Quand les réseaux deviennent plus rapides, les services qu’ils portent se multiplient aussi : paiements, démarches administratives, échanges professionnels et objets connectés. Pour le Bénin, le défi de la 5G ne se limite donc pas à connecter davantage. Il consiste aussi à protéger les usages et à maintenir les services en fonctionnement lorsqu’une attaque survient.

Un débat numérique ancré à Cotonou

La 15e édition de l’Africa Digital Expo (ADEX) s’est tenue à Cotonou du 19 au 21 octobre 2026. Le rendez-vous a réuni des acteurs publics et privés autour des infrastructures, de la connectivité et des usages numériques. Cette édition plaçait la cybersécurité parmi les conditions de la transformation numérique. Le compte rendu béninois de l’ouverture de l’ADEX et la présentation de l’événement par son organisateur confirment les dates et le cadre de la rencontre.

Le mercredi 21 octobre, un panel consacré à la cyber-résilience à l’ère de la 5G a réuni Titilope Fakuade, directrice des technologies et de l’information de MTN Bénin, Ouanilo Medegan Fagla, directeur général du Centre national d’investigations numériques (CNIN), et Luciano Hounkponou, président de l’Autorité de protection des données à caractère personnel (APDP). Des spécialistes du Maroc et de la République démocratique du Congo ont également participé à la discussion.

La cyber-résilience désigne la capacité d’une organisation à prévenir une attaque, à la détecter, puis à rétablir ses services. Cette approche dépasse la seule installation d’outils de sécurité. Elle implique des procédures, des équipes formées et une réponse coordonnée lorsqu’un incident se produit.

Prévoir les risques avant le déploiement

Titilope Fakuade a défendu une sécurité intégrée dès la conception des projets numériques. Autrement dit, les protections ne devraient pas être ajoutées après le lancement d’un service. Elles doivent accompagner toute la chaîne, depuis les choix techniques jusqu’à l’exploitation quotidienne.

Cette exigence prend de l’importance à mesure que les réseaux transportent davantage de données et relient plus d’équipements. Une faille peut alors toucher plusieurs activités à la fois. Pour un opérateur, l’enjeu est la continuité du réseau. Pour une entreprise, il peut s’agir de protéger ses transactions. Pour les usagers, une interruption peut empêcher l’accès à un service ou exposer des informations personnelles.

La 5G ne provoque pas mécaniquement une cyberattaque. Elle élargit toutefois les usages et les systèmes qu’il faut sécuriser. Comme l’a fait valoir Ouanilo Medegan Fagla pendant le panel, le risque vient aussi des pratiques nouvelles rendues possibles par la technologie. La sensibilisation des utilisateurs et la préparation des équipes deviennent ainsi des éléments concrets de la défense.

Coordonner les institutions, protéger les données

Au Bénin, la cybersécurité et la protection des données mobilisent des institutions aux rôles distincts. Le CNIN intervient dans les investigations numériques. L’APDP veille à la protection des données personnelles. L’Autorité de régulation des communications électroniques et de la poste (ARCEP) encadre le secteur des communications. Luciano Hounkponou a plaidé pour davantage de coopération entre ces autorités, estimant qu’une régulation menée en silos répond mal à des risques qui traversent plusieurs secteurs.

Le cadre national s’appuie notamment sur le Code du numérique, adopté en 2017 et promulgué en 2018. Il réunit des dispositions relatives aux activités numériques et aux données personnelles. Le texte est consultable auprès du Forum sur la gouvernance de l’Internet au Bénin. Au panel, la localisation des données sensibles et des infrastructures critiques a également été présentée comme un enjeu de maîtrise et de sécurité. Cela ne signifie pas que tout stockage local suffit à protéger des données : la gouvernance, les contrôles d’accès et la capacité de réponse comptent aussi.

Cette distinction importe pour les administrations comme pour les entreprises. Les institutions doivent protéger les informations qu’elles détiennent et maintenir leurs services. Les opérateurs et fournisseurs doivent, eux, sécuriser les réseaux et les systèmes dont dépendent des activités économiques. Pour les citoyens, la question porte aussi sur l’usage de leurs données et sur les recours disponibles en cas d’incident.

Partager les incidents pour renforcer la confiance

Le directeur général du CNIN a mis en garde contre une sécurité seulement passive. Il a aussi appelé les organisations à ne pas taire systématiquement les attaques subies. Le partage d’expériences peut aider d’autres acteurs à reconnaître une vulnérabilité et à mieux préparer leur réponse.

Cette transparence suppose un cadre de confiance. Une organisation peut hésiter à rendre public un incident par crainte d’atteindre sa réputation ou de révéler une faiblesse. Pourtant, sans circulation d’informations utiles, les mêmes erreurs risquent de se répéter. L’enjeu est donc de faire remonter les alertes et les enseignements, tout en protégeant les données des victimes et les détails qui pourraient faciliter de nouvelles attaques.

Les intervenants ont également insisté sur la place des compétences locales. Former et retenir des spécialistes permet de mieux comprendre les besoins du pays, d’intervenir plus rapidement et de développer des solutions adaptées. Le sujet concerne autant les opérateurs que les administrations, les entreprises et les établissements de formation.

Un enjeu partagé en Afrique de l’Ouest

Les réseaux et les échanges numériques dépassent les frontières. Une attaque ou une interruption peut affecter des services interconnectés, tandis que les enquêtes et la circulation de données impliquent parfois plusieurs juridictions. La coopération régionale est donc complémentaire aux dispositifs nationaux. Elle ne remplace ni la responsabilité des opérateurs ni la protection des droits des usagers.

Pour le Bénin, les échanges de Cotonou posent une question de mise en œuvre : comment traduire les principes de prévention, de coordination et de transparence en procédures opérationnelles ? L’Agence des systèmes d’information et du numérique du Bénin a, de son côté, rendu compte de la participation de ses équipes à des initiatives de cybersécurité à l’échelle africaine. Ce compte rendu de l’ASIN illustre l’intérêt d’échanges entre institutions et spécialistes du continent.

La 5G promet de nouveaux services, mais leur utilité dépendra aussi de la confiance qu’ils inspirent. Au-delà des annonces technologiques, la capacité à coordonner les autorités, à protéger les données et à apprendre des incidents déterminera la solidité de cette transformation numérique.