Un accord commercial ne se mesure pas à la cérémonie de signature, mais aux commandes qu’il rend possibles et aux entreprises capables d’en profiter. Pour le Bénin, le partenariat conclu avec les Émirats arabes unis ouvre une nouvelle porte vers le Golfe. Il reste toutefois à transformer l’accès annoncé en débouchés concrets pour les producteurs et les investisseurs béninois.
Un texte signé, mais pas encore appliqué
Le 25 octobre 2026, à Abou Dhabi, le président béninois Romuald Wadagni et son homologue émirati, Cheikh Mohamed ben Zayed Al Nahyane, ont assisté à l’échange d’un Accord de partenariat économique global, ou CEPA. Le texte a été signé par les ministres chargés du commerce extérieur des deux pays. Des médias béninois ont également fait état de sept autres instruments de coopération annoncés pendant la visite.
L’accord prévoit de réduire ou supprimer des droits de douane sur une large gamme de marchandises, de lever certains obstacles commerciaux et d’améliorer l’accès aux marchés pour les prestataires de services et les investisseurs. Mais il ne produit pas encore ces effets : il doit d’abord être ratifié et entrer en vigueur. Les modalités concrètes d’application restent également à préciser.
Selon le ministre émirati du Commerce extérieur, Thani bin Ahmed Al Zeyoudi, près de 97 % des échanges actuels entre les deux pays seraient concernés par la libéralisation. Il a aussi avancé que, d’ici 2033, les exportations émiraties vers le Bénin pourraient augmenter de plus d’un milliard de dollars et les exportations béninoises vers les Émirats de plus de 100 millions. Ce sont des projections officielles émiraties, non des résultats garantis.
Une hausse des échanges à convertir en revenus locaux
Les chiffres communiqués par les autorités émiraties donnent une idée de l’accélération récente. Le commerce bilatéral hors pétrole aurait atteint 2,15 milliards de dollars en 2025, soit une hausse de 65 % sur un an. Au premier semestre 2026, il se serait établi à 1,29 milliard, en progression de 37,4 % par rapport à la même période de 2025. Ces données ont été reprises par la presse béninoise, mais leur origine demeure émiratie : elles ne constituent donc pas une validation statistique indépendante.
Les produits béninois cités parmi les exportations vers les Émirats comprennent le coton, le soja, certaines noix et des produits alimentaires. Le marché du Golfe pourrait aussi offrir des débouchés aux noix de cajou et aux produits dérivés du karité. Encore faut-il que les entreprises puissent répondre aux exigences de qualité, de volume, de transport et de régularité des acheteurs.
La baisse des droits de douane, à elle seule, ne garantit pas que les producteurs en bénéficieront. Les gains dépendront des marchandises effectivement couvertes, des règles d’origine, des coûts logistiques et de la capacité des entreprises béninoises à exporter. Les sociétés déjà tournées vers l’export pourraient saisir rapidement les occasions. Les petites entreprises et les acteurs de l’économie informelle risquent, eux, de rester à distance si l’accès au financement, à l’information commerciale et aux infrastructures demeure difficile.
Le port et les corridors, pièces du même enjeu
La position du Bénin compte dans cette relation. Le port de Cotonou et les liaisons routières vers les pays voisins donnent au pays un rôle de passage pour les marchandises en Afrique de l’Ouest. Les Émirats, de leur côté, cherchent à diversifier leurs partenariats commerciaux et à consolider leur place dans le commerce et la logistique mondiaux. Le partenariat rapproche donc deux stratégies, mais ne garantit pas que les flux de transit se traduiront par davantage de valeur ajoutée au Bénin.
La concurrence régionale pèsera aussi. Les opérateurs béninois ne travaillent pas isolément : ils évoluent dans un espace où les échanges et les normes commerciales sont marqués par la CEDEAO, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest. À l’échelle continentale, la Zone de libre-échange continentale africaine vise à faciliter le commerce entre pays africains. L’accord avec Abou Dhabi ajoute un débouché extérieur à ces cadres, sans les remplacer.
Pour les autorités béninoises, l’enjeu sera de relier l’accord aux filières agricoles, aux infrastructures et aux investissements productifs évoqués pendant la visite. Les discussions ont aussi porté sur les énergies renouvelables, la sécurité alimentaire et le numérique. Sept instruments distincts ont été annoncés dans des domaines comme la coopération diplomatique, les investissements, les systèmes d’information et la main-d’œuvre. Leurs annonces ne préjugent pas, elles non plus, de leur mise en œuvre.
La prochaine étape sera l’application
La ratification, le calendrier d’entrée en vigueur et la publication des listes de produits bénéficiant de concessions tarifaires permettront d’évaluer la portée réelle du CEPA. Il faudra ensuite observer qui exporte, quels investissements sont effectivement engagés et si les entreprises béninoises accèdent aux nouveaux marchés. Ces indicateurs diront davantage que le seul montant global des échanges.
Pour le Bénin, dont la capitale officielle est Porto-Novo tandis que Cotonou concentre une grande partie de l’activité économique et portuaire, l’accord ouvre une possibilité de diversification des partenaires. Sa portée régionale dépendra aussi de la place donnée aux corridors et aux fournisseurs ouest-africains. Le test sera concret : une hausse des ventes béninoises, des emplois et de la transformation locale, plutôt qu’une progression des flux qui profiterait surtout aux intermédiaires.