Supprimer les droits de douane peut ouvrir une porte. Cela ne garantit ni des commandes durables ni des emplois en Afrique du Sud. À Pretoria, le débat porte désormais sur la capacité des entreprises sud-africaines à transformer un accès préférentiel au marché chinois en production locale et en exportations plus diversifiées.
Un accès facilité, mais temporaire
Depuis le 1er mai 2026, la Chine applique un régime de droits de douane nuls aux produits admissibles de pays africains avec lesquels elle entretient des relations diplomatiques. L’Afrique du Sud en fait partie. La mesure est prévue jusqu’au 30 avril 2028 : c’est un dispositif temporaire, et non un accord commercial permanent.
Le régime couvre un large éventail de produits, mais ne signifie pas que toute marchandise entre automatiquement en Chine sans frais. Des contingents tarifaires s’appliquent à certaines lignes, et les exportateurs doivent satisfaire aux règles d’origine. Celles-ci déterminent si un produit peut être considéré comme sud-africain pour bénéficier de la préférence. Un certificat officiel est également nécessaire. Le gouvernement sud-africain précise les conditions d’accès au régime.
Cette ouverture s’inscrit dans une relation commerciale déjà importante. La Chine est le premier partenaire commercial de l’Afrique du Sud à l’échelle mondiale. En 2025, les échanges bilatéraux ont atteint 642 milliards de rands, selon les chiffres présentés par le ministre sud-africain du Commerce, de l’Industrie et de la Concurrence, Parks Tau. Les exportations sud-africaines vers la Chine représentaient 222 milliards de rands, contre 420 milliards d’importations chinoises.
Des exportations en hausse, un déficit qui demeure
Jeudi 22 octobre, lors d’une rencontre à Pretoria consacrée au dispositif, Parks Tau a appelé les entreprises à aller au-delà de l’intérêt initial et à conclure des contrats. L’ambassadeur de Chine, Wu Peng, a de son côté avancé que les échanges entre les deux pays avaient approché 15 milliards de dollars entre mai et août, soit une hausse annuelle d’environ 24 %. Les exportations sud-africaines auraient progressé de près de 25 %, à 5,3 milliards de dollars, tandis que les importations depuis la Chine atteignaient 9,47 milliards.
Ces chiffres, rapportés lors de la rencontre et repris par la presse économique sud-africaine, indiquent une progression, mais pas encore l’effet net du régime tarifaire. Ils ne permettent pas, à eux seuls, de distinguer les ventes supplémentaires de celles qui auraient eu lieu sans cette mesure. L’écart entre exportations et importations reste également marqué : la hausse des ventes ne suffit donc pas à rééquilibrer les échanges.
L’agriculture figure parmi les secteurs qui pourraient bénéficier d’un accès moins coûteux. Les exportations agricoles sud-africaines vers la Chine auraient approché 500 millions de dollars sur les quatre mois évoqués, en hausse de plus de 35 % sur un an. Les agrumes, les pommes, les fruits à noyau et le vin comptent parmi les filières susceptibles de trouver de nouveaux débouchés. Mais les tarifs ne sont qu’un élément : les normes sanitaires, les autorisations d’accès, la logistique et la capacité à livrer régulièrement restent déterminantes.
La mesure concerne aussi des produits transformés et industriels. Pretoria dit avoir établi un portefeuille de cent produits à valeur ajoutée à promouvoir en Chine, notamment dans l’agro-industrie, les boissons, la chimie, les médicaments, les équipements médicaux, les métaux transformés et l’automobile. L’enjeu est de vendre davantage que des matières premières, en développant la transformation et les chaînes de production sur le territoire sud-africain.
Les certificats, premier test pour les entreprises
Pour bénéficier de l’exonération, les exportateurs doivent prouver l’origine de leurs produits. Entre le 1er juin et le 31 août, l’administration fiscale et douanière sud-africaine, la SARS, a délivré 25 975 certificats d’origine. Les déclarations en douane ont augmenté de 199 % sur un an, selon les chiffres communiqués par Parks Tau et rapportés par SAnews. Ce volume témoigne d’une mobilisation administrative et commerciale, mais ne mesure pas directement la valeur des ventes additionnelles ni leur rentabilité.
Les règles peuvent peser davantage sur les petites entreprises, qui disposent de moins de personnel spécialisé pour préparer les dossiers et organiser les expéditions. Les grands exportateurs sont souvent mieux équipés pour absorber ces coûts de conformité. La SARS indique que le régime s’étend sur deux ans et que certaines marchandises restent soumises à des contingents. L’administration douanière sud-africaine détaille les certificats et les règles d’origine.
Pour les producteurs agricoles, l’accès au marché peut soutenir les ventes et l’activité dans les exploitations, les stations de conditionnement et les transports. Pour les travailleurs et les régions de production, les retombées dépendront de la part de valeur ajoutée créée localement. Une hausse des exportations ne garantit pas automatiquement une progression des salaires ou des emplois, surtout si la production vendue à l’étranger demeure peu transformée.
La suite se négocie aussi à l’échelle régionale
Parks Tau présente l’accès actuel comme une étape, tandis que Pretoria et Pékin négocient un accord préliminaire plus durable au sein de l’Union douanière d’Afrique australe (SACU), qui rassemble l’Afrique du Sud, le Botswana, le Lesotho, la Namibie et l’Eswatini. L’objectif sud-africain est d’obtenir davantage de prévisibilité après 2028, tout en prévoyant des garanties pour les entreprises et les emplois locaux. La négociation intéresse donc aussi ses voisins, dont les économies sont liées par cette union douanière.
À l’échelle continentale, le dispositif chinois offre aux exportateurs africains une possibilité de diversification, mais les bénéfices varieront selon les capacités de production, les infrastructures et les produits admissibles de chaque pays. Pour l’Afrique du Sud, le test sera concret : les commandes générées d’ici 2028 déboucheront-elles sur plus de transformation, d’investissements et d’emplois, ou surtout sur une hausse temporaire des volumes ? Les prochaines négociations entre la Chine et la SACU, ainsi que l’évolution des exportations après les premiers mois du régime, donneront des indications plus solides.
Le défi de Pretoria n’est donc pas seulement d’expédier davantage vers la Chine. Il s’agit aussi de consolider des filières capables de répondre aux normes du marché, de faire une plus grande part de la transformation en Afrique du Sud et de réduire, à terme, l’écart entre ce que le pays vend et ce qu’il achète.