Un paiement bloqué, un compte usurpé ou des données administratives exposées peuvent fragiliser la confiance dans les services numériques. À Cotonou, le Cyber Africa Forum (CAF) entend placer cet enjeu au centre de sa sixième édition, prévue les 16 et 17 novembre 2026. Reste une question concrète : comment transformer les échanges de spécialistes en protections utiles pour les citoyens, les entreprises et les administrations ?

Un rendez-vous ancré dans la stratégie numérique du Bénin

Le forum se tiendra au Sofitel Cotonou Marina Hotel & Spa, dans la capitale économique du Bénin. Porto-Novo demeure la capitale politique du pays. Organisé par Kaydan Groupe, le CAF annonce la participation de responsables publics et privés, d’experts, d’investisseurs et d’entrepreneurs. Son programme s’articule autour de cinq thèmes : intelligence artificielle et souveraineté, confiance numérique et cyberdiplomatie, investissement, identité numérique, talents et industries créatives.

Cette rencontre s’inscrit dans une politique nationale déjà structurée. Le Bénin s’est doté d’une stratégie de sécurité numérique et d’une stratégie nationale d’intelligence artificielle et des mégadonnées pour 2023-2027. L’Agence des systèmes d’information et du numérique (ASIN) publie ces cadres et conduit des initiatives de formation et de sécurisation. En juin 2026, elle a réuni des responsables de la sécurité informatique autour des liens entre IA et cybersécurité.

À l’échelle régionale, les risques dépassent les frontières nationales : fraude aux paiements, vol d’identifiants et attaques contre des services connectés peuvent toucher plusieurs pays à la fois. La CEDEAO, communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest, a donc intérêt à renforcer la coopération et les capacités d’enquête. Au niveau continental, la Convention de Malabo de l’Union africaine fixe un cadre commun sur la cybersécurité et la protection des données personnelles.

Des chiffres qui invitent à la prudence et à l’action

Le dossier du forum met en avant des chiffres attribués à INTERPOL : l’intelligence artificielle serait impliquée dans 55 % des cyberinfractions signalées en Afrique. Les pertes déclarées seraient passées de 192 millions de dollars en 2024 à 484 millions en 2025. INTERPOL a publié ces données dans son évaluation des cybermenaces en Afrique en 2026. Elles décrivent des pertes signalées et estimées, non un décompte exhaustif de toutes les victimes et de tous les incidents du continent.

Le secteur financier est particulièrement exposé. Les paiements numériques accélèrent les échanges, mais ils élargissent aussi les conséquences possibles d’une fraude ou d’une panne. Le texte de présentation du forum rapporte également que 97 % des répondants à un baromètre de Deloitte et de l’Africa Financial Summit placent la cybersécurité en tête des évolutions réglementaires souhaitées. Cette proportion concerne les répondants à cette enquête, et non l’ensemble des établissements financiers africains.

La confiance numérique ne se résume donc pas à l’installation de logiciels de protection. Elle dépend aussi de règles compréhensibles, de données personnelles mieux protégées, de services capables de résister aux attaques et de recours accessibles lorsqu’un incident survient. Ces garanties concernent les administrations comme les banques, les opérateurs télécoms, les petites entreprises et leurs clients.

Conférences, rendez-vous professionnels et compétition de cybersécurité

Le programme annoncé prévoit trois espaces : une scène consacrée aux plénières et tables rondes, des prises de parole autour de l’innovation et une agora dédiée aux solutions et à l’entrepreneuriat numérique africain. Des rencontres d’affaires entre entreprises et institutions doivent compléter les débats. Leur intérêt se mesurera notamment aux partenariats et aux décisions qui leur donneront suite.

En parallèle, le HackerLab réunira des finalistes pour 48 heures de compétition, du 15 au 17 novembre, en partenariat avec l’ASIN. L’agence indique que 20 équipes se sont qualifiées pour cette édition. Ce chiffre précise le nombre d’équipes annoncées pour la phase finale, contrairement aux 80 finalistes mentionnés dans certains éléments de présentation du programme. Les exercices visent à mettre en pratique des compétences de cybersécurité ; l’enjeu est aussi de rendre ces savoir-faire accessibles aux employeurs et aux institutions.

Deux autres initiatives sont annoncées : Tech 4 Creative Industries, sur les usages de l’IA dans les industries créatives, et un collège d’experts chargé d’alimenter les réflexions. Le forum prévoit une ouverture le lundi 16 novembre à 9 h 30 et une clôture le mardi 17 novembre à 18 heures. Ces horaires et les autres détails pratiques sont présentés par l’organisateur et peuvent évoluer.

La suite se jouera dans les usages et la coopération

Pour les autorités, l’enjeu est de sécuriser les services publics sans laisser de côté les obligations de transparence et de protection des données. Pour les entreprises, il s’agit de limiter les interruptions, les pertes et les atteintes à la réputation. Les particuliers, eux, ont besoin de voies simples pour signaler une fraude et faire valoir leurs droits. Les débats gagneront donc à associer les experts techniques aux utilisateurs, aux chercheurs, aux entrepreneurs et aux représentants de la société civile.

Le CAF 2026 doit aussi être lu à l’échelle ouest-africaine. Les échanges commerciaux et les paiements circulent entre pays ; les réponses aux attaques doivent suivre cette même logique transfrontalière. L’Union africaine a fait entrer en vigueur la Convention de Malabo en 2023, mais l’efficacité de ce cadre dépend de sa mise en œuvre nationale et de la coopération entre États.

Le rendez-vous de novembre permettra de mesurer la place donnée à ces questions dans les recommandations et les partenariats annoncés. Pour le Bénin comme pour ses voisins, le test ne sera pas seulement le nombre de participants. Il portera sur la capacité à convertir les discussions sur l’IA, la souveraineté et la confiance en compétences, en règles applicables et en services numériques plus sûrs.