Une hausse de l’activité ne garantit pas, à elle seule, un financement plus accessible ni des institutions solides. Au Congo, l’arrivée d’un nouvel établissement de microfinance intervient alors que les revenus du secteur progressent, mais que les impayés et la chute des bénéfices fragilisent l’ensemble de la sous-région.
Un nouvel acteur dans un secteur déjà installé
Le jeudi 5 novembre 2026, la Direction générale des institutions financières (DGIFN), rattachée au ministère congolais des Finances, a annoncé l’agrément de Nano Finance S.A. comme établissement de microfinance de deuxième catégorie. L’information figure dans la matière communiquée pour cet article ; les éléments consultés en ligne n’ont pas permis de retrouver une publication officielle distincte confirmant cette décision.
Au Congo, l’agrément est délivré au terme d’un processus qui associe l’autorité monétaire, la DGIFN et la Commission bancaire de l’Afrique centrale (COBAC), l’organe chargé de superviser les établissements financiers de la région. La DGIFN décrit cette procédure sur son site. L’autorisation de deuxième catégorie permet à Nano Finance d’octroyer des crédits et de proposer les services financiers prévus par la réglementation, ainsi que des opérations connexes. Elle ne suffit toutefois pas à renseigner sur sa date de démarrage, son réseau, ses tarifs ou les publics qu’elle entend servir.
Cette entrée se produit dans un marché national déjà composé de plusieurs dizaines d’acteurs. Selon les chiffres de fin 2025 cités dans la matière disponible, le Congo comptait 46 établissements de microfinance, derrière le Tchad et le Cameroun dans la zone. Le nombre d’institutions ne dit cependant pas combien de personnes sont effectivement financées, ni à quelles conditions.
La microfinance peut répondre aux besoins de ménages, de petits commerçants et de très petites entreprises qui ne trouvent pas toujours une offre adaptée auprès des banques classiques. Mais son utilité dépend de la capacité des établissements à évaluer les emprunteurs, à protéger l’épargne confiée et à maintenir des conditions de crédit supportables.
Des revenus en hausse, mais une rentabilité à surveiller
Au deuxième trimestre 2026, le produit net financier des établissements congolais aurait augmenté de 23,1 % sur un an. Le produit d’exploitation aurait progressé de 16,9 %. Ces données sont attribuées à la note de conjoncture publiée en octobre par le ministère des Finances du Congo ; la page ministérielle répertorie bien une note pour ce trimestre, mais les chiffres n’ont pas pu être vérifiés indépendamment dans le document lui-même.
La hausse est associée à l’intensification des opérations de crédit et des services financiers, ainsi qu’aux efforts en faveur de l’inclusion financière. Elle indique une activité plus soutenue, mais ne permet pas de conclure que les établissements dégagent davantage de bénéfices ou que les emprunteurs accèdent à des prêts moins coûteux. Le produit net financier mesure des revenus financiers après certaines charges ; le produit d’exploitation rassemble les revenus liés aux activités de l’établissement.
La situation régionale rappelle cette distinction. Dans son bilan 2025, la COBAC recense 521 établissements de microfinance agréés et en activité dans la CEMAC, la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale. Pourtant, le résultat net agrégé du secteur est tombé à 2,4 milliards de FCFA à fin décembre 2025, contre 22,5 milliards un an plus tôt, soit une baisse de 89,4 %. Ces chiffres du rapport sont également relayés par plusieurs médias économiques régionaux.
Le portefeuille de prêts s’est parallèlement détérioré. Les créances en souffrance ont atteint 236,8 milliards de FCFA fin 2025, contre 177,8 milliards en 2024, soit une hausse de 33,2 %. Elles représentaient 20,5 % des crédits bruts, contre 17,1 % un an auparavant. Autrement dit, une part plus importante des sommes prêtées était en retard ou exposée à un risque de remboursement.
La croissance du crédit ne suffit pas à mesurer l’accès
Pour les établissements, davantage d’opérations peut accroître les revenus, mais aussi les coûts de fonctionnement et le risque de défaut. Lorsque les remboursements se dégradent, les institutions doivent consacrer davantage de ressources aux provisions, c’est-à-dire aux réserves destinées à couvrir d’éventuelles pertes. La chute du résultat régional montre que la progression des activités ne se transforme pas automatiquement en rentabilité durable.
Pour les clients, le risque est concret. Une institution fragilisée peut devenir plus prudente, limiter les nouveaux prêts ou durcir ses critères. Les petites entreprises et les travailleurs qui dépendent de revenus irréguliers peuvent alors rencontrer davantage de difficultés à obtenir un financement. À l’inverse, une expansion mal maîtrisée peut exposer certains emprunteurs à un endettement difficile à rembourser. Ces effets ne sont pas établis spécifiquement pour Nano Finance ; ils constituent des enjeux à suivre à mesure que l’entreprise déploiera ses activités.
Le paysage régional est aussi très concentré. Le Cameroun comptait 384 établissements sur les 521 recensés dans la CEMAC par la COBAC. Cette présence numérique ne signifie pas que les institutions sont de taille ou de solidité équivalentes. La supervision doit donc examiner la qualité des portefeuilles, la gouvernance et la protection des déposants, plutôt que le seul nombre d’agréments.
Un enjeu de supervision pour le Congo et la CEMAC
Le Congo partage avec cinq autres pays la monnaie et le cadre de supervision de la CEMAC. L’agrément national s’inscrit ainsi dans un système où les règles prudentielles sont suivies à l’échelle communautaire par la COBAC. Pour Nano Finance, la prochaine étape décisive sera moins l’annonce de son autorisation que la preuve d’une activité conforme, suffisamment capitalisée et capable de maîtriser le risque de crédit.
Pour les autorités congolaises, le défi consiste à soutenir l’accès aux services financiers sans laisser la croissance du secteur masquer ses fragilités. Cela suppose de suivre les pratiques de crédit, la transparence des coûts et le traitement des réclamations, tout en veillant à la solidité des établissements. Les chiffres nationaux du deuxième trimestre et les indicateurs régionaux de fin 2025 décrivent des périodes différentes : ils ne peuvent être comparés directement, mais dessinent ensemble une activité en mouvement et un risque qui reste élevé.
À l’échelle de l’Afrique centrale, l’arrivée d’un nouvel acteur congolais s’ajoute donc à une question plus large : comment élargir l’accès au financement sans affaiblir les institutions qui le proposent ? Les prochaines données de la COBAC et du ministère des Finances permettront de voir si la hausse d’activité au Congo s’accompagne d’une amélioration durable des revenus, de la qualité des prêts et de la capacité des établissements à servir leurs clients.