À Ouagadougou, la question n’est plus seulement d’étendre l’accès à Internet. Elle consiste désormais à disposer de Burkinabè capables de concevoir, sécuriser et administrer les outils numériques dont l’État, les entreprises et les services publics ont besoin. C’est dans cette perspective qu’un nouveau volet de coopération avec la Russie se dessine autour de la formation aux technologies de l’information.

Former des profils dans l’intelligence artificielle et la cybersécurité

La ministre burkinabè de la Transition digitale, des Postes et des Communications électroniques, Aminata Zerbo-Sabané, a échangé à Ouagadougou avec Natalia Krasovskaia, directrice exécutive du Centre de diplomatie publique russe. Les discussions portent sur l’élargissement de programmes déjà engagés et sur la création de nouvelles filières spécialisées.

Une classe consacrée à l’intelligence artificielle fonctionne déjà dans la capitale burkinabè. Les partenaires envisagent de la prolonger et d’ajouter d’autres parcours, notamment dans les technologies liées à l’énergie. L’intelligence artificielle désigne ici des méthodes permettant à des systèmes informatiques d’analyser des données, de produire des contenus ou d’automatiser certaines tâches.

Le projet prévoit également d’identifier une université publique burkinabè susceptible d’accueillir des formations dédiées aux métiers des technologies de l’information. L’objectif affiché est de rapprocher des établissements d’enseignement supérieur du Burkina Faso et de Russie, afin de développer les échanges académiques, la formation pratique et la recherche appliquée.

Cette coopération prolonge les échanges engagés au printemps 2026 à Bobo-Dioulasso. Les discussions avaient alors porté sur la formation de jeunes Burkinabè dans l’intelligence artificielle et la cybersécurité. Un programme pilote était déjà présenté comme actif dans un lycée régional de Ouagadougou, avec l’appui d’une université située à Novossibirsk, en Russie.

Une stratégie nationale qui dépasse le partenariat russe

Le recours à un partenaire extérieur ne constitue toutefois qu’un élément de la politique numérique du Burkina Faso. Les autorités cherchent aussi à renforcer les capacités nationales, les infrastructures universitaires et les liens entre la formation et les besoins des entreprises.

Le projet FasoCode-X s’inscrit dans cette dynamique. Le centre, installé à Bobo-Dioulasso, annonce des formations consacrées à l’intelligence artificielle, à la science des données, à la cybersécurité, au cloud computing et au DevOps. Ce dernier terme désigne les méthodes qui rapprochent les équipes chargées de développer les logiciels et celles qui assurent leur fonctionnement.

FasoCode-X présente son offre comme une réponse à la demande de compétences avancées au Burkina Faso. Son ambition est de créer un vivier de spécialistes capables de travailler pour l’administration, les entreprises et les acteurs de l’innovation. La mise en œuvre concrète des cursus, leur capacité d’accueil et leur reconnaissance académique resteront cependant déterminantes.

La feuille de route nationale de transformation numérique à l’horizon 2030 place également la formation au centre de ses priorités. Elle vise la constitution d’une masse critique de talents et prévoit la formation d’une première cohorte de spécialistes, notamment dans l’intelligence artificielle et la cybersécurité.

Le gouvernement a, par ailleurs, adopté en juillet 2026 un décret destiné à rendre opérationnelle l’Académie technologique du Faso. Cette structure doit contribuer à accroître l’offre de formation dans les domaines technologiques et à préparer des profils répondant aux besoins de l’économie burkinabè.

Le principal défi sera l’accès réel aux formations

Pour les étudiants et les jeunes actifs, l’enjeu ne se limite pas à l’annonce de nouveaux partenariats. Il concerne le nombre de places disponibles, le coût des études, l’équipement des salles, la qualité de la connexion et la possibilité de suivre les cours depuis les régions.

La concentration des programmes à Ouagadougou pourrait accentuer les écarts avec Bobo-Dioulasso et les autres villes. Les jeunes des zones rurales, les femmes et les personnes déplacées risquent aussi de rester à distance des parcours les plus sélectifs si des dispositifs d’accompagnement ne sont pas prévus.

La formation devra également déboucher sur des emplois. Les compétences en cybersécurité peuvent servir à protéger les administrations, les banques, les opérateurs télécoms et les entreprises. L’intelligence artificielle peut soutenir l’agriculture, la santé, l’éducation, les finances publiques et la gestion des services. Mais ces usages exigent des données fiables, des équipements adaptés et des règles claires sur la protection des informations.

Le Projet d’accélération numérique du Burkina Faso, approuvé par la Banque mondiale en janvier 2024 pour un financement de 150 millions de dollars, comprend déjà un volet consacré aux compétences numériques. Il vise aussi l’extension de la connectivité, l’amélioration des services publics en ligne et l’accès des jeunes aux opportunités de l’économie numérique.

Cette pluralité de soutiens peut accélérer les progrès. Elle impose aussi une coordination étroite entre les ministères, les universités, les centres privés et les partenaires internationaux. Sans articulation, les initiatives risquent de se multiplier sans former suffisamment de profils immédiatement opérationnels.

Un enjeu qui dépasse les frontières burkinabè

Le sujet prend une dimension régionale. Le Burkina Faso appartient à l’espace ouest-africain, même si ses autorités ont quitté la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, la CEDEAO, avec le Mali et le Niger pour créer l’Alliance des États du Sahel, devenue une confédération en 2024. Les trois pays cherchent désormais à renforcer leurs coopérations dans plusieurs secteurs, dont le numérique.

À Ouagadougou, les responsables des systèmes d’information du Burkina Faso, du Mali et du Niger ont déjà placé la donnée, la cybersécurité et l’intelligence artificielle au cœur de leurs échanges. Cette convergence peut favoriser des formations communes, des standards partagés et une meilleure protection des infrastructures numériques dans l’espace sahélien.

La Russie devient ainsi l’un des partenaires sollicités par le Burkina Faso dans cette recherche de compétences. La portée du rapprochement se mesurera toutefois moins aux annonces qu’à la création effective de classes, à la qualification des formateurs, à la mobilité des étudiants et à l’insertion professionnelle des diplômés. Pour les autorités comme pour les établissements, la prochaine étape sera de transformer les intentions en programmes vérifiables et accessibles.