À Ouagadougou, la jeunesse ne veut plus seulement être invitée au débat, elle veut peser sur l’édifice

À Ouagadougou, les discours sur la jeunesse prennent cette semaine une tournure plus concrète. Le premier Forum confédéral de la jeunesse et du volontariat de l’Alliance des États du Sahel (AES) réunit du 28 au 30 août 2026 des jeunes du Burkina Faso, du Mali et du Niger autour d’un mot qui engage : construire. Les organisateurs annoncent environ 300 délégués pour les travaux et plus de 1 000 jeunes attendus pour les cérémonies d’ouverture et de clôture.

Dans un espace sahélien encore dominé par l’urgence sécuritaire, le choix du volontariat n’est pas anodin. Il dit une volonté politique simple : donner à la jeunesse un rôle visible, utile et mesurable, au lieu de la réduire à une catégorie à encadrer. Au Burkina Faso, cette ambition s’inscrit aussi dans une trajectoire nationale où l’État multiplie les dispositifs de mobilisation civique et d’insertion.

Un forum préparé depuis juin, dans une Confédération qui cherche ses méthodes

Le rendez-vous de Ouagadougou n’est pas sorti de nulle part. Fin juin 2026, les ministres et experts de l’AES en charge des Sports, de la Jeunesse et de l’Emploi ont validé plusieurs documents opérationnels. Parmi eux figuraient un mémorandum d’entente sur le Forum confédéral de la jeunesse et du volontariat, un autre sur les Jeux de l’AES, un texte sur un Salon confédéral de l’emploi et une note conceptuelle sur un Centre de développement de la jeunesse et des sports.

Cette séquence institutionnelle est importante. Elle montre que l’AES ne veut pas se limiter à une architecture diplomatique ou sécuritaire. Depuis la signature du traité confédéral par le Burkina Faso, le Mali et le Niger, l’ensemble cherche aussi des instruments sociaux capables de donner une épaisseur à l’intégration. C’est ce que rappellent régulièrement les autorités des trois pays, y compris devant les instances internationales.

Le forum de Ouagadougou s’inscrit donc dans une logique de consolidation. Il complète d’autres rencontres déjà tenues dans l’espace sahélien, notamment le premier Forum de la jeunesse de l’AES à Niamey en juin 2025, où l’accent avait déjà été mis sur l’intégration et la place des jeunes dans la refondation régionale.

Des paroles politiques, mais aussi des chantiers très concrets

À l’ouverture des travaux, le ministre nigérien chargé de la Jeunesse, Sidi Mohamed Almahmoud, a appelé à transformer la proximité historique entre les peuples du Sahel en actions communes. Son homologue malien, Abdoul Kassim Fomba, a insisté sur la cohésion sociale et la lutte contre la violence. Ces prises de parole convergent vers une même idée : dans une zone fragilisée par l’insécurité, la jeunesse est aussi pensée comme un facteur de stabilité.

Côté burkinabè, la ministre des Sports, de la Jeunesse et de l’Emploi, Annick Lydie Djouma Pikbougoum/Zingué Ouattara, a replacé l’enjeu au niveau des communautés. Selon elle, la consolidation de la Confédération ne dépend pas seulement des décisions des dirigeants, mais aussi de l’engagement quotidien dans les écoles, les universités, les entreprises, les associations et les quartiers. Cette lecture est cohérente avec la ligne portée depuis son installation à Ouagadougou en janvier 2026.

Le choix du volontariat donne aussi un contenu pratique au forum. Au Burkina Faso, le Programme national de volontariat au Burkina Faso existe déjà comme outil public d’engagement et d’insertion. L’idée est désormais de voir si cette expérience peut inspirer une approche commune aux trois pays, avec des parcours de jeunes volontaires, des échanges d’expériences et, à terme, des dispositifs harmonisés.

Ce point n’est pas secondaire. Dans des pays où la majorité de la population est jeune et où l’accès à l’emploi formel reste limité, le volontariat peut devenir un sas. Il ne remplace pas une politique d’emploi. En revanche, il peut offrir de l’expérience, du réseau, du service public de proximité et un début de reconnaissance sociale. C’est précisément ce type de passerelle que l’AES tente de bâtir avec le Salon de l’emploi, les Jeux et le Centre de développement annoncés.

Ce que le Burkina Faso cherche à montrer, et ce que la région observe

Pour le Burkina Faso, accueillir ce premier forum a une portée politique nette. Ouagadougou veut apparaître comme un centre d’impulsion de la Confédération, au moment où l’AES cherche à occuper l’espace laissé par la rupture avec la CEDEAO, effective depuis le 29 janvier 2025. Ce retrait a redessiné les équilibres ouest-africains et obligé les trois États à inventer d’autres cadres de coopération.

La portée régionale dépasse donc le seul cadre du forum. Si la jeunesse sahélienne parvient à faire vivre des programmes communs, l’AES pourra se prévaloir d’une intégration par le bas, plus concrète que les grands textes. Si, au contraire, ces annonces restent sans suite, la Confédération risque d’apparaître comme un projet surtout porté par les sommets. Tout l’enjeu est là : passer d’une rhétorique de souveraineté à des mécanismes durables de mobilité, de volontariat, de formation et d’emploi.

Dans les faits, les jeunes Burkinabè, Maliens et Nigériens ne vivent pas les mêmes réalités, mais ils partagent des contraintes voisines : chômage, insécurité, pression migratoire, fragilité des services publics et besoin de débouchés concrets. C’est pourquoi l’idée de volontariat peut toucher à la fois les centres urbains, où les diplômés cherchent leur premier poste, et les zones rurales, où l’action communautaire reste souvent le premier niveau d’engagement.

La suite se jouera dans la capacité de l’AES à convertir cette dynamique en calendrier, en budget et en institutions. Après Ouagadougou, il faudra voir si les jeux, le centre de jeunesse et le salon de l’emploi avancent au même rythme. C’est à ce prix seulement que la Confédération pourra prétendre offrir à sa jeunesse autre chose qu’un discours : un rôle réel dans la construction d’un espace commun sahélien.