés. C’est un seuil élevé, pensé pour éviter les révisions de circonstance.

Cette architecture explique pourquoi le dossier est suivi de près par la Commission électorale, qui rappelle que les élections présidentielle et parlementaires ont lieu tous les quatre ans, et que le calendrier institutionnel ghanéen repose sur une forte synchronisation entre scrutin et investiture. Le pays connaît déjà une tradition électorale dense, mais aussi des tensions ponctuelles autour de la compétition partisane, des recours et du coût politique des campagnes successives.

Le débat touche donc à un équilibre sensible : donner plus de temps à l’exécutif pour agir, sans affaiblir le contrôle démocratique. Dans la lecture des partisans de la réforme, cinq ans permettraient de dépasser le temps perdu au changement d’équipe et au cycle électoral. Dans celle de ses critiques, ce surcroît de durée pourrait éloigner davantage les gouvernants du verdict des urnes.

Ce que cela change pour les Ghanéens, et pour l’Afrique de l’Ouest

Pour les administrations, un mandat plus long pourrait offrir une respiration utile. Les politiques publiques, les budgets d’investissement et les chantiers d’infrastructure s’inscrivent rarement dans quatre ans seulement. Pour les citoyens, en revanche, un allongement du cycle électoral ne prend sens que s’il s’accompagne d’un contrôle plus lisible sur les promesses, les dépenses et les résultats. Sinon, la réforme peut être perçue comme un simple confort institutionnel accordé aux élites.

Le Parlement serait lui aussi concerné, car le comité recommande d’aligner sa durée sur celle du président. Cette cohérence éviterait des calendriers décalés, où l’exécutif et le législatif ne seraient pas renouvelés au même moment. Mais elle concentrerait aussi davantage l’attention sur une seule séquence électorale, avec tout ce que cela implique en matière de mobilisation, de financement et de surveillance du scrutin.

Sur le plan régional, le sujet résonne au-delà du Ghana. En Afrique de l’Ouest, la CEDEAO reste confrontée à des transitions politiques fragiles, des coups d’État et une défiance croissante envers les calendriers électoraux jugés trop courts ou trop conflictuel. Le Ghana, souvent vu comme un point d’appui démocratique dans la sous-région, montre ici qu’une réforme institutionnelle peut être pensée sans rupture brutale, mais avec un vrai débat de fond sur la durée du pouvoir.

La portée continentale est claire : plusieurs pays africains revisitent aujourd’hui leurs constitutions, leurs mandats et leurs mécanismes de révision. Certains débats servent à verrouiller davantage le pouvoir, d’autres à corriger des institutions jugées trop étroites. À Accra, la séquence en cours dira surtout si le Ghana peut moderniser son cadre politique tout en préservant ce qui fait sa réputation dans la région : la compétition électorale, l’alternance et la prévisibilité des règles. Les prochaines étapes seront décisives, avec la rédaction des projets d’amendement attendue d’ici octobre 2026, puis la perspective d’un référendum en 2027.