À qui revient la facture des dégâts climatiques : aux populations qui les subissent, aux États qui doivent financer leur réponse, ou aux entreprises dont l’activité repose sur les combustibles fossiles ? Au Cap, cette question a quitté les salles de conférence pour s’installer devant les portes d’un grand rendez-vous énergétique.

Le 30 septembre 2025, des militants ont manifesté en marge de l’Africa Energy Week (AEW), organisée au Cap du 29 septembre au 3 octobre. Ils réclamaient que les compagnies pétrolières contribuent davantage au financement des conséquences du changement climatique. Le rassemblement a opposé deux priorités difficiles à concilier : attirer des investissements dans l’énergie et protéger les populations des dommages climatiques.

Un débat énergétique ancré en Afrique australe

L’Afrique du Sud accueille l’AEW dans un contexte où la sécurité de l’approvisionnement, le coût de l’électricité et la transition énergétique pèsent directement sur les choix publics. Le pays reste fortement lié aux énergies fossiles, tandis que le développement des renouvelables et la réduction des émissions soulèvent des enjeux d’emplois, d’accès à l’énergie et de transformation industrielle.

Cette tension dépasse les frontières sud-africaines. La Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), organisation régionale de coopération, rassemble des pays aux ressources et aux systèmes énergétiques différents. Les décisions prises sur les infrastructures, les échanges d’électricité et les investissements fossiles peuvent donc avoir des effets bien au-delà du pays hôte.

L’AEW réunit responsables politiques, entreprises et investisseurs autour des ressources énergétiques du continent. Les défenseurs des projets pétroliers et gaziers mettent en avant les recettes publiques, l’activité économique et l’accès à l’énergie. Les organisations environnementales, elles, questionnent la place accordée aux nouveaux projets et demandent que les coûts climatiques soient intégrés au débat.

Des militants réclament une contribution des compagnies

Devant le centre de conférence du Cap, des militants de Greenpeace Afrique et d’Extinction Rebellion ont protesté alors que les délégués entraient dans l’événement. Le média sud-africain GroundUp a également rapporté le rassemblement et décrit une action menée par des militants de Greenpeace autour d’une installation symbolisant un paiement. La manifestation appelait les entreprises du secteur à financer les dommages climatiques.

Greenpeace Afrique a présenté la demande comme une responsabilité financière des grands groupes pétroliers et gaziers. L’organisation souhaite que les fonds servent notamment aux pertes et dommages — les dégâts provoqués par des phénomènes climatiques auxquels les populations ne peuvent pas simplement s’adapter — ainsi qu’aux mesures d’adaptation. Elle défend aussi le principe de taxes et de sanctions visant les entreprises du secteur.

Ces propositions relèvent d’une revendication militante, et non d’une taxe déjà adoptée ou d’un mécanisme de financement en place. Leur mise en œuvre poserait des questions concrètes : quels groupes seraient concernés, sur quelle base calculer leur contribution, qui gérerait les recettes et comment garantir qu’elles atteignent les collectivités exposées ? Le débat porte donc autant sur la responsabilité que sur la gouvernance des fonds.

Greenpeace Afrique a également affirmé que les pays africains ne disposent pas des moyens financiers nécessaires pour faire face aux phénomènes météorologiques extrêmes. Cette analyse exprime la position de l’organisation. Elle rejoint une question plus large, portée par plusieurs gouvernements africains dans les discussions climatiques : comment financer l’adaptation et les pertes sans faire peser une charge supplémentaire sur des budgets publics déjà sollicités ?

Entre recettes énergétiques et coûts climatiques

Pour les gouvernements, l’exploitation des hydrocarbures peut représenter des recettes, des emplois et un moyen de répondre à la demande énergétique. Mais ces gains ne se répartissent pas automatiquement entre les habitants. Les revenus dépendent des contrats, de la fiscalité et de la part de valeur créée localement. Les risques climatiques et les nuisances, eux, peuvent toucher directement les communautés proches des sites d’extraction ou des infrastructures.

Les populations urbaines et rurales ne rencontrent pas non plus les mêmes difficultés. Les villes dépendent notamment de réseaux d’électricité, de transport et d’assainissement mis à l’épreuve par les événements extrêmes. Dans les zones rurales, les revenus liés à l’agriculture et l’accès aux services peuvent rendre l’adaptation plus complexe. Une recette climatique ne répond à ces besoins que si son allocation tient compte des réalités locales.

La discussion concerne aussi les raffineries et les marchés régionaux. La matière initiale évoque les coûts élevés du transport maritime du brut africain vers l’Asie et la possibilité que certaines raffineries africaines profitent d’un approvisionnement local. Faute de données indépendantes recoupant ces estimations pour la période considérée, cet effet doit rester présenté comme une analyse attribuée, et non comme un bénéfice établi pour l’ensemble du secteur.

Taxer davantage les entreprises ne règle pas, à lui seul, la question d’une transition juste. Une fiscalité mal conçue pourrait se répercuter sur les prix ou décourager des investissements nécessaires à l’approvisionnement. À l’inverse, l’absence de contribution dédiée laisse les États et les ménages absorber une part des coûts liés aux catastrophes. Les modalités — assiette, contrôle et affectation des recettes — comptent autant que le principe défendu par les manifestants.

Un signal régional, pas encore une politique publique

La manifestation du Cap s’inscrit dans une controverse continentale : comment mobiliser des financements climatiques sans effacer les besoins de développement et d’accès à l’énergie ? Pour les pays africains, la discussion ne se limite pas au choix entre pétrole et renouvelables. Elle porte aussi sur le contrôle des ressources, la transformation locale, les emplois et la capacité des communautés à peser sur les décisions.

Le contraste entre l’espace de négociation de l’AEW et la protestation de rue rend visible un désaccord sur la répartition des coûts et des bénéfices. Les investisseurs cherchent des règles prévisibles et des projets viables. Les gouvernements doivent arbitrer entre recettes, approvisionnement et engagements climatiques. Les associations demandent que les communautés exposées ne restent pas les dernières dans la chaîne de financement.

À ce stade, la mobilisation n’a annoncé ni accord des compagnies ni décision des autorités sud-africaines sur une nouvelle taxe. Sa portée dépendra de la suite : les propositions seront-elles discutées dans les politiques nationales, dans les cadres régionaux de la SADC ou dans les négociations climatiques internationales ? La réponse dira si l’appel entendu au Cap reste un geste de protestation ou devient un sujet de négociation financière.