Sur les routes béninoises, les règles ne s’apprennent pas seulement au moment de passer le permis. En les introduisant à l’école, le nouveau Code de la route entend faire de la prévention un apprentissage précoce. Reste à transformer cette ambition en cours concrets, accessibles aux élèves de Porto-Novo comme des autres régions.

Un cadre légal renouvelé après plusieurs décennies

Le 26 octobre 2026, l’Assemblée nationale a adopté la loi n° 2026-18 portant Code de la route en République du Bénin. Le texte comprend six titres et 122 articles. Il remplace l’arrêté de 1956 qui encadrait jusque-là la circulation. Plusieurs médias béninois ont rapporté ces éléments après le vote parlementaire. Le compte rendu de La Nation et celui de Bénin Web TV convergent sur la date, le contenu général et l’adoption du texte.

Cette adoption ne signifie pas, à elle seule, que toutes les nouvelles mesures sont déjà appliquées. Des précisions réglementaires et pratiques restent nécessaires. Il faudra notamment connaître les textes d’application, le calendrier de déploiement et les responsabilités confiées aux différents acteurs.

L’éducation à la sécurité routière constitue l’un des changements annoncés. Elle doit concerner les élèves dès le primaire et se poursuivre au secondaire. Les auto-écoles sont appelées à contribuer à cette sensibilisation. Le Code inscrit ainsi la prévention dans un cadre plus durable que celui des seules campagnes ponctuelles.

De la règle écrite à la salle de classe

Le principe est clair, mais son application dépendra de choix encore à préciser. Quelles classes seront concernées ? Combien d’heures seront prévues ? Quels supports les enseignants utiliseront-ils ? Et comment les interventions des auto-écoles s’articuleront-elles avec les cours ordinaires ? Ces questions pèseront sur la qualité et la régularité de l’enseignement.

Le financement compte aussi. Il faudra former les intervenants, produire des outils pédagogiques et organiser les séances dans des établissements aux moyens différents. Sans consignes claires, l’éducation routière pourrait rester plus présente dans les écoles bien équipées ou proches des centres urbains que dans les zones rurales. L’accès des élèves à des routes, des transports et des infrastructures sûres varie également selon les localités.

Le ministre chargé des Transports, Georges Alé, a indiqué lors de la présentation du texte qu’aucun tarif d’auto-école n’avait été fixé dans le Code. Cette précision ne règle pas la question de la participation de ces établissements aux activités scolaires. Il reste à déterminer les modalités de leurs interventions et leur prise en charge, afin que les familles ne supportent pas indirectement un coût nouveau.

Une éducation utile ne se limitera pas à mémoriser des panneaux. Les enfants se déplacent à pied, à vélo ou comme passagers de motos et de voitures. Des séances adaptées à ces usages peuvent leur apprendre à repérer les risques et à comprendre les règles. Elles peuvent aussi rappeler que la sécurité dépend des conducteurs, des aménagements et de l’application de la loi, pas seulement de la prudence individuelle.

Une réponse à un enjeu de santé publique

Le Centre national de sécurité routière (CNSR) estime qu’en moyenne près de trois personnes meurent chaque jour sur les routes béninoises, soit près de 1 000 par an. L’organisme a repris cette estimation dans le cadre de sa campagne nationale AGIR, lancée en 2026. Le chiffre est également rapporté par l’Agence de presse africaine. Il s’agit d’une estimation attribuée au CNSR, et non d’un décompte indépendant présenté ici. Le CNSR présente la campagne AGIR et APA en rapporte les objectifs.

La campagne s’inscrit dans la Décennie d’action pour la sécurité routière 2021-2030, qui vise une réduction de moitié des décès et des blessures graves sur les routes à l’échelle mondiale. Au Bénin, le nouveau Code et AGIR mobilisent des leviers différents : l’un fixe des règles dans la loi, l’autre cherche à faire évoluer les comportements. Leur efficacité dépendra aussi des contrôles, de l’état des véhicules et de la sécurité des infrastructures.

Les conséquences d’un accident dépassent la personne blessée ou tuée. Pour les familles, elles peuvent entraîner des dépenses de santé et la perte d’un revenu. Les conducteurs de transport, les vendeurs et les autres travailleurs qui dépendent des déplacements peuvent également subir une interruption d’activité. La prévention scolaire peut contribuer à réduire les risques, mais elle ne remplace ni des routes aménagées ni des règles appliquées de façon cohérente.

Un enjeu béninois dans une région de déplacements

Le Bénin se trouve en Afrique de l’Ouest, où les déplacements entre pays, villes et zones rurales rendent la sécurité routière importante pour les voyageurs comme pour les activités économiques. La CEDEAO, organisation régionale ouest-africaine, constitue un cadre de coopération entre États. Toutefois, l’adoption de ce Code est une décision nationale : rien ne permet d’affirmer, sur la base des informations disponibles, qu’elle modifie à elle seule les règles dans les pays voisins.

Pour les Béninois, l’enjeu immédiat sera donc l’application sur le terrain. L’attention portera sur les textes d’application, la formation des enseignants et des intervenants, ainsi que la place donnée à l’éducation routière dans les programmes. La protection des enfants dépendra enfin de la cohérence entre ce qu’ils apprennent en classe et les conditions qu’ils rencontrent sur les routes.