Un projet aurifère qui change d’échelle au Cameroun
Dans le centre du Cameroun, l’or ne se joue plus seulement dans les sites artisanaux ou les petites campagnes de forage. Il est aussi devenu un sujet de financement, de stratégie industrielle et de souveraineté minière. Le projet Mbe, dans la licence centrale d’Oriole Resources, illustre ce basculement : un actif encore en exploration il y a peu, mais déjà affiché par son opérateur comme son dossier phare dans le pays.
Le contexte national est important. À Yaoundé, les autorités veulent faire du Cameroun un vrai pays minier, au-delà d’un secteur qui pèse encore peu dans l’économie. Le ministère des Mines a rappelé en 2026 la mise en production de grands projets et la volonté de mieux encadrer l’or, avec des exigences plus strictes sur l’environnement, la fiscalité, la participation camerounaise au capital et les seuils de production. Dans le même temps, le nouveau Code minier de 2023 et ses textes d’application redessinent les règles du jeu.
Ce que dit réellement le dossier Mbe
Le 18 septembre 2026, Oriole Resources a annoncé la vente de sa redevance de 1,2 % sur le projet Muratdere, en Turquie, pour 1,2 million de dollars. La société explique vouloir réorienter ces fonds vers ses activités en Afrique centrale, et en particulier vers le Cameroun. Ce n’est pas un détail : pour une junior minière, céder un actif non stratégique sert souvent à financer les forages, les études et les prochaines phases de développement sur les projets jugés prioritaires.
Au Cameroun, Mbe reste le projet le plus avancé d’Oriole. L’entreprise indique qu’en juillet 2026, la ressource inférée totale sur MB01 atteignait 1,66 million d’onces d’or, sur la base d’un modèle JORC. Elle précise aussi détenir 50 % du projet, l’autre moitié revenant à BCM International, tandis qu’Oriole reste l’opérateur technique. Le site est situé dans le central licence package, à l’ouest de Ngaoundéré, dans l’Adamaoua. Le chiffre de 1,66 million d’onces a été publié par la société et repris dans ses résultats annuels, ce qui permet de le considérer comme un repère solide, même s’il s’agit encore de ressources inférées, donc d’un potentiel géologique et non d’une réserve minière prouvée.
Le chemin a été rapide. En juillet 2025, la société ne parlait encore que d’une cible d’exploration comprise entre 820 000 et 1,34 million d’onces. Puis sont venues les premières estimations sur MB01-S, ensuite MB01-N, avant la mise à jour qui a porté l’inventaire à 1,66 million d’onces. Cette progression raconte une chose simple : Mbe sort du registre des promesses vagues pour entrer dans celui des projets qui attirent déjà du capital, des arbitrages de portefeuille et des discussions sur la suite des travaux.
Pourquoi ce gisement compte au-delà du périmètre d’Oriole
Le Cameroun veut justement transformer ce type de découverte en activité plus structurée. Pour l’instant, le secteur minier non pétrolier ne contribue qu’à une part limitée du PIB, très loin du potentiel géologique du pays. Les autorités misent donc sur une meilleure formalisation, sur la traçabilité et sur une capture plus forte de la valeur locale. En clair, le débat ne porte pas seulement sur la quantité d’or dans le sous-sol, mais sur ce qui restera au pays : emplois, sous-traitance, fiscalité, infrastructures et remise en état des sites.
Cette logique change aussi la lecture du projet pour les populations riveraines et pour l’administration. Pour les autorités, Mbe peut devenir un test de crédibilité du nouveau cadre minier. Pour les opérateurs, la réforme impose davantage de discipline. Pour les communautés locales, l’enjeu est concret : accès à l’emploi, circulation des engins, eau, terres, compensation et surveillance environnementale. Le ministre des Mines a d’ailleurs insisté, en 2026, sur des mesures de contrôle plus dures dans l’or, notamment contre les opérations illégales et les permis utilisés hors de leur objet.
À l’échelle régionale, le dossier Mbe dit aussi quelque chose de l’Afrique centrale. Le Cameroun cherche à s’inscrire dans la CEMAC avec une industrie extractive moins informelle et plus productive. La question est désormais de savoir si les annonces sur Mbe déboucheront sur une vraie trajectoire minière, ou si elles resteront au stade d’un gisement prometteur dans un secteur encore en construction. La prochaine étape à surveiller sera la suite des campagnes d’exploration, puis la transformation éventuelle des ressources en étude de faisabilité, et enfin l’équilibre entre attractivité pour l’investisseur et maîtrise publique de la filière.