Une présidence de calendrier, mais pas de décor
À l’Union africaine, présider un conseil pendant un mois ne change pas seul le cours d’une crise. Mais cela donne une prise réelle sur le rythme des débats, le choix des priorités et le ton des compromis. Pour l’Algérie, le mois d’août 2026 sera donc moins une vitrine qu’un test de méthode, au moment où le continent reste traversé par des guerres ouvertes, des transitions militaires et des fronts de terrorisme qui se superposent.
Le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine est l’organe permanent chargé de la prévention, de la gestion et du règlement des conflits. Il compte 15 membres, dispose de pouvoirs de sanction en cas de changement anticonstitutionnel de gouvernement et sert de pilier à l’Architecture africaine de paix et de sécurité, l’ensemble des mécanismes de prévention et de réaction de l’UA. Sa présidence tourne chaque mois. C’est donc une fonction d’orientation, pas de commandement.
Alger retrouve une place visible dans l’architecture africaine
Pour l’Algérie, cette séquence s’inscrit dans une trajectoire diplomatique déjà bien avancée à Addis-Abeba. Le pays siège au Conseil de paix et de sécurité depuis avril 2025 et l’UA a bien attribué à l’Algérie la présidence du Conseil au mois d’août dans son tableau de rotation mensuel. L’année 2025 avait déjà vu Alger occuper cette même présidence en août, ce qui confirme une continuité plutôt qu’un coup d’éclat.
Cette visibilité compte, surtout pour un État du Maghreb qui cherche à peser davantage sur les dossiers sahéliens. Elle compte aussi pour l’Union africaine elle-même, qui a fait de la prévention des conflits, du refus des coups de force constitutionnels et de la lutte contre le terrorisme l’un de ses axes constants en 2026. L’Algérie s’exprime ici dans un espace qui croise le Maghreb, le Sahel et les institutions continentales.
Le cadre est clair : au cours d’une présidence mensuelle, le pays en charge ne règle pas les crises, mais il impose l’ordre des priorités. Il peut favoriser certaines consultations, accélérer des missions, ou au contraire diluer des sujets sensibles. C’est précisément là que se joue l’influence.
Sahel, Soudan, terrorisme : le programme montre où se situe l’urgence
Le calendrier annoncé pour août 2026 donne la mesure du moment. L’éducation en situation de conflit doit ouvrir les travaux, suivie de réunions de suivi sur le Sahel et sur le Soudan du Sud. Une mission de terrain au Soudan est également prévue. Ce choix dit beaucoup : au sud du Sahara comme sur les rives du Nil, l’UA tente encore de tenir ensemble sécurité, protection des civils et continuité politique.
Le dossier terroriste occupera, lui aussi, une place centrale. L’Algérie pousse depuis plusieurs mois un plan d’action stratégique 2026-2030 contre le terrorisme et l’extrémisme violent, dans le cadre du Centre de l’Union africaine de lutte contre le terrorisme installé à Alger. Le Conseil a d’ailleurs adopté en juillet 2026 un communiqué ministériel sur ce thème, signe que la question n’est pas théorique. Elle reste au cœur des arbitrages entre prévention, renseignement, coopération judiciaire et réponse militaire.
Le mois d’août doit aussi voir un travail de coordination entre plusieurs organes africains : le Parlement panafricain, la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, la plateforme de gouvernance africaine et l’Architecture africaine de paix et de sécurité. Ce croisement est important. Il rappelle qu’en Afrique, la sécurité ne se limite plus aux armes. Elle touche aussi la gouvernance, l’alerte précoce et la légitimité institutionnelle.
Des dossiers sahéliens sensibles, une crédibilité à prouver
La crédibilité d’Alger se jouera d’abord au Sahel. La relation avec Bamako s’est légèrement décrispée en juillet 2026, avec le retour des ambassadeurs et la réouverture des espaces aériens après une rupture née au printemps 2025 autour d’un drone malien abattu près de la frontière. Cet apaisement reste cependant fragile. Il ne règle ni la méfiance politique ni les désaccords sur l’accord de paix d’Alger, dénoncé par Bamako en 2024.
Autrement dit, l’Algérie présidera en août un débat sur le Sahel au moment même où elle tente encore de reconstruire une relation avec le Mali. Cela lui donne une position utile, mais expose aussi ses limites. Alger peut faciliter la discussion. Elle ne peut pas, à elle seule, réconcilier des autorités de transition qui regardent souvent les médiations extérieures avec prudence.
Le Soudan sera l’autre dossier lourd. La guerre y dure depuis avril 2023 et a déjà fragmenté les efforts de médiation régionaux et internationaux. En plaçant une mission de terrain au menu, le Conseil indique qu’il veut garder un lien direct avec le terrain, là où les cessez-le-feu annoncés depuis deux ans se heurtent encore à la réalité des armes et des lignes de front.
Énergie, compétences et diplomatie d’influence
La présidence algérienne ne se limite pas aux dossiers de sécurité. Elle s’accompagne aussi d’une diplomatie énergétique assumée. Sonatrach a confirmé une convention de formation signée le 9 février 2026 à Dakar entre l’Institut algérien du pétrole et l’Institut national du pétrole et du gaz du Sénégal, au bénéfice notamment de Petrosen. Le 20 mai 2026, le groupe a aussi annoncé sa première cargaison de GPL à destination du Tchad, via Douala, dans le cadre d’un accord avec Gazcom.
Ces dossiers disent quelque chose d’important sur la façon dont l’Algérie veut parler à l’Afrique : par la sécurité, mais aussi par la compétence, l’ingénierie et l’approvisionnement. Au Sénégal, où l’entrée dans la production pétrolière et gazière reste récente, la coopération porte sur la formation. Au Tchad, pays enclavé et très exposé aux tensions d’approvisionnement, elle touche un besoin plus immédiat : sécuriser des volumes et des circuits logistiques.
Le contraste est net. D’un côté, les débats continentaux sur les conflits et les transitions. De l’autre, des actions très concrètes sur le gaz butane, l’électricité, les compétences et la maintenance industrielle. C’est souvent là que se mesure la portée réelle d’une diplomatie africaine : dans sa capacité à relier les institutions aux besoins quotidiens, pas seulement aux déclarations de principe.
À l’échelle continentale, l’enjeu est simple : montrer que l’UA peut encore produire des réponses africaines aux crises africaines, avec des États membres capables de porter des dossiers techniques et politiques à la fois. En août 2026, Alger aura une fenêtre étroite pour le démontrer. Le résultat ne se lira pas dans un communiqué triomphal, mais dans la qualité des suivis, des arbitrages et des ponts qu’elle aura su construire entre Sahel, Soudan, gouvernance et sécurité énergétique.